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L'AILE ET LA CLEF

Lire le chapitre 10: LE COUSIN

Le lendemain, Adrien Cazeneuve faillit mourir.

Son SPAD perdit brutalement sa pression d'huile en vol et le moteur se bloqua. Il réussit à se poser dans un champ français avec une lèvre fendue et une colère qui fit reculer les mécaniciens.

Bellon autorisa Luc à examiner le moteur malgré sa détention.

Le filtre à huile était partiellement bouché par une matière fibreuse semblable à celle trouvée dans le circuit d'essence de Girard.

La fiche d'entretien portait la signature de Besson.

Besson était toujours enfermé loin de là.

Bellon prit la fiche entre deux doigts.

— Voilà qui devient intéressant.

— Ça l'était déjà.

Armand Cazeneuve observait Luc.

Cette fois, le sabotage avait visé son propre cousin.

Quelques heures plus tard, un fil d'allumage coupé fut découvert avant un nouveau vol d'Adrien.

Armand demanda à parler seul à Luc.

— Qu'est-ce que vous voulez ?

— La vérité.

— Tout le monde dit ça quand il veut quelque chose d'autre.

Luc posa sur la table une copie de la liste de Roche.

— Fabre. Vous avez touché à ses commandes.

Cazeneuve pâlit.

— Faites attention.

— Chardin a vu le câble. Roche a gardé des notes.

Le lieutenant s'assit.

— J'ai desserré un collier. Je voulais provoquer un problème de commande, pas sa mort.

— Les torons étaient coupés.

— Pas par moi.

Luc le fixa.

— Vous attendez que je vous croie ?

— Non. Mais c'est vrai. J'ai desserré le collier. Quelqu'un a ensuite entaillé le câble. Roche, Fournier, peut-être. Après la mort de Fabre, j'aurais dû tout dire. Je ne l'ai pas fait parce que j'étais déjà coupable.

— Et maintenant ?

Cazeneuve sortit un papier de sa poche.

UNE SEULE CHUTE FERME PLUSIEURS BOUCHES.

— Trouvé dans le cockpit d'Adrien ce matin.

— Qui l'a écrit ?

— Je ne sais pas.

Pour la première fois, Luc vit un homme qui comprenait qu'il n'était pas membre d'une équipe, seulement une pièce devenue gênante.

— Pourquoi Adrien ?

— Le prototype de Savarin a connu deux incidents graves. La démonstration risque d'être annulée. Adrien sait que ses victoires ont été aidées. Si le contrat disparaît, il n'est plus utile comme vitrine. Il devient un témoin.

— Et vous aussi.

— Oui.

Cazeneuve parla alors d'un homme nommé Fournier, ancien mécanicien devenu intermédiaire de Savarin. Il gardait, selon lui, un second registre dans un château près d'Épernay : paiements, résultats d'essais, noms d'officiers et de journalistes.

— Vous témoignerez ? demanda Luc.

— Je vous donne l'emplacement.

— Ce n'est pas la question.

— Je sais.

— Vous voulez que d'autres fassent le travail qui vous évitera peut-être d'être tué.

Cazeneuve ne protesta pas.

— Oui.

Luc se leva.

— Au moins, cette fois, vous signez avec votre propre nom.