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L'ATELIER DES OMBRES

Lire le chapitre 4: LE PRIX D'ENTRÉE

L'Atelier 7 occupait un ancien amphithéâtre d'anatomie dans l'aile la plus ancienne de Saint-Aurélie.

À vingt-trois heures, six personnes attendaient autour d'une table : Lucien, Solène, Hugo, deux étudiants plus âgés et Maxime Roche, doctorant proche de la direction.

Sur la table se trouvait le tableau d'Élise.

« Comment vous l'avez eu ? » demanda-t-elle.

« Il était en réserve », répondit Hugo.

« Ce n'est pas une autorisation. »

Solène effleura le bord de la toile.

« Ton travail aurait dû être sélectionné. »

« Merci pour l'information. »

Maxime lui indiqua une chaise.

Élise resta debout.

« L'exposition d'automne n'est pas importante pour elle-même, expliqua-t-il. Ce qui compte, ce sont les gens qui la visitent. Deux directeurs de galerie. Quatre collectionneurs. Une responsable de résidence. L'école présente le jury comme une décision académique. Ce n'en est pas vraiment une. »

« J'avais remarqué. »

Maxime lui parla d'Orphée comme d'un réseau d'entraide. Fondé dans les années vingt, le cercle réunissait des étudiants et des anciens qui partageaient des informations sur les jurés, les stages, les collectionneurs, les fondations et les préférences des professeurs. Il organisait des visites privées et des dîners.

« Donc du réseautage », résuma Élise.

Solène sourit.

« Réseautage est le mot qu'on utilise quand on veut que le pouvoir ait l'air démocratique. »

« Pourquoi je suis ici ? »

« Parce que tu es douée », dit Maxime.

« Ça ne suffit pas. Vous venez de me le montrer. »

Lucien prit la parole.

« Parce que tu vois les structures. À la réception, tu regardais les présentations, pas les vêtements. Après le jury, tu n'as pas demandé pourquoi tu avais perdu. Tu as demandé pourquoi Hugo avait gagné. »

Hugo grimaça.

« Et tu n'as aucune allégeance, poursuivit Lucien. Pas de parent galeriste, pas de mécène familial. Cela te rend fragile. Et utile. »

Encore ce mot.

Maxime posa un dossier devant elle.

Des reproductions de portfolios pour la bourse Necker.

« Classe-les. Du meilleur au plus faible. Sans regarder les noms. »

« Pourquoi ? »

« Notre goût collectif s'émousse. »

« Vous ne vous faites pas confiance. »

« Nous connaissons nos biais. »

Élise feuilleta les images.

« Vous décidez des bourses ? »

« Non », répondit Solène. « Nous anticipons. »

« Comme pour Hugo ? »

Silence.

Lucien finit par dire :

« Un membre du jury voulait le soutien financier de son père pour une publication. »

Hugo se leva brusquement.

« Tu n'étais pas obligé de dire ça. »

« Elle a demandé. »

Élise comprit que le pouvoir d'Orphée ne ressemblait pas à un ordre donné dans l'ombre. C'était une bourse de faveurs, d'informations, de dettes et de susceptibilités. Il n'était pas nécessaire de contrôler un jury si l'on connaissait les désirs de chacun.

« Qu'est-ce que j'obtiens si je classe ces dossiers ? » demanda-t-elle.

Le sourire de Maxime changea.

« Voilà une meilleure question. »

Lucien posa une seconde enveloppe devant elle.

Une invitation pour une visite privée à la Galerie Roussel, dans le Marais.

Cinq étudiants seulement.

Élise fixa la carte.

« C'est le prix ? »

« Non, dit Lucien. C'est l'échange. »

Elle aurait dû partir.

Elle s'assit.

« Donnez-moi un crayon. »