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L'Agneau Vérolé

Lire le chapitre 6: A Debt to the Lord

L'odeur de la terre humide et de la chaux lui revint avant même d'ouvrir les yeux. Thomas Blackwood inspira profondément, et la douleur lui traversa le crâne comme une lame rouillée. Il gémit, porta la main à sa nuque, sentit le sang séché coller ses cheveux en mèches raides.

Il ouvrit les yeux sur l'obscurité.

Pas une obscurité totale — une lueur jaunâtre filtrait sous une porte de bois massif, assez pour dessiner les contours d'un réduit exigu. Une cellule. La pierre des murs suintait une fraîcheur qui n'avait rien de la chaleur moite du charnier. Il se redressa avec précaution, s'adossa au mur, et entreprit d'inventorier son corps. Poignets libres. Chevilles libres. Sa bourse vide, certes, mais ses mains intactes. Le scalpel d'argent avait disparu, comme il s'y attendait.

Il se souvint du poing qui s'était abattu sur sa nuque. Puis plus rien.

Des pas. Thomas se figea, les yeux fixés sur la porte. La serrure cliqueta, et la porte s'ouvrit sur une silhouette en robe sombre portant une lanterne. La lumière révéla le visage ascétique de Father Aldous, creusé de plis anxieux, la barbe grise mal taillée.

Le prêtre entra, referma la porte derrière lui et posa la lanterne sur le sol entre eux. Il ne dit rien, d'abord. Il regarda Thomas comme un homme qui mesure les dégâts d'une tempête.

« Vous êtes vivant », dit enfin Aldous. Le soulagement dans sa voix semblait sincère, mais Thomas savait que les hommes d'église apprenaient le mensonge aussi bien que la prière.

« Manifestement. » Thomas se massa la nuque. « Voulez-vous me dire pourquoi l'on m'a assommé, ou préférez-vous que je devine ? »

Aldous détourna les yeux. Il s'accroupit, jointes les mains, un homme accablé. La lanterne jetait des ombres dansantes sur son visage, creusant davantage les rides de fatigue.

« Vous n'auriez pas dû aller dans l'église. Vous n'auriez pas dû chercher. »

« J'étais curieux de savoir où l'on enterrait les morts. Mes patients méritent au moins une réponse honnête. »

Aldous releva la tête. Pendant un instant, Thomas crut voir un éclat de colère dans ses yeux. Puis le prêtre soupira, et la colère s'éteignit dans un affaissement général des épaules.

« Ce n'est pas moi qui ai donné l'ordre de vous arrêter. »

« Sir Richard, je présume. »

Un silence. Aldous confirma d'un hochement de tête presque imperceptible.

« Le conseil s'est réuni cette nuit, après votre… après vous avoir trouvé dans le charnier. Sir Richard a exigé votre exécution immédiate. Meurtre, a-t-il dit, car vous aviez violé la sépulture et profané les morts. J'ai plaidé pour que l'on vous laisse vivre, au moins jusqu'à l'aube. » Il marqua une pause, la voix plus basse. « J'ai dit que Dieu jugerait. Mais je crois que Richard a compris que vous seriez plus utile vivant qu'à titre posthume. Pour l'instant. »

Thomas examina le prêtre avec attention. Il y avait dans son visage une usure qui dépassait l'âge — quelqu'un qui porte depuis longtemps un fardeau trop lourd et qui commence à plier.

« Vous avez peur de lui », dit Thomas. Ce n'était pas une question.

Aldous ne releva pas. Il resta accroupi, les yeux fixés sur le sol de terre battue, et Thomas comprit qu'il avait touché juste.

« Blencarn était un village comme les autres, autrefois », dit le prêtre d'une voix lointaine. « De bonnes terres, de bons hommes. Puis la peste a touché les fermes du sud, et les routes se sont fermées. Les marchés se sont taris. Le blé a pourri dans les greniers, et les dettes… » Il s'interrompit, comme si les mots lui brûlaient la gorge. « Sir Richard était le seigneur de ces terres avant que la couronne ne lui confie la garde du village. Il a prêté de l'argent à la paroisse, pour acheter des vivres, pour payer les fossoyeurs, pour acheter la chaux. Beaucoup d'argent. »

« Et vous ne pouvez pas le rembourser. »

« Le village ne peut pas le rembourser. Pas avec la peste, pas avec les quarantaines, pas avec les routes fermées. Et chaque décès, chaque bulle qui éclate, chaque corps qui ne travaille plus, creuse davantage notre dette. Richard possède nos récoltes, nos bêtes, nos maisons. Il possède l'église elle-même. » Aldous releva enfin les yeux, et Thomas y lut l'humiliation d'un homme qui a perdu sa foi en sa propre autorité. « Il ne possède que ce que je lui laisse. Et je lui ai tout laissé. »

Le silence retomba entre eux, dense comme la fumée qui s'échappait de la cheminée centrale du village. Thomas se rappela cette fumée — épaisse, grasse, anormalement noire. Il se rappela les registres falsifiés, les corps amoncelés dans le charnier, les enterrements sans cadavres. Et il commença à comprendre.

« Ce n'est pas la peste qu'il cache, » dit Thomas lentement. « C'est la fraude. Les morts que vous enterrez dans les registres ne sont pas morts de causes naturelles. Ils sont morts de la peste, et vous le savez. Sir Richard ne peut pas admettre que le fléau vous a tous touchés, car cela ruinerait le commerce — les routes ne se rouvriraient peut-être jamais. Et sans commerce, il n'y a pas d'argent pour rembourser ses dettes. »

Aldous ferma les yeux. Quand il les rouvrit, ils étaient brillants d'un éclat humide.

