L'AILE ET LA CLEF
Lire le chapitre 22: LA PLUS LONGUE PATROUILLE
Le 17 juin, la patrouille de Vautrin escorta un biplace photographique au nord de Reims.
Ciel clair. Soleil violent. À trois mille mètres, le bleu devenait presque noir au-dessus d'eux.
Luc resta au sol ce jour-là. Il regarda partir Vautrin, Valette, Néron et Sorel avec le biplace de reconnaissance.
Plus tard, Vautrin reconstitua le combat avec des écrous posés sur une carte.
Sept Albatros étaient arrivés au-dessus d'eux.
— Ici, dit-il en déplaçant une rondelle, Valette prend les deux premiers. Néron descend trop. Sorel reste avec moi. Le biplace part vers l'ouest.
— Et vous ?
— Je touche un Allemand, mais je refuse de le suivre vers ses lignes.
Luc hocha la tête.
Deux mois plus tôt, Vautrin aurait probablement poursuivi.
Son renoncement lui permit de voir deux autres chasseurs descendre sur le biplace photographique. Il les attaqua. Sorel écarta le second. Le photographe put achever sa mission.
Puis Néron tira une fusée de détresse.
Trois Albatros le poursuivaient plus bas.
Son moteur perdait de la puissance.
— J'ai ordonné aux autres de raccompagner le biplace, dit Vautrin. Je suis descendu seul.
Luc posa l'écrou qu'il tenait.
— Ça contredit tout ce que vous leur enseignez.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il ne cherchait pas la gloire. Il ne pouvait simplement pas sortir du combat.
Vautrin plongea dans la formation allemande. Une balle perça son radiateur. Une autre abîma partiellement un câble de direction. Il continua encore une quarantaine de secondes pour obliger l'Albatros derrière Néron à rompre.
— Quarante secondes avec le radiateur percé ?
— À peu près.
— Crétin.
— Néron avait besoin de quarante secondes.
Number Six crossed the French lines nearly dry of coolant. Vautrin throttled back, reduced rudder movement to protect the damaged cable, and glided the last kilometres whenever possible.
Quand le SPAD apparut au-dessus du terrain, il traînait une vapeur blanche.
Luc courut.
Il vit les impacts, le câble effiloché, le radiateur vide, puis le sang sur la manche de Vautrin.
— Blessé ?
— Éclat de métal. Rien.
Luc lui donna un coup au milieu de la poitrine.
Vautrin recula.
— C'était quoi ?
— Nouvelle procédure d'inspection.
Puis Luc le serra brièvement contre lui.
Ils n'en reparlèrent jamais.
Néron revint en camion deux heures plus tard. Deux cylindres avaient perdu de la compression après des impacts.
— Vous auriez dû me laisser, dit-il à Vautrin.
— Probablement.
— Pourquoi vous ne l'avez pas fait ?
Vautrin regarda Luc.
— Moreau dit que « probablement » est interdit après une panne.
— Ne détournez pas mes règles, protesta Luc.
Les photographies rapportées ce jour-là révélèrent plusieurs positions d'artillerie allemandes. L'état-major félicita la patrouille.
Une nouvelle victoire fut aussi homologuée pour Vautrin.
La treizième.
Il plia la fiche et la rangea sans commentaire.
Luc retira une balle du tableau de bord du numéro 6.
— Souvenir ? demanda Vautrin.
— Non. Preuve que les mécaniciens allemands font mal leur travail. Ils ont envoyé cette pièce au mauvais endroit.
Vautrin rit jusqu'à ce que sa blessure lui fasse mal.
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