L'ATELIER DES OMBRES
Lire le chapitre 18: LA CONTRE-ATTAQUE
Pendant une semaine, Élise devint un sujet de conversation plus qu'une personne.
Des journalistes attendaient devant l'école. D'anciens élèves racontaient les stages dont ils n'avaient jamais entendu parler. D'autres défendaient Saint-Aurélie et accusaient Élise d'ingratitude. Un chroniqueur culturel écrivit qu'elle transformait « le ressentiment social en stratégie de marque ».
Son nombre d'abonnés tripla.
Elle détesta cela plus que l'article.
Marianne Roussel l'appela.
« Tes tableaux sont maintenant liés au scandale pour au moins six mois », dit-elle. « Peut-être deux ans. »
« Je sais. »
« Tu regrettes ? »
« Non. »
« Bien. Le regret est rarement bon pour les accrochages. »
Roussel lui proposa une petite exposition au printemps. Pas à cause du discours, précisa-t-elle, mais parce que Service Entrance avait prouvé qu'Élise pouvait transformer les dessins de Tours en langage plastique plutôt qu'en récit biographique.
Elle accepta.
Les avocats de l'école demandèrent ensuite un rendez-vous.
Ils ne menacèrent personne. La menace aurait été trop simple. Ils demandèrent si certaines données provenaient de documents confidentiels.
Élise et Nora avaient anticipé.
Tout ce qui figurait dans les tableaux venait d'appels publics archivés, de bulletins, de témoignages volontaires ou d'informations données par des personnes autorisées à les partager. Les archives d'Orphée n'étaient jamais citées. L'enregistrement d'Hugo non plus.
Les juristes repartirent sans prise.
La direction annonça une commission indépendante présidée par une universitaire extérieure à l'école. Deux anciens, deux enseignants et trois étudiants y participeraient.
Élise n'en ferait pas partie.
Solène, si.
« Tu as organisé ça », dit Élise lorsqu'elles se retrouvèrent.
« Évidemment. »
« Je dois être vexée ? »
« Tu dois être soulagée. Tu serais atroce en commission. »
« C'est possible. »
Solène remua son espresso.
« Maxime part terminer sa thèse ailleurs. Son oncle lui cherche un poste à Bruxelles. »
« Donc aucune conséquence. »
« Conséquence de riche. Sa vie restera confortable, mais il devra changer la manière dont il se présente aux dîners. »
Élise sentit une colère froide.
Elle avait imaginé la vérité comme une lumière. En réalité, la lumière révélait surtout que certaines structures étaient faites de matériaux conçus pour ne pas brûler.
Pourtant, quelque chose bougeait.
Le service des stages publia soudain trois offres qui, les années précédentes, auraient circulé par recommandations. La Fondation Necker annonça une grille de critères. Un professeur demanda publiquement si un membre du jury connaissait personnellement l'une des candidates avant une sélection.
Des gestes petits.
Des gestes administratifs.
Des gestes réels.
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