L'ATELIER DES OMBRES
Lire le chapitre 19: DISSOLUTION
Pendant trois semaines, Orphée ne se réunit plus.
Aucune carte crème. Aucune lyre dorée. Aucun rendez-vous après minuit.
Puis Solène convoqua vingt personnes dans une salle ordinaire à dix-huit heures.
Sur le tableau blanc, elle écrivit :
ORPHÉE : DISSOUDRE OU REFONDER ?
Camille, assise à côté de Nora, murmura :
« J'espérais un sacrifice rituel. »
« Propose-le dans les questions diverses », répondit Nora.
Des anciens participèrent en visioconférence. Certains voulaient détruire les archives. D'autres affirmaient que le secret était la seule raison pour laquelle le Cercle avait jamais pu être utile. Hugo demanda que le réseau d'anciens soit accessible à tous les étudiants qui le souhaitaient. Nora exigea que toute opportunité professionnelle liée à l'école soit publiée. Camille voulut changer le nom, qu'elle trouvait « parfum pour fascistes cultivés ».
Lucien parla peu.
Au bout de trois heures, Solène demanda à Élise ce qu'elle voulait.
Élise regarda les visages autour d'elle.
« Rien qui exige de croire que les bonnes personnes resteront bonnes éternellement. Faites des règles qui fonctionnent même quand les gens deviennent égoïstes. »
Un silence suivit.
Nora hocha la tête.
Ils votèrent la dissolution du Cercle d'Orphée tel qu'il existait.
Les archives seraient confiées à la bibliothèque sous accès restreint. Les coordonnées d'anciens seraient intégrées à un programme de mentorat ouvert. Les salons privés pourraient continuer, mais toute opportunité nécessitant une validation ou une recommandation de l'école devrait être déclarée. Aucun groupe étudiant ne pourrait coordonner officiellement le soutien à un candidat pour un prix académique.
Pour le nouveau réseau, ils choisirent un nom temporaire : Atelier Commun.
Camille le trouva terriblement banal.
Ce fut la principale raison pour laquelle les autres l'adoptèrent.
Après la réunion, Élise resta dans la salle avec Lucien.
Il effaçait le mot ORPHÉE du tableau.
« Ça te fait quelque chose ? » demanda-t-elle.
« Oui. »
« Quoi ? »
« C'était une partie de ma vie depuis ma première année. C'était parfois magnifique. »
Élise le regarda.
« Tu as le droit de le dire. »
« Je sais. Je ne veux juste pas que tu crois que je regrette la décision. »
« Les deux peuvent être vrais. »
Lucien posa l'effaceur.
« Tu deviens meilleure avec l'ambiguïté. »
« N'abuse pas. »
Il sourit.
Pour la première fois depuis longtemps, ils quittèrent une pièce ensemble sans avoir besoin de savoir ce qu'ils pouvaient obtenir l'un de l'autre.
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