L'Année des Ombres
Lire le chapitre 17: The Secret Passage
Le cognement commença à minuit passé, juste après que la dernière chandelle eut craché sa fumée noire contre le plafond. Edward était allongé sur le lit, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, comptant les battements de son cœur contre le silence de la maison. Le son venait de derrière le mur, à la tête du lit — un tapotement régulier, sec, comme des jointures contre la pierre.
Trois coups. Pause. Trois coups.
Il se redressa lentement, les draps froissés autour de ses jambes. Le mur nu était couvert d'une tapisserie effilochée représentant une chasse au cerf, les couleurs passées à l'ambre et au brun. Le tapotement reprit, plus insistant.
Edward posa la main à plat sur la tapisserie. Le tissu était froid, légèrement humide, et le son venait de dessous — non pas de la surface, mais de l'espace derrière. Il tira sur le bord du tissu.
Une fissure. Nette, verticale, à peine visible dans la pénombre, mais bien réelle. Il l'avait frôlée cent fois sans la voir. Il fit courir ses doigts le long de la pierre et trouva un renflement à hauteur de poitrine. Il poussa.
Le panneau pivota sans un bruit, comme s'il était huilé chaque semaine depuis trois siècles.
Un courant d'air froid et chargé de poussière lui frappa le visage. Derrière le mur, un escalier en spirale s'enfonçait dans une obscurité absolue, les marches usées au centre par des pas qui n'étaient pas les siens. La tapisserie dissimulait une porte de service, un passage de domestiques destiné à rester invisible.
Edward hésita. La raison lui criait d'aller chercher une lampe, d'attendre le jour, d'être prudent. Mais le tapotement avait cessé précisément à l'instant où il avait trouvé la porte, comme si quelque chose lui indiquait le chemin, étape par étape.
Il prit le chandelier posé sur la commode, alluma les cinq bougies avec une allumette tremblante, et commença à descendre.
Les marches étaient abruptes, taillées dans la roche vive du sous-sol, et l'air devenait plus lourd à chaque pas. Les murs se resserrèrent jusqu'à ce que ses épaules frôlent la pierre des deux côtés. Cinquante-deux marches — il les comta. Cinquante-trois. Cinquante-quatre. Puis ses pieds touchèrent le sol de terre battue.
Il se trouvait dans la cave à vin.
Elle était plus vaste qu'il ne l'avait cru, s'étendant sous toute l'aile orientale du château. Des rangées entières de bouteilles moisies s'alignaient dans des casiers en chêne, certaines datant de l'époque où le domaine produisait encore un vin de table médiocre. Edward promena sa flamme sur les étagères, lisant les étiquettes jaunies — millésimes du dix-huitième siècle, désignations effacées par l'humidité, noms de domaines disparus.
La poussière recouvrait tout. Tout, sauf une étagère.
Au fond de la cave, contre le mur nord, une simple planche de chêne reposait entre deux piliers de pierre. Elle était propre. Non pas essuyée, mais aseptisée, comme si elle avait été frottée avec un chiffon et une solution alcaline. Les autres étagères arboraient une couche grise et uniforme ; celle-ci semblait avoir été nettoyée la veille.
Edward s'accroupit devant elle. La planche était suspendue à des crochets de fer scellés dans la maçonnerie. Il tira doucement.
La planche pivota vers lui, révélant une ouverture sombre dans le mur. Non pas un escalier — une chambre. Une pièce carrée, d'environ trois mètres sur trois, aux murs de pierre brute. Le sol était en terre battue, mais l'excavation était nette, récente, soigneusement creusée.
Au centre de la pièce se trouvait un puits.
Il était ancien, circulaire, bordé de pierres humides et noires. Un muret de granit s'élevait d'une trentaine de centimètres au-dessus du sol. Edward s'approcha lentement, la flamme vacillante de son chandelier projetant des ombres dansantes sur les parois. Il n'y avait pas de poulie, pas de corde, aucun mécanisme de puisage. Juste un trou béant dans la terre.
Il se pencha.
L'eau — ou ce qui était censé en être — était noire et immobile. Pas un reflet, pas une ondulation, pas même le scintillement que la chaleur des bougies aurait dû provoquer. C'était comme regarder dans l'œil de quelque créature enterrée, un abîme qui absorbait la lumière sans la rendre.
L'odeur le frappa. Non pas l'humidité habituelle des puits abandonnés — c'était plus organique, plus ancien. Un parfum de rouille et de cendre, comme un feu éteint depuis longtemps sous la pluie. Et quelque chose d'autre, quelque chose qu'il ne pouvait pas nommer.
Le tapotement reprit.
Il venait de l'intérieur du puits.
Trois coups. Pause. Trois coups.
Edward recula, les talons heurtant le mur opposé. Le chandelier trembla dans sa main, un filet de cire chaude coulant sur sa main sans qu'il le sente. Les coups montaient des profondeurs, frappés contre la pierre interne du conduit, réguliers comme un métronome.
