L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 11: LE CHÂTEAU
Le château se dressait au milieu de vignes ravagées, à une dizaine de kilomètres d'Épernay. Un obus avait ouvert le toit au-dessus de l'aile est, mais deux pièces restaient habitables et une automobile civile était garée sous les arbres.
Perrin resta au camion.
Luc et Vautrin entrèrent par les cuisines. La serrure céda à une lame d'acier improvisée. Luc avait appris ce genre de choses dans le garage familial, où les clients perdaient leurs clés avec une régularité admirable.
Le bureau de Savarin occupait une ancienne bibliothèque.
Ils cherchèrent dans les tiroirs, derrière les tableaux, sous les tapis.
Rien.
Puis Luc remarqua une pierre plus claire que les autres près de la cheminée.
Derrière elle, une boîte métallique.
— Vous pouvez l'ouvrir ? demanda Vautrin.
— Oui.
— Combien de temps ?
— Ça dépend de la serrure.
— Mauvaise réponse.
Luc utilisa deux tournevis et un fil d'acier. Le mécanisme résista, puis céda.
À l'intérieur : des factures, des lettres, des rapports d'essai, un cahier relié de cuir.
Le registre de Fournier.
Les pages liaient des paiements à des noms. Elles mentionnaient des « actions de promotion » auprès d'escadrilles, des « rectifications de témoignages opérationnels », des essais moteur non concluants et une recommandation inquiétante : éliminer les avis techniques susceptibles de compromettre la démonstration prévue devant le ministère.
Vautrin tourna une page.
— Ils voulaient utiliser les victoires pour cacher les défauts d'un moteur.
— Pour donner au moteur une réputation avant qu'il ait la fiabilité.
Des pas approchèrent.
La porte s'ouvrit.
Fournier entra avec un pistolet et une bougie.
Il vit la pierre déplacée.
Vautrin sortit de l'ombre.
Le visage de Fournier se vida.
— Vous êtes mort.
— J'ai eu une semaine compliquée.
Fournier tira.
La balle brisa un miroir. Vautrin lui saisit le poignet. Les deux hommes heurtèrent le bureau. Luc attrapa la boîte métallique et frappa l'épaule de Fournier. Celui-ci lâcha son arme, repoussa Vautrin et prit le tisonnier.
Luc para le coup avec la boîte.
Une douleur lui remonta jusqu'au coude.
Perrin apparut dans la porte, clé anglaise à la main.
— J'ai entendu que la conversation devenait technique.
Un seul coup suffit.
Ils ligotèrent Fournier.
Dans sa poche, Luc trouva un billet de train pour Paris et le brouillon d'un télégramme :
VAUTRIN INFORMATION FAUSSE. MOREAU ACTIF. NETTOYER LE TERRAIN AVANT TRANSFERT.
— « Nettoyer le terrain », lut Perrin. Charmant.
Fournier cracha du sang.
— Demain, votre escadrille déménage. Les archives brûlent. Les avions se dispersent. Une semaine après, personne ne saura qui a touché quoi.
— Et Savarin ?
— Savarin survivra. Les hommes comme lui survivent aux guerres.
Vautrin prit le registre.
— Pas grâce à celui-ci.
Ils repartirent avant l'aube avec Fournier caché sous une bâche.
À l'horizon, dans la direction du terrain de l'escadrille, une lueur orange monta dans le ciel.
Luc comprit avant même d'entendre Perrin jurer.
Le nettoyage avait déjà commencé.
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