L'Agneau Vérolé
Lire le chapitre 17: A Journey in the Dark
La pluie s'était arrêtée, mais l'humidité restait suspendue dans l'air du petit matin, lourde comme un suaire. Thomas Blackwood se tenait dans l'ombre du porche de l'église, le morceau de bois gravé serré dans sa main. Il entendit des pas légers sur les graviers du chemin — Margery Whitelaw, un châle sombre tiré sur sa tête, les yeux rougis mais la mâchoire ferme.
— Le vieux Thomas est à l'intérieur, murmura-t-elle. Il répare le banc du chœur. Il tremble comme une feuille, mais il est venu.
Thomas la suivit par la porte latérale, celle qui donnait sur le cimetière et dont la serrure grinçait. Le carpenter — Thomas l'aîné, soixante ans, les mains nouées comme des racines — était agenouillé devant un banc retourné. Il leva la tête à leur approche et son visage se défit.
— Je vous ai dit que je ne devais plus avoir affaire à vous, souffla-t-il.
— Et pourtant vous voilà, répondit Thomas en s'accroupissant à ses côtés. Vous savez ce que Sir Richard garde dans cette grange. Vous l'avez bâtie.
— Je l'ai bâtie pour entreposer du grain, c'est tout ce que je savais. Puis on m'a payé en silence et j'ai compris.
— Vous avez compris que des hommes disparaissaient, dit Margery d'une voix âpre. Vous avez compris que mon mari était parmi eux. Et vous avez gardé le silence.
Le vieil homme laissa tomber son ciseau. Il regarda ses mains comme s'il ne les reconnaissait plus.
— Que voulez-vous de moi ?
— Vous allez nous mener à la trappe, dit Thomas. Celle du cellier. Vous connaissez le chemin à travers les bois.
— Et si l'on nous voit ?
— Whitfield arrive à midi. Sir Richard est occupé à préparer sa réception, à faire disparaître le moindre signe de trouble. C'est maintenant ou jamais.
Le carpenter ferma les yeux. Longtemps. Quand il les rouvrit, quelque chose en lui s'était affaissé — une reddition, lente et amère.
— La grange est à un quart de lieue au sud du manoir, au bout d'un chemin de charbonniers. Il y a une barrière de ronces sur le côté nord, mais en dessous, le sol est meuble. J'ai laissé une planche de côté, sous le seuil, près du poteau d'angle. Si vous la soulevez, elle cède.
— Et la trappe du cellier ? demanda Thomas.
— Elle est verrouillée par une barre de l'intérieur. Mais j'ai installé un second système, un contrepoids caché derrière une poutre de la grange, jambage gauche, à hauteur de poitrine. Une cheville de bois. On la tire, la barre se soulève. Personne ne le sait, même pas Sir Richard.
Thomas sourit, un sourire mince. Une porte dérobée. Le vieux carpenter avait construit une issue pour sa conscience.
— Vous venez avec nous, dit Thomas. Vous seul pouvez actionner ce contrepoids.
Le carpenter blêmit. On ne pouvait pas peser sa peur, la voir, la toucher ; elle était là, palpable, dans la courbure de ses épaules.
— S'ils me capturent…
— Ils ne vous captureront pas, dit Margery. Nous ne nous laisserons pas capturer.
Il n'y eut pas d'autre discussion. Ils convinrent de partir à la tombée de la nuit, quand les gardes seraient à leurs occasions, ivres de l'anticipation de l'arrivée de Whitfield. En attendant, il fallait des provisions : une lanterne sourde, une corde, un couteau qui ne cliquète pas.
— Le village s'est vidé pour la réception, dit Margery. Chacun est chez soi, préparant sa mise ou tremblant de peur. Vous pourrez passer.
Thomas enfila le manteau de paysan qu'il avait trouvé dans la cabane abandonnée, celui avec le capuchon évasé. Il se glissa hors de l'église par le côté ouest, longeant les tombes.