« Vous avez raison. Vous avez entièrement raison. Et je vis avec ce mensonge depuis que le premier corps est tombé. » Il se releva lentement, comme un vieil homme. « Sir Richard vous tuera, docteur. Pas cette nuit, peut-être, mais il vous tuera. Il tuera quiconque menace sa position. Le village est son gage, sa propriété. Vous avez vu le charnier, vous connaissez son secret. Il ne peut pas vous laisser partir. »

« Alors dites-moi pourquoi vous êtes venu, » dit Thomas. « Vous auriez pu laisser ses hommes me trancher la gorge dans ce charnier. Vous auriez pu me laisser mourir sans témoin. Mais vous êtes là, à me dire des choses que vous ne devriez pas dire. Pourquoi ? »

Aldous regarda la porte, comme si une oreille s'y pressait. Puis il se pencha, et sa voix devint presque inaudible.

« Parce que j'ai vu mon propre salut dans vos yeux, docteur Blackwood. Vous êtes un homme qui cherche. Vous avez trouvé notre charnier, mais vous n'avez pas encore trouvé le cœur de la fraude. » Il marqua une pause. « J'étais prêtre quand la première victime est tombée. Un homme, un fermier du nom de Whitley. Sa fille était venue le voir, quelques jours plus tôt. Elle travaillait à la ferme de Sir Richard. Quand Whitley est tombé malade, Sir Richard l'a fait transporter à l'infirmerie. L'apothicaire l'a soigné. Et Whitley est mort trois jours plus tard. » Aldous détourna le regard. « Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que sa fille est morte deux jours avant lui. De la même fièvre. Et qu'aucun de ces deux décès n'a jamais été inscrit dans mes registres paroissiaux. Sir Richard a ses propres listes. »

Thomas se pencha en avant, la tête battante mais l'esprit soudain clair.

« Sa fille est morte avant lui, et Sir Richard l'a cachée. Pourquoi ? »

« Parce qu'elle est morte dans sa maison, » dit Aldous. « Dans ses appartements. »

Un frisson courut le long de l'échine de Thomas. Les implications s'emboîtaient comme les pièces d'une serrure.

« Sir Richard avait pris la fille comme servante. Comme plus que servante, peut-être. Si la nouvelle s'était répandue que la peste avait frappé dans sa propre demeure, son autorité se serait effondrée. Elle s'effondrerait. » Aldous se signa. « Je l'ai enterrée en secret, sur son ordre. Dans le charnier. Et j'ai béni son mensonge. Chaque jour, je prie pour le pardon. Chaque nuit, je me demande si Dieu écoute les confessions d'un homme qui se tait. »

Thomas resta silencieux. Les réponses qu'il cherchait étaient là, devant lui, mais elles étaient plus lourdes qu'il ne l'avait imaginé.

« Vous voulez que je parte, » dit-il. « Demain, à l'aube, vous me ferez passer au-delà des barricades. Vous paierez les gardes, peut-être, ou vous leur parlerez en latin. Et je m'en irai avec cette histoire dans la tête, et Blencarn continuera de couler dans son mensonge. »

Aldous ne dit rien. Mais son silence était un aveu.

« Je ne peux pas, » dit Thomas. « La petite fille, la fille de la mère qui est venue me chercher hier. Elle a les bubons. La peste est là, maintenant. Pas seulement dans le charnier, pas seulement dans les registres secrets de Sir Richard. Elle est vivante, elle respire, elle se propage. Si je pars, elle mourra. Et d'autres mourront avec elle. »

« Vous ne pouvez pas la sauver, » dit Aldous doucement. « Vous ne pouvez sauver personne ici. Vous ne pouvez que vous sauver vous-même. »

Thomas se remit debout, chancelant. La tête lui tournait, mais il tint bon.

« Alors j'ai une dette envers le Seigneur, » dit-il. « Et ce n'est pas en fuyant que je la rembourserai. »

Aldous le regarda longtemps. Puis il inclina la tête, une fois, comme un homme qui salue ce qu'il ne peut pas comprendre.

« Vous êtes un fou, docteur Blackwell. »

« Blackwood. Et oui. Mais je suis un fou qui sait où sont enterrés les morts. »

Aldous ramassa la lanterne. Il se dirigea vers la porte, puis s'arrêta, la main sur la serrure.

« Sir Richard donne une fête demain soir. Pour fêter la fin de la quarantaine, dira-t-il. Il y aura du vin, des viandes, une table entière de mets que le village n'a pas vus depuis des mois. » Il marqua une pause. « Ce sera une bonne occasion de montrer à tout le monde que le village est sain. »

Il sortit. La clé tourna dans la serrure.

Thomas resta dans l'obscurité, adossé au mur de pierre, et il écouta les pas du prêtre s'éloigner. Il pensa à la petite fille malade, à sa mère, au charnier plein de corps qui n'avaient jamais été comptés. Il pensa au scalpel d'argent, à l'inscription qui révélait son nom, et à celui qui le connaissait dans ce village.

La lanterne s'était éteinte. Le froid monta de la terre. Il s'accroupit, serra ses bras autour de ses genoux, et il attendit. Non l'aube — mais le moment où quelqu'un d'autre viendrait lui parler dans cette cellule. Quelqu'un qui avait peut-être des réponses qu'il n'avait pas encore pensé à chercher.