L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 20: DOUBLE COMMANDE
Le commandant Favre observa plusieurs jours Luc discuter avec Vautrin de la sensation d'un avion en piqué.
Puis il demanda :
— Moreau, vous avez déjà pensé à apprendre à piloter ?
Luc rit.
Favre non.
— J'ai vingt-huit ans.
— Nous préviendrons le musée.
— Je suis mécanicien.
— Justement.
L'escadrille possédait un vieux Caudron G.3 à double commande. Vautrin prit la place d'instructeur improvisé.
— Première règle : le sol est dangereux. Évitez-le tant que possible.
— C'est votre enseignement ?
— Je suis un as, pas un instituteur.
Au décollage, Luc serra le manche trop fort.
Le Caudron réagissait avec un léger retard qui l'agaçait. Il corrigeait une inclinaison, puis corrigeait la correction.
— Arrêtez de réparer chaque mouvement ! cria Vautrin.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Laissez-le voler !
La formule offensait tout ce que Luc croyait savoir sur la mécanique.
Pourtant, à six cents mètres, il comprit. Un avion n'était pas une automobile sans route. L'air soutenait, poussait et déplaçait la machine. Trop intervenir pouvait créer exactement le désordre qu'il voulait corriger.
Vautrin lâcha ses commandes.
— À vous.
Luc maintint le palier quelques secondes.
Une rafale leva l'aile droite. Il poussa trop à gauche, puis se reprit, ajouta du palonnier, réduisit son mouvement.
L'horizon se stabilisa.
Un rire lui échappa.
Vautrin se retourna à moitié.
— Voilà. C'est fini.
— Quoi ?
— Vous avez aimé.
Luc le nia au retour.
Personne ne le crut.
Les leçons continuèrent : virages coordonnés, décrochages, approches, pannes simulées.
Luc détestait les décrochages.
— L'aile cesse de porter ! cria-t-il la première fois.
— Temporairement.
— Il faudrait un avertissement.
— L'avertissement, c'est qu'on tombe.
Piloter changea sa manière de travailler au sol. Luc demanda désormais aux pilotes ce qu'ils faisaient juste avant une vibration ou une perte de puissance : piqué, montée, tir, virage serré, glissade. Le contexte devint une partie du diagnostic.
Favre adopta aussi ses nouvelles règles d'entretien : deux signatures après intervention sur les commandes de vol, marques de contrôle sur les écrous critiques, notation de toute ouverture de panneau, contre-inspections aléatoires.
Les pannes inexpliquées diminuèrent.
Pas seulement parce que les saboteurs avaient disparu.
Les erreurs ordinaires étaient détectées plus tôt.
Luc considéra cela comme sa victoire la plus propre.
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