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L'AILE ET LA CLEF

Lire le chapitre 9: ROCHE

— Posez la serviette, dit Roche.

Sa voix était calme.

Perrin obéit.

Luc observa le secrétaire. Pas de tremblement. Pas de panique. Un homme qui avait eu le temps de se convaincre que tout ce qu'il faisait était nécessaire.

— Vous imitiez les signatures.

— Certaines. Cazeneuve en faisait d'autres. Il écrit très bien.

— Et les sabotages ?

— Je ne suis pas mécanicien.

— Qui ?

Roche sourit légèrement.

— Vous cherchez une organisation parfaite. Il n'y en a pas. Savarin veut des contrats. Delorme veut un commandement. Cazeneuve veut protéger son nom. Fournier veut être payé. Moi, je fais en sorte que les papiers racontent l'histoire utile. Chacun comprend ce qu'il doit comprendre.

— Fabre ?

— Cazeneuve a commencé. Quelqu'un d'autre a terminé.

— Lemaire ?

— Un jeune homme malchanceux dans un métier où la malchance est fréquente.

Perrin serra les poings.

— Besson est en prison.

— Vivant. Beaucoup d'hommes lui envieraient cette chance.

Un nouvel obus tomba au loin.

Roche tourna instinctivement la tête.

Luc lança un plateau métallique contre la lampe.

L'obscurité avala le hangar.

Deux coups de feu éclatèrent.

Luc tomba au sol, rampa derrière une roue. Il entendit Perrin se jeter sur Roche, des outils tomber, un juron.

Puis les portes s'ouvrirent brusquement.

Une silhouette apparut dans la lumière extérieure.

— Lâchez ça, dit Vautrin.

Roche se figea.

Le mort se tenait devant lui, revolver braqué.

— Lieutenant…

— Accident décevant, n'est-ce pas ?

Perrin récupéra l'arme.

Ils attachèrent Roche avec un morceau de câble de commande.

Luc voulait prévenir Bellon immédiatement.

Vautrin s'y opposa.

— Delorme dira que Roche a agi seul. Il brûlera ce qui reste des dossiers.

— Roche peut témoigner.

Le secrétaire, assis au sol, eut un rire bref.

Tous comprirent ce que ce rire signifiait. Un témoin pouvait se rétracter. Un prisonnier pouvait mourir pendant un bombardement. Un registre pouvait être déclaré faux s'il n'était pas rapproché des archives officielles.

Ils transférèrent Roche dans la cave où Vautrin s'était caché, sous la garde d'un cousin de Perrin appartenant au train automobile.

Luc retourna dans sa cellule avant l'aube.

Delorme vint le voir.

— Moreau, je peux vous éviter le pire.

— Comment ?

— Vous admettez une modification non autorisée. Vous dites avoir paniqué après la mort de Vautrin. Je plaide la négligence, pas le sabotage.

— Généreux.

Delorme se pencha.

— Vous êtes doué. Ce serait dommage de vous faire fusiller par orgueil.

Luc le regarda.

— Et si Vautrin était vivant ?

Le visage de Delorme ne bougea presque pas.

Seulement sa main droite se referma.

— Il ne l'est pas.

— Vous semblez bien sûr.

Silence.

— Les machines ont des limites, Moreau. Les hommes aussi. Quand on dépasse les tolérances, ça casse.

Il sortit.

Luc resta seul.

Il venait d'obtenir quelque chose qui n'était pas une preuve juridique, mais qui valait presque autant : la certitude que Delorme savait plus qu'il ne le disait.