Le village était étrangement calme. Sur la place, des hommes dressaient une estrade de bois. Quelqu'un avait accroché des rubans fanés au porche de la taverne.
— Le Poxed Lamb, murmura Thomas en le contournant par l'arrière. Les cuisines de la taverne donnent sur une cour où sèchent des herbes et des outils oubliés depuis longtemps.
Il se déplaçait comme une ombre, épaule contre les murs de torchis, œil sur les mouvements des gardes en livrée — ceux de Sir Richard, reconnaissables à leur étoffe noire et aux croix écarlates qu'ils portaient à l'épaule. Beaucoup étaient partis à cheval pour escorter Whitfield. Il ne restait qu'une poignée d'hommes, la plupart postés aux portes du village.
Thomas atteignit la cour arrière de la taverne sans encombre. Il trouva une étagère à outils le long d'un mur, sous un auvent de paille, passa la main le long des manches. Une corde, trois brasses, enroulée autour des crochets. Un couteau de boucher, bien affûté, qu'il glissa dans sa ceinture. Une lanterne, encore à moitié pleine d'huile, qu'il couvrit d'un morceau de toile pour en atténuer la lueur.
Il remontait vers l'église par le passage étroit qui longeait le cimetière, le cœur battant, quand il entendit la voix.
— Hé ! Toi ! Le mendiant !
Thomas se figea. Il tourna lentement la tête. Un garde, trapu, une hallebarde à la main, se tenait à l'entrée du passage, le regard dur.
— Je t'ai vu à la taverne hier soir. Le barbier itinérant. Le médecin.
— Vous faites erreur, brave homme. Je ne fais que traverser.
— Traverser, hein ? Avec une lanterne et une corde ?
La hallebarde se leva. Thomas n'attendit pas. Il feinta à gauche, le garde suivit le mouvement d'un demi-tour, et Thomas plongea à droite, se jetant dans l'ouverture d'un passage de derrière. Le garde hurla :
— Par ici ! Le fugitif !
Thomas courait. Il ne connaissait pas le réseau des ruelles — il avançait à l'aveugle, rasant les murs, trébuchant sur des racines apparentes. Le bruit derrière lui : des bottes martelant la terre, des voix qui se reprenaient.
Il déboucha dans une impasse. Un mur de cinq pieds. Il sauta, attrapa le sommet de pierres brutes, se hissa en tirant sur les bras. Une main attrapa sa cheville, tira fort. Thomas lâcha une pierre — elle frappa le visage du garde en contrebas. La main se relâcha. Il se hissa par-dessus le mur et retomba de l'autre côté dans les hautes herbes d'un verger abandonné.
Il rampa dans les fougères, le souffle court, le cœur battant contre ses côtes. Des voix étouffées, des piétinements — ils fouillaient le périmètre. Thomas ne bougeait plus. Il resta plein — quelques minutes interminables — jusqu'à ce que les pas s'éloignent.
C'est alors qu'il vit l'autre silhouette.
Une femme, emmitouflée dans un manteau sombre, qui le regardait depuis l'ombre d'un pommier mort. Elle fit un pas en avant. La lumière du matin (?) révéla son visage.
Thomas se releva lentement, une main sur le couteau.
— Eleanor ?
La jeune femme secoua la tête. Elle avait l'âge de la fille de l'apothicaire, mais des yeux plus durs, plus anciens.
— Je suis Alice Lowther. Je sers dans la maison. J'ai vu ce qui se passe dans la grange. Et je sais ce que Whitfield transporte dans ses chariots.
Elle baissa son capuchon — une contusion noircissait sa tempe.
— Sir Richard a ordonné que la grange soit vidée avant l'aube. Ils ont déjà déplacé les prisonniers. Si tu veux sauver ta « morte », il est déjà trop tard — à moins que tu ne saches où ils les emmènent.
Thomas serra la corde et la lanterne. La nuit venait de changer de visage.
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