L'Année des Ombres
Lire le chapitre 15: The Book of Hours
La chapelle du château sentait la pierre humide et la cire froide. Edward n'y était entré qu'une fois, le premier soir, par devoir d'inventaire — et en était ressorti aussitôt, rebuté par l'odeur de renfermé et de prières mortes. Ce soir-là, la pluie tambourinait contre les vitraux grisâtres et quelque chose dans l'air semblait l'y pousser, comme si la journée passée village avait dérangé un équilibre qu'il ne comprenait pas encore.
Il tenait à la main la lampe à pétrole qu'il gardait toujours à portée. Son faisceau jaune dansait sur les bancs de chêne, sur l'autel dénudé, sur les fresques murales que les années avaient transformées en fantômes de couleurs. Le visage du Christ y était presque effacé — seule une main bénissante restait visible, comme un souvenir d'un geste devenu inutile.
C'est en posant la lampe sur le rebord de l'autel qu'il entendit le bruit. *Haut.* Derrière lui. Un grattement, suivi d'un souffle creux.
Il se retourna. Rien. La chapelle était vide, mais le mur derrière le confessionnal avait une ombre qui n'aurait pas dû exister — une zone plus sombre, légèrement bombée, à hauteur d'épaule. Edward s'approcha, le cœur battant, et passa la main sur la pierre. *Légèrement mobile.* Il appuya. La pierre céda avec un gémissement de rouille et de poussière.
Un creux. Et dedans, un livre.
Il le sortit avec précaution. Reliure de cuir gaufré, presque noire, fermée par un fermoir de laiton terni. Pas de titre. Pas de nom d'auteur. Seulement, au centre de la couverture, un symbole gravé : une clé dont le panneton dessinait une spirale.
Edward s'assit sur le banc le plus proche et l'ouvrit. Les premières pages étaient d'une écriture de scribe — une calligraphie rouge et bleue, ornée de lettres dorées. Un manuscrit enluminé. Il fallait le lire à la lueur de la lampe, le parchemin épais et cireux sous les doigts.
Latin. Un latin d'église, pédagogique, rythmé comme une chronique.
Il le comprit au fil de la lecture, traduisant mentalement les passages les plus difficiles. Le document relatait la construction du château, en l'an de grâce mil quatre cent trente et un, sur ordre d'un seigneur nommé Guillaume de Montfort. Un domaine bâti pour surveiller les routes marchandes vers l'est. Un homme pragmatique, d'après le texte — un soldat devenu administrateur, qui avait fait déboiser la colline pour que ses murailles puissent voir venir les ennemis.
Puis la main changea. L'encre devint plus pâle, l'écriture plus pressée. Aussi pressée que celle d'un copiste qui craignait pour sa vie.
Il relut le passage trois fois pour être certain.
En l'an de grâce mil quatre cent trente et trois, la fille du seigneur de Montfort fut trouvée avec l'herbe amère dans le ventre. On accusa une servante nommée Katell, une femme des landes qui guérissait avec les mains et que l'on disait sorcière. Katell ne nia pas. Elle ne pleura pas. Elle regarda le seigneur droit dans les yeux lorsqu'on la traîna devant lui, et elle dit : « Tu as tué ce que tu aimais avec ce que tu craignais. Que la terre se souvienne de ton nom et de ta peur. »
Le seigneur la fit pendre au chêne de la cour. Et comme elle se balançait au bout de sa corde, il lui fit couper la main droite et l'enterra sous le seuil de la chapelle, *pour que ses os ne puissent jamais marcher vers ses prières*.
Edward tourna la page. L'écriture changea encore — plus quiétude, mais plus funèbre. Un autre chroniqueur, un moine probablement, avait repris le récit deux décennies plus tard.
*Depuis ce jour, la maison n'est plus bénite. Le maître qui y règne doit payer son tribut avant que la Toussaint vienne, ou la terre elle-même refusera de porter. Le blé brûlera sur pied. Les sources tariront. Le bétail mourra dans l'étable, les yeux grands ouverts, comme s'il voyait la chose venir. Il est écrit que le maître du château doit disparaître ou périr entre la veille de la fête et le jour des morts, sans quoi la vallée entière portera la marque. Les héritiers du nom de Montfort ont appris cette loi à leurs dépens. Nous, moines de l'ordre de Saint-Benoît, qui tenons ce livre en dépôt et en garde, nous attestons que la chose est vraie, et que chaque année qui passe sans tribut est une année de famine et de mort.*
La bougie de la lampe vacilla. Edward ne se souvenait plus d'avoir arrêté de respirer.
Il feuilleta plus avant. Des mains plus récentes avaient continué le livre — des notes marginales, des signes en alchimie, des dessins d'arbres et de clés. Puis une page sans écriture, où une seule ligne traversait le parchemin de haut en bas, comme si la plume avait été posée et tracée dans un geste de désespoir.
Puis plus rien.
Le reste du livre était vide. Des pages blanches, douze, treize, quatorze feuillets se succédèrent sans un mot. Edward les tourna l'une après l'autre, espérant un nom, une date, un témoignage qu'il pourrait utiliser. Rien.
À la toute fin, dans la reliure, une main avait glissé une bande de papier. Il la sortit. Encre décolorée, écriture rectiligne, plus récente. Une liste de dates.
1857. 1864. 1871. 1878. 1884. 1892. 1899.
Chaque date était rayée d'une barre oblique. Il en restait une seule, en bas, sans barre.
*1913.*
Il relut la liste. Sept dates rayées — et pourtant le constable lui avait parlé de sept héritiers. Sept, avec lui, ça faisait huit. La chronologie n'était pas la même. Les dates espacées de sept ans, la plupart du temps, mais pas toujours. Et la dernière, non rayée, à côté d'une écriture plus petite, ajoutée en note : *Le testament signé par le fol Edward sous condition de séjour. Si la chose ne le prend pas, elle prendra le village.*
Edward tenait la bande de papier au-dessus de la flamme. Le bord se souleva, un léger parfum de brûlé dans l'air froid.
Il rabaissa la lampe sans allumer.
— Elle avait raison, murmura-t-il. La terre ne lui suffit plus. Le château veut le sang du maître — et si je ne le lui donne pas, il se servira dans le village.
Il réfléchit, puis glissa la bande de papier dans la poche de sa veste, sous le livre. Il remit le manuscrit dans le creux du mur, remit la pierre en place, puis se retourna vers l'autel.
Sur la pierre froide, à l'endroit où il avait posé la lampe, une chose qu'il n'y avait pas vue à l'aller : un petit mot, plié en quatre, sur du papier à l'ancienne. Il le déplia.
Deux mots, à l'encre noire, avec hésitation dans chaque lettre — comme si l'auteur avait repoussé trois fois l'instant d'écrire :
*Il écoute.*
Edward leva les yeux. Le Christ peint sur la fresque semblait le regarder, la main toujours levée dans sa bénédiction inachevée. Et derrière la chapelle, au-delà du mur, un pas — lent, lourd — traversait le corridor d'ouest en est.
Quelqu'un marchait dans le château avec lui. Quelqu'un qui venait de laisser ce mot. Et pour la première fois, l'idée que le village entier soit complice de ce qui allait se passer ne lui parut plus une paranoïa de citadin — mais la seule explication raisonnable.
Il éteignit la lampe et sortit dans le noir.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.