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L'AILE ET LA CLEF

Lire le chapitre 8: LE MÉCANICIEN DU MORT

Le dossier contre Luc était presque parfait.

Il avait signé la dernière inspection du numéro 6. Plusieurs témoins l'avaient vu modifier le circuit d'essence. Son carnet privé avait disparu dans un incendie de l'établi survenu quelques jours auparavant. Et les gendarmes trouvèrent dans son paquetage une somme d'argent qu'il n'avait jamais vue, ainsi qu'un outil allemand provenant d'une épave.

Vautrin voulait apparaître immédiatement.

Puis il changea d'avis.

— Si je ressuscite maintenant, ils diront que votre modification a causé une panne accidentelle et que j'ai simplement survécu. Nous avons entendu leur conversation, mais rien ne relie encore les signatures falsifiées aux faux palmarès.

Perrin acquiesça.

— Il nous faut les papiers de Roche.

Ils cachèrent Vautrin dans une cave abandonnée d'un village voisin.

Luc revint avant l'aube et se laissa arrêter.

Le capitaine Maurice Bellon, chargé de la sécurité du groupe, l'interrogea. Réserviste à lunettes, traits fatigués, il avait l'air davantage professeur que policier.

— Pourquoi avez-vous modifié le circuit d'essence du lieutenant ?

— Pour empêcher un sabotage.

— En créant une modification non réglementaire ?

— Oui.

Bellon soupira.

— Vous comprenez le problème ?

— Très bien.

— De l'argent a été trouvé dans vos affaires.

— Placé là.

— Plusieurs hommes disent que vous voyez du sabotage partout.

— Parce qu'il y en a.

— Qui ?

Luc ne donna aucun nom.

Il ne savait pas si Bellon était honnête. Et s'il l'était, il ne savait pas jusqu'où montait le réseau.

Pendant son enfermement, Perrin disparut à son tour.

Bellon revint en fin de journée.

— Votre sergent a pris la fuite.

Luc ne répondit rien.

Il savait que Perrin devait profiter de son arrestation pour fouiller le bureau de Roche.

À la tombée de la nuit, l'artillerie allemande commença à battre le terrain. Un obus tomba assez près pour faire vibrer les murs.

Le garde quitta le couloir pour aider à déplacer du matériel.

La porte s'ouvrit.

Perrin entra.

— Viens.

— Tu as trouvé quelque chose ?

— Mieux que quelque chose.

Dans le hangar, il ouvrit la serviette de Roche.

Il y avait des formulaires d'homologation vierges déjà signés par Delorme.

Des feuilles sur lesquelles quelqu'un s'était exercé à imiter plusieurs signatures : Besson. Chardin. Moreau.

Un registre de paiements provenant d'une société liée à Savarin.

Et une liste de noms.

FABRE — 17 — hostile — réglé. ROUSSEL — 9 — mutation. VALETTE — 7 — demandes à bloquer. VAUTRIN — 12 — retirer avant le 15 mai. MOREAU — mécanicien — risque.

Luc resta longtemps sur le dernier mot.

— Avec ça, dit Perrin, on les tient.

Une voix répondit derrière eux :

— Oui. Avec ça, vous les tenez.

Roche se tenait dans l'entrée du hangar.

Il avait un pistolet.