L'Arche de Dix Jours
Lire le chapitre 33: Vault's Secret
Le sas se referma derrière eux avec un soupir hydraulique qui résonna comme un glas dans la pénombre. Les lampes frontales balayaient des murs de béton lisse, couverts d'une fine pellicule de givre. Elias avança le premier, le M90 en travers de la poitrine, ses doigts engourdis par le froid sec qui régnait ici, à cent mètres sous la roche.
Trois corps étendus au sol. Il braqua immédiatement son arme, le faisceau de sa lampe tremblant légèrement. Les trois survivants de surface derrière lui retinrent leur souffle. Mais les silhouettes ne bougeaient pas. Des parkas gonflées, des masques en partie arrachés, des peaux grises. Des morts. Depuis combien de temps ?
— C'est un piège, murmura Anouk, la femme du Valais, reculant d'un pas.
— Chut, fit Elias en avançant prudemment.
Au fond de la salle, derrière une console rétroéclairée qui projetait une lueur ambrée contre les parois, une forme était affalée dans un fauteuil de commandement. La tête penchée, les bras ballants. Un cordon ombilical de câbles reliait son poignet à la console.
Elias abaissa son arme.
— Docteur Moreau ?
Un râle. La forme bougea, lentement, douloureusement. Le visage qui se redressa était un masque de cendre et de sang séché, mais les yeux, eux, étaient étonnamment vivants. Moreau cligna, fixa Elias, puis un sourire sans joie étira ses lèvres gercées.
— Vous êtes en retard. Le compte à rebours a commencé sans vous.
Elias s'agenouilla devant elle, posa son arme au sol.
— Vous avez déclenché le protocole de quarantaine. Les trois devant la porte sont morts de quoi ?
— D'eux-mêmes. Ils avaient forcé. Les verrous ne pardonnent pas. Mais ce n'est pas eux le problème.
Moreau désigna l'écran derrière elle. Un chronomètre rouge pulsait, comptant lentement vers un zéro fatal. Il restait deux heures et quatorze minutes.
— Le système est autonome. Une fois que le code d'urgence est entré, le processus de sanitisation ne peut être interrompu que depuis l'intérieur, avec le code primaire. En dessous de quatre-vingt-dix minutes, le noyau thermique se déverrouille. Si personne ne l'arrête à temps, ce bâtiment — et tout ce qu'il contient — se transforme en cratère.
— Le code primaire, répéta Elias. Vous le connaissez.
Moreau eut un rire qui se termina en quinte de toux.
— Je l'ai créé. Vingt-deux caractères, dérivés d'un poème de Rilke, transposés en position de clavier QWERTY, avec une permutation de Fibonacci appliquée tous les sept jours. Le système l'a généré le jour de mon arrivée. Mais il me demande une vérification biométrique continue. Si mon pouls chute sous quarante battements, ou si ma température change de plus d'un degré, le code devient invalide. Il me faut encore quatre heures pour que mon corps se stabilise. Vous n'avez pas quatre heures.
Elias jeta un regard aux survivants de surface, qui observaient la scène avec une méfiance palpable.
— Trois heures. On peut vous transporter ? Il y a un poste médical au bunker principal.
— Si vous me bougez, mon métabolisme va s'effondrer. J'ai perdu trop de sang. J'avais une déchirure interne en descendant — un tir de loin. Moreau leva sa main droite, dévoilant un pansement sombre à l'abdomen. Le projectile a sectionné une artère mineure. J'ai fait une ligature de fortune avec du fil de pêche et un cathéter.
Elias resta silencieux un instant. Derrière lui, les trois survivants échangeaient des regards. Le Valaisan — Greg, il s'appelait Greg — s'approcha.
— On peut la déplacer si on est assez prudents. J'ai fait de la montagne, je peux improviser un brancard.
— Non, fit Elias d'une voix tranchante. Le code doit être saisi ici, sur cette console. Si elle meurt pendant le transport, l'équipement verrouille et le compte à rebours continue. C'est ici qu'on la stabilise, ou pas du tout.
Moreau hocha faiblement la tête.
— Il y a une réserve de matériel chirurgical au niveau inférieur. Un second sas, derrière la réserve de graines. Cinq étages en dessous. Mais il y a un verrou magnétique.
— On a la clé rouge, dit Elias.
Moreau ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.
— Vous l'avez ? La clé de l'Arche ?
— Celle du fond du tunnel, oui.
— Alors vous pouvez passer. Mais pas vos compagnons. Le verrou magnétique est calibré pour une seule signature d'empreinte à la fois. Elias prit une inspiration. Il regarda Greg, puis Anouk et Marc, les trois survivants de la surface.
— Je vais y aller. Vous restez ici, vous la surveillez. Si quelque chose bouge, vous m'appelez.
— Et si vous ne revenez pas à temps ? demanda Greg.
Le chronomètre rouge continuait sa chute implacable. Une heure cinquante-huit.
— On revient tous à temps. C'est pas une option.
Elias se tourna vers Moreau, dont les yeux se fermaient par à-coups.
— Le code. Vous me le donnez maintenant. En cas de — problème.
Moreau rouvrit les yeux, scruta son visage.
— Vous écrirez un poème sur la neige fondue, chuchota-t-elle. Mais avant le froid — avant la fin — toutes les portes s'ouvriront au septième mot du troisième vers. C'est crypté. Vous saurez le déchiffrer.
— C'est pas un code, c'est un indice, gronda Elias.
— C'est ce qui vous sauvera, ou ce qui vous tuera. Choisissez.
Le chronomètre rouge pulsait. Une heure cinquante-six. Elias attrapa son sac, verrouilla son arme, et se dirigea vers le sas intérieur sans un regard en arrière. Le métal coulissa derrière lui comme une lame de guillotine s'abattant sur la nuit.
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