Puis le silence revint, plus lourd qu'avant.
C'est à cet instant qu'Edward vit les marques. Sur la paroi intérieure du muret, côté nord, une série de petites entailles verticales — exactement comme celles qu'il avait vues dans la chronique de la chapelle. Il compta. Sept. Sept encoches, de tailles différentes, certaines fraîches et nettes, d'autres usées et recouvertes de calcaire.
Sept.
Comme les victimes de la liste, découvertes quelques heures plus tôt seulement. 1857. 1866. 1878. Les dates jaillirent dans son esprit comme si la chronique l'avait attendu au tournant. 1889. 1893. 1896. 1899. Sept noms, sept dates, sept encoches gravées dans la pierre d'un puits qui aurait dû être scellé depuis des siècles.
La différence était la suivante : l'une des encoches — la plus récente, celle qui aurait dû correspondre à 1899 — était encore fraîche, ses bords nets, sans trace de minéralisation. Et dessous, quelqu'un avait gravé une date dans la pierre tendre, avec la pointe d'un couteau ou d'un clou, dans une écriture malhabile :
**31 octobre.**
Cette année. Aujourd'hui. Demain.
Edward s'accroupit devant le puits, incapable de détacher son regard de l'inscription. Ses oreilles bourdonnaient. Il voulait s'enfuir, remonter l'escalier, sceller la porte derrière lui et prétendre qu'il avait rêvé. Mais la régularité des encoches le maintenait cloué là, comme un insecte planté sur du carton.
La surface de l'eau bougea.
Ce n'était pas un mouvement visible — l'eau était trop noire, trop dense pour montrer une ride claire. Plutôt un changement de texture, comme si quelque chose de très profond était remonté, bousculant les couches immobiles au-dessus de lui. Un remous ample et lent, presque imperceptible.
Edward se figea. Ses doigts se resserrèrent sur le chandelier, prêts à fuir.
Mais ce qu'il vit alors lui fit lâcher prise.
Dans l'eau noire, sans aucun matériau réfléchissant que la lumière de ses bougies aurait pu frapper, un visage se dessina. Pâle, ovale, aux yeux sombres. Les traits étaient flous, comme vus à travers du verre dépoli, mais la forme était indubitablement féminine. Les cheveux longs semblaient flotter autour de la tête dans un courant qui n'existait pas.
Le visage souleva sa tête par rapport à la surface.
Un choc électrique le traversa. Il la connaissait — il connaissait ces yeux, cette ligne de mâchoire. La femme du miroir. Celle qui était apparue pendant ce qu'il avait été forcé de considérer comme une hallucination, le jour de son arrivée. Elle était là, dans ce puits, à le regarder.
Non. Elle ne le regardait pas. Elle souriait — un sourire lent, patient, qui semblait avoir toute l'éternité pour s'achever.
Edward lâcha le chandelier. Le métal claqua contre la pierre, les bougies moururent dans une émission de fumée grasse. L'obscurité totale l'enveloppa, totale et crue, comme une couverture jetée sur une cage.
Il recula à tâtons, les mains plaquées contre le mur, ses yeux fouillant l'obscurité pour retrouver l'ouverture de la porte. Ses doigts trouvèrent la pierre de taille, puis le vide de l'escalier.
Et quelque chose, au fond du puits, se mit à rire.
Ce n'était pas un grand rire — un petit son, intime, presque tendre — une caresse de gorge qui suivit Edward dans l'escalier, monta les cinquante-quatre marches, franchit le panneau secret et s'évanouit seulement quand il eut refermé la tapisserie derrière lui, les mains tremblant trop violemment pour aligner la porte dans son logement.
Il s'appuya contre le mur de sa chambre, respirant par à-coups, cherchant à recouvrer ses esprits. Son cerveau tentait de fuir, de ne pas former les pensées qui s'y condensaient.
Il la connaissait. La femme du puits était là avant la liste, avant la chronique, avant les encoches. Et les encoches — sept entailles pour sept victimes — étaient toutes situées à l'intérieur de son domaine, sur les bords de son puits.
Le château n'avait pas de maître. Il avait un occupant.
Et cette année, l'un d'eux — le maître ou l'occupant — était prévu pour disparaître dans moins de vingt-quatre heures.
Edward s'approcha de la fenêtre et regarda l'aube naissante pointer derrière les collines du Quercy, le ciel lavé de rose et d'or. Le village s'éveillait en contrebas, ses cheminées toutes fumées, aveugle à ce qui dormait à cent mètres au-dessus de lui.
Pour la première fois depuis son arrivée, il comprit que la menace n'était pas le château.
C'était Elle qui avait élu domicile au plus profond de lui, et le château n'était que sa coquille.
Il devait trouver un moyen de la faire s'éteindre avant la tombée de la nuit. Ou celui qui descendrait demain dans cette cave ne serait pas son bénéficiaire, mais sa prochaine offrande.
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