L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 12: LE TERRAIN PROPRE
Trois hangars brûlaient.
Un camion-citerne avait explosé. L'essence enflammée courait dans une rigole comme une rivière de lumière. Des hommes jetaient du sable, poussaient des avions à la main, arrachaient des caisses aux flammes.
Bellon avait été assommé dans sa chambre.
Son dossier de preuves avait disparu.
Les archives transférées pendant le déménagement étaient presque toutes détruites.
Delorme était parti.
Roche aussi.
Armand Cazeneuve demeurait introuvable.
Luc tira Fournier du camion et le remit au premier sous-officier de gendarmerie rencontré.
— Si cet homme disparaît, le capitaine Bellon vous fera enfermer.
Le gendarme regarda Luc, hésita devant ses galons inexistants, puis décida que la phrase avait été prononcée avec assez d'assurance.
Vautrin resta caché. Sa mort officielle demeurait un avantage.
Ils retrouvèrent finalement Armand dans les ruines d'une petite chapelle près de l'ancien terrain. Adrien était avec lui.
Armand tenait un pistolet posé sur les genoux.
— Delorme est parti à l'état-major du groupe, dit-il. Il dira que Roche et Fournier avaient monté une escroquerie. Il dira qu'il a découvert trop tard ce qui se passait.
— Et vous ? demanda Luc.
— Il dira que j'ai paniqué.
Vautrin sortit de l'ombre.
Adrien se signa.
Armand resta sans voix.
— Henri…
— Je manque visiblement à beaucoup de gens.
Le silence dans la chapelle fut plus lourd que les canons au loin.
Vautrin demanda :
— Fabre ?
Armand baissa la tête.
— J'ai desserré le collier. Je n'ai pas coupé les torons.
— Mais vous avez créé la panne.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que j'avais peur de perdre ma place, mon nom, ma famille, tout ce que je pensais avoir mérité.
Vautrin s'approcha.
— Fabre m'a appris à voler en formation. Il m'a prêté des gants quand les miens étaient déchirés. Vous avez mis sa vie dans une vis parce que vous aviez peur d'être humilié.
— Oui.
— Alors dites-le devant une commission.
Armand releva les yeux.
— Et être fusillé ?
— Peut-être.
Adrien intervint :
— S'il parle, je parle aussi.
— Non, dit Armand.
— Deux de mes victoires sont fausses. Je le savais. Je n'ai rien dit.
— Tu as vingt-deux ans.
— Ça ne vous a pas empêché de m'utiliser.
Armand ferma les yeux.
Quand il les rouvrit, quelque chose avait cédé.
— D'accord.
Ils décidèrent de partir au petit jour avec Bellon, Fournier, Roche et les registres.
Mais la cave où Roche était gardé était ouverte.
Le cousin de Perrin gisait inconscient.
Roche avait disparu.
Perrin ramassa une douille au sol.
— Il n'est pas sorti seul.
Luc savait où il irait.
Vers Delorme.
Le seul homme qui possédait encore un grade assez élevé pour transformer les mensonges en version officielle.
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