L'Année des Ombres
Lire le chapitre 11: The Missing Maid
La bougie vacilla dans le courant d'air qui montait de l'escalier en colimaçon, et Edward dut poser la main sur la page pour l'empêcher de tourner. L'écriture de l'héritier de 1892 était fine, nerveuse, les lettres penchées comme sous un vent constant. Il avait lu les dernières lignes trois fois déjà, et chaque fois son regard revenait au même passage, à la fin d'une entrée datée du 28 octobre.
*Marie a été bonne, autrefois. Je l'entends encore chanter dans la lingerie. La maison l'a prise, comme elle prend tout ce qui possède un cœur battant. On dit qu'elle est partie dans la nuit, mais je sais mieux. Elle ne serait jamais partie sans moi. Nous devions fuir ensemble.*
Edward ferma les yeux. La date du 28 octobre. Trois jours avant le 31. Le même jour que son père. Il rouvrit le journal et parcourut les pages précédentes, cherchant d'autres mentions du nom de Marie. Il en trouva trois autres, toutes en secondes moitiés d'entrée, comme si l'héritier avait d'abord voulu tenir un journal de ses travaux, puis n'avait plus pensé qu'à elle.
Le 14 octobre, il avait écrit : *Marie refuse de venir dans la tour. Elle dit que la porte l'appelle la nuit. Je lui ai ri au nez. Elle m'a regardé avec des yeux que je ne lui connaissais pas, des yeux de chatte traquée, et elle a dit : "On ne rit pas de ce qui vient vous chercher."*
Le 19 octobre : *Elle a cessé de dormir. Je l'ai trouvée ce matin devant la porte de la bibliothèque, pieds nus sur le carrelage froid, comme si elle attendait quelqu'un. Quand je l'ai touchée, elle a sursauté comme si je l'avais brûlée. Elle regarde la tour, sans cesse.*
Le 24 octobre, plus long : *Je lui ai demandé de m'épouser. Je lui ai dit que nous partirions au printemps, que je laisserais tout cela à Philippe, qu'il pourrait bien faire brûler la maison s'il le voulait. Elle a pleuré. Elle a dit que ce n'était pas la maison qu'il fallait fuir. "C'est la femme dans le tableau", a-t-elle murmuré. "Elle me regarde depuis le mur de la cuisine. Elle me dit de venir la rejoindre."*
Edward marqua la page d'un doigt. La femme dans le tableau. Le portrait de 1888. Il repensa à la serveuse de l'auberge, à la ressemblance qui l'avait frappé comme un coup de poing dans l'estomac. La même femme, traversant les décennies comme un fil dans le tissu du temps.
Il souffla la bougie et laissa la pièce s'éteindre dans la pénombre grise qui filtrait à travers les volets mal joints. Le journal était couvert de cuir noir, usé aux coins, et il le glissa dans sa poche intérieure avec précaution. Il avait besoin de trouver la trace de Marie Leclair.
L'escalier en colimaçon le ramena dans la bibliothèque, dont les rayonnages s'étiraient dans l'ombre comme une mâchoire ouverte. Le silence était épais, mais Edward n'avait plus peur, exactement. C'était autre chose. Une détermination qui poussait sous la peur comme l'herbe sous le béton.
Il commença par l'aile des domestiques, à l'extrémité est du château, là où les murs se rétrécissaient et où le plancher craquait davantage. Les chambres étaient petites, alignées comme des alvéoles d'abeilles mortes, avec des lits de fer rouillés et des prie-Dieu dont le velours s'effilochait en lambeaux gris. La poussière recouvrait tout d'un manteau uniforme, mais certaines empreintes troublaient la surface lisse : les siennes, sans doute, celles qu'il avait laissées la semaine dernière quand il avait inspecté les lieux la première fois.
La troisième chambre attira son regard. Une porte entrouverte, là où les autres étaient closes. Il poussa le battant et entra.
La pièce était plus petite que les autres, avec une fenêtre qui donnait sur le potager abandonné. Le lit était fait — fait, avec des draps dépliés et un traversin gonflé, comme si quelqu'un s'apprêtait à y dormir ce soir-là. Edward s'approcha et passa la main sur la toile de Jouy du dessus-de-lit. Les fleurs étaient fanées, leurs couleurs lavées vers le beige, mais la texture était différente, moins plâtreuse que partout ailleurs. Quelqu'un avait dormi ici, récemment.
Il regarda autour de lui. Une table de toilette en merisier supportait une cuvette d'émail ébréchée et un peigne en écaille. Le peigne était propre, ses dents fines dénuées de cheveux, mais une trace de brillantine luisait encore sur la monture. Il ouvrit doucement le tiroir de la table.
À l'intérieur, sous un mouchoir de coton blanc brodé d'un *M* maladroitement entrelacé, reposait un médaillon en argent terni. Edward le prit à deux doigts, comme un objet sacré, et le retourna. Le fermoir résista, rongé par l'oxydation, mais céda avec un petit *clac* sec.
