L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 13: LE RETOUR DU MORT
Bellon reprit connaissance au milieu de la nuit.
Vautrin entra dans sa chambre.
Le capitaine de sécurité tenta de se lever.
— Mon Dieu.
— On me le dit souvent depuis deux jours.
Bellon écouta le récit complet, lut le registre de Fournier et la confession écrite d'Armand Cazeneuve.
— Delorme arrivera au groupe avant vous, dit-il. S'il raconte son histoire le premier, nous passerons des semaines à la démonter.
— Alors nous volons, répondit Vautrin.
Les routes étaient impraticables. Il restait trois chasseurs en état et un SPAD plus ancien appartenant à Valette.
Luc le prépara dans la nuit.
Il remplaça une conduite d'huile, régla la tension des haubans, nettoya les bougies et emprunta un mécanisme d'alimentation de mitrailleuse sur une épave.
Puis il découvrit que les boulons de fixation de la magnéto avaient été desserrés.
Encore un sabotage.
Même en fuite, quelqu'un avait préparé l'échec d'une poursuite.
Luc resserra les boulons et les freina au fil métallique.
Avant de laisser Vautrin partir, il grimpa lui-même dans le cockpit pour vérifier la commande des gaz pendant que le moteur tournait.
Les vibrations traversèrent le siège, le manche, les palonniers.
Depuis le sol, Luc avait toujours écouté les machines de l'extérieur. Là, il les sentit à travers son propre corps.
Vautrin se pencha sur le bord du cockpit.
— Vous comprenez ce qu'elle dit ?
— Qu'un pilote lui fait subir beaucoup trop de choses.
— C'est une forme d'affection.
À l'aube, Vautrin décolla vers le sud avec un dossier de Bellon sous sa combinaison.
Il revint vingt minutes plus tard.
Luc l'insulta avant même que les roues aient cessé de tourner.
— Qu'est-ce que vous faites ?
— Des bombardiers allemands arrivent du nord. Six biplaces, quatre chasseurs d'escorte. Ils vont vers le nœud ferroviaire.
— Vous deviez porter des preuves !
Vautrin tendit le dossier à un motocycliste.
— Lui les portera.
— Et vous ?
— Je refuse que mon premier acte après avoir ressuscité soit de fuir une vraie attaque allemande pour sauver ma réputation.
Luc voulut le frapper.
À la place, il vérifia le bouchon d'essence.
— Si vous vous tuez maintenant, je vous répare mal.
Vautrin sourit.
— Voilà le mécanicien que j'aime.
Il remit les gaz.
Le SPAD prit de la vitesse.
Au bord du terrain, plusieurs hommes reconnurent le pilote.
— Vautrin !
Le mort décolla en plein jour devant toute l'escadrille.
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