L'Année des Ombres
Lire le chapitre 16: The Broken Clock
La lumière du matin s'inclinait à travers les vitraux brisés de la chapelle quand Edward remarqua l'horloge pour la première fois. Elle était nichée dans l'ombre d'un pilier, presque invisible, son bois noirci par des siècles de cierges et de poussière. Il ne se souvenait pas de l'avoir vue lors de ses visites précédentes — mais la chapelle avait cette manière de lui révéler ses secrets par fragments, comme si elle testait sa patience.
Il s'approcha. Le cadran en porcelaine émaillée portait des chiffres romains délicats, et les aiguilles — de fines lames d'argent oxydé — s'étaient figées à 11:59. Un instant avant minuit. Un instant avant le 31 octobre, peut-être. La coïncidence lui serra la gorge.
— Qui t'a arrêtée ? murmura-t-il.
Sa main effleura le verre bombé. Sous son doigt, une fine pellicule de poussière se déposa en traînées — mais pas partout. Le cadran était plus propre qu'il n'aurait dû l'être, comme si quelqu'un l'avait essuyé récemment. Il tourna la tête, cherchant une présence dans les arches silencieuses. Rien.
La clé de remontage dépassait du côté droit, une tige de laiton ornée d'une fleur de lys gravée. Edward hésita. Chaque objet de ce château semblait porteur d'un piège, chaque mécanisme dissimulait une intention. Mais l'horloge était là, arrêtée à 11:59, et quelque chose en lui refusait de la laisser ainsi. Il tourna la clé.
Un grincement sec, puis une résistance. Il insista. Le mécanisme céda avec un cliquetis profond, et les rouages commencèrent à tourner dans un râle de métal rouillé. Les aiguilles tressautèrent, avancèrent d'une minute, puis s'immobilisèrent. Edward lâcha la clé, le souffle court.
Un silence épais retomba. Puis — un coup.
Le timbre résonna dans la pierre, grave et profond, comme un glas frappé dans une cathédrale lointaine. Edward compta machinalement. Un. Le son se prolongea, mourut, puis un second coup frappa. Deux. Trois. Il échangea un regard avec la Vierge de pierre au-dessus de l'autel, dont le visage impassible semblait juger sa présence. Quatre. Cinq.
Il aurait dû y avoir minuit. Douze coups, tout au plus. Mais l'horloge continua — six, sept, huit — l'écho se superposant dans la voûte. Neuf. Dix. Onze. Douze.
Treize.
Le treizième coup ne ressembla pas aux autres. Il était plus sourd, plus intime, comme si la vibration ne venait pas du mécanisme mais des murs eux-mêmes. Edward sentit l'air se déplacer autour de lui. La température chuta brutalement, un froid humide qui s'insinua sous sa veste, entre ses côtes. Il fit volte-face.
La chapelle était vide. Les bancs nus alignaient leurs ombres dans la lumière pâle. Mais il y avait — comment dire ? — une présence. Une conscience qui pesait sur son dos, sur sa nuque, sur la chair entre ses omoplates. Il ne voyait rien, n'entendait rien, mais une odeur montait des dalles : une odeur de terre mouillée et de rose fanée.
Il recula d'un pas. Le froid se resserra.
— Marie ? appela-t-il, et sa voix se brisa dans l'écho.
Rien ne répondit. Le froid demeura une minute entière, enroulé autour de lui comme un manteau humide, puis se retira lentement — non pas en se dissolvant, mais en se retirant vers la porte, comme une marée qui reflue.
Edward resta paralysé, le cœur cognant contre ses tempes. L'horloge était de nouveau immobile. À 11:59.
Il tendit la main et tourna la clé en arrière, à contresens. Le mécanisme protesta avec un grincement aigu, mais Edward insista, forçant les rouages à reculer. Une résistance obstinée céda d'un coup sec, et l'aiguille des minutes recula d'un cran. L'horloge sembla expirer un souffle — un sifflement bref, presque humain.
Puis le silence.
