L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 18: L'ENQUÊTE
L'enquête officielle s'ouvrit dans une école abandonnée au sud d'Épernay.
Les vitres avaient disparu, les hirondelles nichaient sous les poutres, et un problème d'arithmétique d'enfant était encore écrit au tableau derrière les officiers.
Luc témoigna quatre heures.
Il décrivit le raccord du numéro 6, le filtre de Girard, l'aileron de Lemaire, les fausses signatures, la mort simulée de Vautrin, la serviette de Roche, le registre de Fournier, les sabotages d'Adrien et l'arrestation de Martel.
Un juriste demanda :
— Chacune de ces pannes pourrait-elle se produire naturellement ?
— Certaines, oui.
— Alors comment distinguez-vous une panne d'un sabotage ?
Luc réfléchit.
— Une machine tombe en panne selon ses contraintes. L'usure a des habitudes. Les erreurs aussi. Quand les mêmes signatures fausses apparaissent, quand les mêmes personnes profitent des accidents et quand des documents décrivent ces profits, le hasard devient une explication moins bonne que l'intention.
Barrès nota la phrase.
Vautrin témoigna ensuite.
Il reconnut avoir organisé sa fausse mort, caché un prisonnier, fouillé un château sans mandat et poursuivi Roche dans un avion non affecté à son unité.
— Vous avez une relation souple avec le règlement, capitaine, observa Barrès.
— Le règlement avait une relation très souple avec ma survie.
— Votre père m'avait prévenu.
— Je suis désolé que vous le connaissiez.
Armand Cazeneuve changea la nature de l'affaire lorsqu'il confessa avoir desserré une partie de la commande de Fabre.
— Je pensais provoquer un retour au terrain, dit-il. Pas une mort.
— Vous avez créé volontairement une panne de commande en vol, répondit l'officier enquêteur. Le reste appartient ensuite à la physique.
Adrien reconnut avoir accepté deux homologations douteuses.
Valette vit une de ses anciennes victoires enfin confirmée.
— Vous en avez huit, lui dit Vautrin.
— J'ai toujours un seul corps, répondit Valette. Les chiffres sont pour les journaux.
Delorme nia avoir ordonné un meurtre.
Il admit les formulaires signés à l'avance, les relations avec Savarin, les « arrangements » administratifs, mais expliqua que l'offensive exigeait des résultats et que les escadrilles vivaient sous une pression constante.
— Les hommes mouraient tous les jours, dit-il. Si j'avais ouvert une enquête à chaque soupçon, plus personne n'aurait volé.
Luc écouta cette défense avec malaise.
Elle contenait assez de vérité pour avoir servi de refuge au mensonge.
Roche céda au troisième jour. Il reconnut les faux témoignages, l'argent, les signatures, les pièces volées placées dans le casier de Chardin et les billets cachés dans les affaires de Luc.
Il prétendit n'avoir jamais voulu tuer.
Fournier dit la même chose.
Martel accusa Fournier.
Cazeneuve accusa Roche.
La culpabilité ne formait pas une ligne mais une toile.
Barrès fit inculper Savarin, Roche, Fournier et Martel. Delorme fut relevé de son commandement. Armand Cazeneuve fut arrêté. Adrien perdit deux victoires homologuées et fut retiré du combat.
Besson fut libéré.
Le dossier de Chardin fut rouvert.
Barrès proposa à Luc un poste d'inspecteur technique.
— Vous comprenez les pannes et les hommes de terrain.
Luc regarda Vautrin et Perrin se disputer devant le hangar à propos d'une conduite d'huile.
— Je préfère rester ici.
— Après tout ça ?
— À cause de tout ça.
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