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L'Arche de Dix Jours

Lire le chapitre 8: Missing Scientist

La lumière du serveur était froide, bleutée, et Elias sentait encore le métal du panneau contre ses paumes. Il avait refermé la porte derrière lui, le cœur battant, la clé rouge toujours serrée dans sa poche. Les écrans étaient allumés, comme la dernière fois. La femme n'était nulle part.

Il s'approcha de la console centrale. Les fichiers qu'il avait consultés quelques heures plus tôt étaient toujours là, étalés comme des cartes sur un tapis vert. Mais quelque chose avait changé.

Un dossier nouveau, posé à la surface du terminal, comme si on l'y avait déposé pour lui. Il portait une étiquette manuscrite : *« Dernière mise à jour. Lire avant le verrouillage. »*

Elias l'ouvrit.

La première page était un rapport interne de la section environnementale, signé du nom d'Aline Moreau. La date indiquait trois jours avant l'annonce officielle de l'astéroïde. Trois jours avant que le monde entier découvre qu'un rocher de deux kilomètres de large fonçait sur eux.

Il lut.

Le rapport était dense, technique, rempli de calculs orbitaux et de modèles de trajectoire. Mais au milieu des équations, une phrase avait été soulignée trois fois au stylo rouge : *« La fenêtre d'impact calculée par l'ESA présente une marge d'erreur de ±14 heures. Les données du satellite Sentinel-6 suggèrent une déviation systématique de la trajectoire qui n'a pas été prise en compte. Si mes calculs sont corrects, le point de contact sera décalé — et le moment de l'impact également. »*

Elias relut la phrase trois fois.

Quatorze heures. Cela semblait peu. Mais dans un bunker conçu pour tenir trente jours avec un système de survie qui en tuait quatre-vingt-neuf après la première lune, quatorze heures pouvaient faire toute la différence entre la vie et la mort.

Il scrolla plus bas. Un second document, annoté en marge de la main de Moreau : *« Protocole Vérification — Si mes calculs sont exacts, le verrouillage de la SAS pourrait être retardé de H-36 à H-22. On gagnerait du temps. Mais personne ne m'écoute. Ils sont trop occupés à compter les places. »*

Elle était au courant pour les places.

Elias haleta à peine. Il savait qu'il n'était pas seul à avoir découvert les manipulations de capacités, mais découvrir que la scientifique en chef avait elle-même noté les problèmes… cela changeait la donne.

Il ouvrit son dossier personnel. Cliqua sur l'onglet « Communications ».

La dernière entrée datait de quatre jours. Un message interne au directeur Kassel, envoyé à 3h12 du matin.

*« Directeur, après examen approfondi des données du satellite, je dois insister : la trajectoire officielle est fausse. J'ai besoin d'accéder au centre de calcul de l'observatoire de l'Eiger pour vérifier mes hypothèses avant le verrouillage. Je pars sur-le-champ. Je serai de retour avant la fermeture des portes. »*

Quatre jours. Elle était partie pour l'Eiger il y a quatre jours. Et son retour était prévu avant la fermeture des portes.

Quatre jours, c'était trop.

Elias consulta l'historique de connexion le plus récent. Sa carte d'accès n'avait pas été utilisée depuis trois jours — pas une fois à la cafétéria, pas une fois au sas, pas une fois à son logement.

Elle n'était jamais revenue.

Il savait ce que cela signifiait. Une ascension de l'Eiger enneigé en pleine tempête, seule, avec une seule priorité — des données qui pouvaient sauver des vies. Et aucun retour.

Elias ferma les yeux un instant. Le souvenir de la montagne lui revint, les jours anciens passés dans les secours en haute montagne. Les corps retrouvés raidis dans les crevasses, les visages bleuis, le silence terrible des altitudes où presque rien ne survit.

Moreau avait-elle trouvé ce qu'elle cherchait avant de disparaître ?

Il rouvrit les yeux, retourna à la dernière page du dossier. Une note manuscrite écrite à la hâte, sur un papier qui semblait avoir été arraché d'un carnet :

*« E.V. — Si vous lisez ceci, vous avez trouvé la clé. Vous devez savoir que l'E-7 ne vous est pas réservé par hasard. Quelqu'un vous voulait ici. Quelqu'un savait. Pour le reste, allez à l'Eiger. Chambre des instruments. Carte dans le tiroir de la console sud. Les données y sont. »*

Elias baissa les yeux vers la console. Il n'y avait pas de tiroir apparent sur ce côté sud.

Il contourna la machine, les doigts courant le long de la surface lisse. Il trouva une encoche invisible à première vue, légèrement plus claire que le métal alentour. Il appuya. Un panneau coulissa.