Edward laissa échapper un long tremblement. Il aurait dû se sentir soulagé. Mais alors, dans l'immobilité retrouvée, un son monta de loin : un écho de timbre, grave et profond, qui semblait venir de sous ses pieds. Il se pencha. Le sol vibra légèrement sous ses semelles. Le treizième coup n'avait pas seulement résonné dans la chapelle. Il avait voyagé — à travers les murs, sous les planchers, entre les poutres — et quelque part dans les profondeurs du château, un autre mécanisme, plus ancien, lui avait répondu.
Edward sortit de la chapelle en courant presque, traversa le cloître, et s'arrêta dans le grand hall pour écouter. Les vibrations s'étaient tues. Mais les murs, maintenant, lui semblaient différents. Ils ne le regardaient plus passivement — ils l'observaient. La cage d'escalier était orientée d'une certaine manière, le tapis usé par des pas qui n'étaient pas les siens, les plafonds voûtés inclinés comme des épaules penchées sur un secret.
Il gravit les marches, traversa le couloir du premier étage. Chaque porte fermée était un visage sans expression. Chaque battant de fenêtre grinçait comme une articulation fatiguée. Lorsqu'il atteignit sa chambre, il se retourna et regarda le long corridor derrière lui. Personne. Mais l'air y était plus froid qu'il ne l'était quelques instants plus tôt.
Il entra, ferma la porte à clé, puis s'appuya contre le panneau de chêne, les yeux fermés. Dans sa tête, le treizième coup résonnait encore — plus fort que les douze autres, plus ancien, plus personnel, comme si l'horloge n'avait pas sonné l'heure mais *quelqu'un*.
Il ouvrit les yeux et regarda la pièce. Le lit, la cheminée morte, le secrétaire poussiéreux. Tout semblait ordinaire. Mais quelque chose avait changé. Il lui fallut un moment pour comprendre quoi.
Le miroir au-dessus de la cheminée.
On y voyait la pièce — mais légèrement décalée. Le lit semblait être à un autre endroit. La fenêtre paraissait plus étroite. Et dans le reflet, la porte derrière lui était *ouverte*, alors qu'il savait l'avoir fermée à clé.
Edward se retourna d'un bloc. La porte était close. Il vérifia la clé. Bien tournée, bien engagée. Quand il regarda de nouveau le miroir, la porte du reflet était fermée elle aussi. Mais l'image de la pièce n'était toujours pas exactement la sienne. Et quelque part, très loin, dans les profondeurs du château — ou dans les profondeurs du reflet — une horloge se remit à battre.
Un coup. Deux coups. Trois.
Edward compta, glacé jusqu'aux os. Quatre. Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Onze. Douze.
Il retint son souffle. Le silence dura une seconde. Deux. Dix.
Treize.
Le treizième coup résonna dans sa poitrine, juste sous le sternum. Dans le miroir, quelque chose bougea. Une ombre — fine, allongée, humaine — traversa le reflet de la pièce à grandes enjambées silencieuses. Puis le miroir fut vide de nouveau, ne reflétant qu'Edward seul.
Il ne savait pas si ce qu'il avait vu était un homme, une femme, ou autre chose. Mais pendant une seconde, il avait compris quelque chose de terrible : les murs de ce château ne contenaient pas seulement les esprits des disparus. Le château *était* vivant. Il respirait. Il comptait. Et il venait de marquer le début de quelque chose — une heure, une date, un compte à rebours qu'Edward ne pouvait ni arrêter ni déchiffrer.
Il s'approcha du miroir, posa sa paume sur la surface froide. Une fine brume s'était formée sur le verre — de l'intérieur. Un mot s'y dessinait, tracé par une main invisible, les lettres s'égouttant comme de l'encre fraîche :
COMTE.
Edward retira sa main comme si le verre l'avait brûlé. Le mot restait, suspendu dans la buée, attendant qu'il réponde. Le tour de la glace désignait le maître du château. Mais Edward n'était plus certain d'être maître de quoi que ce soit — pas même de son propre reflet.
Quelque part dans les profondeurs, l'horloge cessa de battre. Le silence retomba sur le château comme un couvercle.
Et Edward, pour la première fois depuis qu'il avait franchi le seuil, se demanda s'il n'était pas, lui aussi, un mécanisme destiné à servir — ou à s'arrêter. À jamais. À 11:59.
Il restait dix-huit jours avant le 31 octobre.
Les murs, lui semblait-il, avaient commencé à compter.
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