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L'Agneau Vérolé

Lire le chapitre 5: The Cart's Secret

La pluie s’était mise à tomber, fine et tenace, lorsqu’une heure après minuit le grincement de la charrette se fit entendre. Thomas, blotti dans l’ombre humide du porche de l’église, retint son souffle. Cobb, le fossoyeur, avançait seul, tirant le véhicule par les brancards, sa lanterne balançant une lueur jaune et tremblotante contre les pierres mouillées du chemin.

Il passa à moins de trois pieds de Thomas sans le voir. Le visage du vieil homme était blême, les mâchoires serrées, et son regard ne quittait pas le sol devant lui. Il tira la charrette jusqu’au portail du cimetière, puis, au lieu de tourner vers le coin réservé aux nouvelles fosses, il la fit pivoter brusquement vers le flanc nord de l’église, là où un entrelacs de lierre épais couvrait la muraille.

Thomas rampa entre les tombes, s’accroupissant derrière une pierre levée à l’effigie effacée d’un chevalier. Il vit Cobb poser sa lanterne à terre, puis écarter une section du lierre qui semblait montée sur des gonds de fer. Derrière, une porte basse, en chêne massif, cerclée d’acier rouillé. Cobb sortit une clé de sa ceinture, la tourna deux fois, et poussa le battant.

L’odeur qui s’en échappa fit lever le cœur de Thomas. Ce n’était pas la puanteur ordinaire de la décomposition — celle-là, il la connaissait trop bien. Non, c’était quelque chose de plus gras, de plus sucré, mêlé à une âcreté de fumée confinée. La même odeur qui montait de la grande cheminée centrale du village.

Cobb fit basculer le corps enveloppé dans le linceul depuis la charrette, le laissa tomber dans l’ouverture sombre avec un bruit sourd et mat, puis referma la porte. Il remonta sa lanterne, replaça le lierre avec un soin méticuleux qui trahissait une longue habitude, et repartit sans un regard en arrière.

Thomas resta immobile, le cœur battant dans sa gorge. Il compta jusqu’à cinquante après que le pas de Cobb se fut éteint dans la nuit, puis il se leva, traversa l’espace découvert, et écarta le lierre lui-même. La porte résista. Il s’acharna, mais le bois ne céda pas. Verrouillée de l’intérieur désormais.

Il fit le tour de l’église, les mains courant sur la pierre froide, cherchant une brèche, un soupirail, n’importe quoi. À l’arrière du chœur, là où le terrain s’affaissait, il trouva une grille de fer à demi enfouie dans la terre grasse, large de deux pieds, barrée de trois barreaux rouillés. Le plus lâche céda sous son poids, laissant un passage étroit. Thomas s’y glissa, torse raclant contre la pierre, et tomba sur un sol de terre battue à trois pieds en contrebas.

Il se releva dans une obscurité totale. Il avait pris la précaution d’emporter un court brandon de son feu de l’infirmerie, couvert de cendre. Il le frotta contre sa manche, souffla sur la braise, et une petite flamme s’éleva.

La lumière révéla la crypte. Elle était plus vaste qu’il ne l’avait imaginé, voûtée, s’étendant sous la totalité de l’église. Et partout, alignés contre les murs, soigneusement empilés comme des bûches, il y avait des corps.

Thomas compta. Dix. Vingt. Bien plus. Certains n’étaient plus que des os et des lambeaux de chair séchée, habits collés aux squelettes comme de la toile d’araignée. D’autres, plus récents, étaient enveloppés dans les mêmes linceuls grossiers que ceux du registre des morts. Tous semblaient avoir été déposés là par une main méthodique, sans hâte, sans panique. Comme si quelqu’un faisait l’inventaire.

Il s’accroupit près d’un corps dont le linceul était partiellement défait. La peau du visage était noire, boursouflée, les ganglions du cou gonflés comme des noix. La peste. Sans aucun doute. Mais ce corps-là ne portait ni le sceau ni la mention du registre d’Agnes. Il était invisible aux yeux du village.

Thomas recula, la tête pleine de chiffres. Trois morts tous les trois jours. Des fosses préparées à l’avance. Une crypte pleine de cadavres que personne n’enterrait. Et une fumée grasse qui sortait d’une cheminée centrale.

Un pas, derrière lui.

Il se retourna trop tard. Quelque chose de dur — le manche d’une pioche, peut-être — s’abattit contre sa tempe avec une force animale. La douleur explosa derrière ses yeux, la crypte bascula, et Thomas s’effondra dans la poussière noire, la dernière chose qu’il vit étant une paire de bottes de cuir grossier plantées devant son visage, immobiles, patientes.

Puis le néant.