À l'intérieur, deux miniatures sur ivoire s'opposaient de part et d'autre. À droite, un homme qu'il ne connaissait pas, barbu, les yeux fatigués, vêtu de noir. À gauche, une femme.
Edward retint son souffle.
Elle était jeune, dix-huit ou vingt ans peut-être, avec des cheveux sombres tirés en chignon et des yeux clairs presque gris dans la peinture. Son visage était doux, mais le peintre avait capté quelque chose de tendu dans les mâchoires, une retenue qui parlait de choses qu'elle ne disait pas. La ressemblance avec la serveuse de l'auberge était frappante. La ressemblance avec la femme du portrait de 1888 était plus troublante encore.
Il referma le médaillon et le glissa dans sa poche, contre le journal à la couverture de cuir. Il refit son inspection de la pièce, mais ne trouva rien d'autre — pas de lettres, pas de papiers, rien qui pût identifier la dormeuse. Les armoires étaient vides, leurs portes ouvertes sur le vide intérieur comme des bouches muettes.
Il sortit dans le couloir et, sans réfléchir, poussa la porte de la pièce suivante. Vide. Puis la suivante. Un lit de camp effondré, des caisses poussiéreuses. La quatrième — à l'extrémité du couloir, là où le mur s'incurvait vers la tourelle d'angle — était fermée à clé.
Edward sortit son trousseau, la lourde clé en fer forgé que Maître Blanchet lui avait remise à l'ouverture du testament. Elle tourna dans la serrure avec un grincement de métal contre le métal, et la porte s'ouvrit.
La pièce était un bureau. Une grande table en noyer massif, des étagères murales, et un secrétaire à abattant aux pieds griffus. Sur la table, une lampe à pétrole de fabrication récente et un carnet de toile cirée, le même modèle qu'il avait vu posé sur la table du gardien du parc la semaine précédente. Il ouvrit le carnet.
La première page portait une date : la semaine dernière. Une écriture régulière, appliquée, décrivait l'état du toit, l'humidité des caves, un problème de gouttière au pavillon ouest. Un rapport de surveillance. Ce devait être le bureau de l'intendant, ou d'un homme de maintenance. Il tourna une page, puis une autre. Tout semblait anodin.
Puis, à la fin du carnet, une entrée écrite d'une autre main — nerveuse, rapide, les lettres serrées comme si l'auteur avait eu peur de ne pas avoir le temps.
*Elle est revenue. Elle rôde encore dans les cuisines. J'ai dit à Émile que ce n'était rien, qu'il ne devait pas venir, que ce n'était pas sa guerre. Mais je les vois, les traces de pas humides sur le carrelage, et personne n'est entré. Je la verrai demain, je lui parlerai. Je lui dirai d'arrêter.*
Edward resta immobile, le carnet ouvert entre les mains. « Émile », disait le texte. Il y avait deux Émile dans sa connaissance. Le gardien du parc — un homme d'une soixantaine d'années, solide comme un chêne, qui arpentait les bois du domaine et entretenait les dépendances. Il lui avait parlé, la semaine dernière, de son propre chef, pour lui révéler que la serveuse de l'auberge était travaillé au château deux ans plus tôt.
Mais il y avait aussi le vieil Émile, l'homme qui tenait le bureau du château depuis des décennies, qui connaissait chaque pierre du domaine et qui ne lui avait jamais réellement dit ce qu'il pensait.
Edward reposa le carnet exactement où il l'avait trouvé — il ne fallait pas que la présence qui rôdait dans ces murs sache qu'il avait posé les mains sur ses secrets — et quitta la pièce.
Le vent avait tourné dans l'après-midi. Il se leva et ferma la fenêtre que le courant avait ouverte — la fenêtre de la chambre du fond, celle dont le carreau était fêlé en étoile.
Il resta là un moment, la main sur le loquet, à regarder la lumière raser les tuiles du toit à travers le verre. La maison respirait autour de lui, lente et vieille, pleine de secrets qu'elle aimerait mieux emporter dans la terre. Mais il avait trouvé une trace de Marie Leclair — ou de celle qui lui ressemblait —, et il allait la suivre jusqu'au bout.
Il fallait bien que quelqu'un réponde pour les années de silence.
Il sortit du château alors que le soir tombait sur les collines. Il y avait encore un peu de lumière du jour pour trouver le village plus proche, un hameau de pierres et de volets clos, et il marcha vite pour couper à travers les vignes mortes. Quand il poussa la porte de l'église, l'odeur de l'encens et de la cire refroidie l'enveloppa comme un manteau de lin.
Le curé était occupé à ranger les livres de comptes dans le chœur, et quand il leva la tête et vit Edward, une expression qu'il ne sut pas déchiffrer traversa son visage.
« Monsieur Hale », dit-il. « Je me demandais quand vous viendriez. »
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