À l'intérieur, une carte chiffrée, dans une pochette de plastique scellée. Elle était marquée du même sceau rouge que la clé : un triangle stylisé avec un point au centre.

Il la prit, la glissa dans sa poche intérieure.

Le temps pressait. Le verrouillage officiel était dans moins de quarante-huit heures — moins de quarante-deux, si l'on croyait les informations de Kruger. L'évacuation anticipée à H-36, les bus au niveau supérieur. Sa sœur Mara n'avait plus que quelques heures avant d'être dirigée vers la surface.

Et Moreau, la seule scientifique qui semblait avoir compris qu'il y avait peut-être quatorze heures de plus en réserve, était portée disparue sur un glacier.

Il lui fallait une décision.

Il ne pouvait pas être en deux endroits à la fois. Le bunker, où Mara et la survie des 505 se jouaient. L'Eiger, où les données d'observation pouvaient bouleverser le calendrier réel de l'extinction.

Il pensa à sa sœur. Kruger avait menacé de l'exposer. Kassel pouvait le démanteler. Mais si Moreau avait raison, si l'impact était décalé, alors le bunker ne pourrait pas soutenir les habitants pendant la période prolongée. Le système de vie mourrait avant la fin.

Il pensa au vieil homme tombé dans la crevasse, vingt-trois ans plus tôt. Kruger avait survécu. Elias l'avait hissé hors du trou avec ses poings gelés, un frottement de corde qui lui avait arraché la peau des paumes. Il avait cru que cela comptait pour quelque chose. Que la gratitude existe.

Mais ce matin, Kruger était assis en face de lui, la voix grave, les yeux durs : *« Tu me dois une vie, Elias. Et je n'aime pas les dettes impayées. »*

Ce n'était pas de la gratitude. C'était une arnaque.

*« Kruger voulait que je choisisse entre ma sœur et lui, »* murmura Elias pour lui-même. *« Mais il ne sait pas que je sais pour le bus 7. Il ne sait pas que je connais le projet Place Vide. Il joue son rôle dans un théâtre qu'il croit secret. »*

Il tourna les yeux vers la carte. L'Eiger. Si Moreau était morte en montagne, il ne restait personne pour vérifier ses calculs. Personne pour prouver que les quatorze heures existaient.

Et si elle était vivante ?

Il ne pouvait pas l'abandonner. Pas seulement parce qu'elle détenait la clé du temps. Mais parce que Elias connaissait la montagne mieux que personne. Et que la montagne, elle, ne lui avait jamais rendu que des corps.

Il glissa la carte dans sa poche à côté de la clé rouge.

Une voix faible, derrière lui.

— Vous devriez peut-être réfléchir à ce que vous êtes en train de faire.

Il pivota.

La femme se tenait dans l'encadrement de la porte du serveur, les bras croisés. Elle portait la même combinaison grise qu'à leur première rencontre, mais elle avait retiré sa capuche. Ses yeux étaient clairs, presque blancs dans la pénombre bleutée.

— Vous saviez que j'allais revenir, dit Elias.

— Je l'espérais. Moreau m'a laissé une consigne avant de partir. Si quelqu'un utilisait la clé, je devais vous surveiller. Vous orienter.

— Vous orienter vers quoi ?

— Vers l'Eiger. Mais vous n'avez pas le temps d'y grimper. Le bus de votre sœur part dans quatre heures.

Le silence s'étira entre eux, long comme une corde en tension.

— Vous êtes qui, exactement ? demanda Elias.

— Quelqu'un qui doit s'assurer que les bonnes personnes arrivent au bon endroit.

Elle s'approcha lentement, les gestes mesurés.

— La question n'est pas de savoir si vous pouvez escalader la montagne en une nuit, Elias. La question est de savoir si vous êtes prêt à laisser votre sœur partir pendant que vous essayez de sauver quatorze heures pour des gens qui ne vous verront jamais.

Il sentit la carte dans sa poche, le poids de sa décision suspendu au-dessus de sa tête comme une corniche de neige au bord de rompre.

— Et si je peux faire les deux ?

La femme inclina la tête.

— Alors vous devrez trouver quelqu'un qui monte à votre place. Ou une raison pour que le bus ne parte pas.

Dans le lointain, la sirène de l'évacuation retentit, une fois, deux fois. Le premier appel.

Le temps s'amenuisait. Et Elias n'avait toujours pas choisi.

— Quatre heures, répéta-t-il en s'approchant de la femme. Je peux grimper l'Eiger en trois si la neige tient. Et je peux être de retour avant le deuxième appel. Montrez-moi la voie.

Elle ne sourit pas.

— C'est ce que j'espérais.