Le Bail de Lavande
Lire le chapitre 26: A Financial Tangle
Le courrier électronique était arrivé à six heures quarante-sept, avant même que le coq du voisin n'ait fini sa première salve. Camille l'avait lu sur la terrasse, son café refroidissant dans sa main, la brioche aux figues restée intacte sur son assiette.
« Merde », avait-elle murmuré.
Puis plus fort, à la lumière du matin provençal qui semblait toujours trop doré pour ce genre de nouvelles : « Merde. »
La banque lui confirmait ce que Julien lui avait montré la veille : Marc avait contracté un second prêt hypothécaire sur la maison de son enfance, celle qu'elle possédait à parts égales avec lui — leur résidence principale au moment de la signature. Elle avait signé. Ou plutôt, sa signature avait été apposée, parfaite et pourtant fausse, sur un document qui engageait la seule chose qu'elle possédait encore de son passé.
Elle rappela le notaire d'Apt à neuf heures tapantes.
— Le prêt représente soixante-quinze pour cent de la valeur du bien, madame Roux. Si vous ne parvenez pas à le rembourser ou à renégocier, la banque lancera une procédure de saisie.
— Je n'ai pas soixante-quinze pour cent de quoi que ce soit.
Le notaire soupira avec une sympathie professionnelle qui ne la consola pas.
— Il vous reste une option : vendre. Le marché est bon dans la vallée. Avec un peu de chance, vous pourriez couvrir le prêt et repartir avec quelque chose. Pas grand-chose, mais quelque chose.
Camille avait raccroché en regardant le mur de pierres sèches qui bordait la terrasse du B&B. Les cigales avaient déjà commencé leur concert matinal, indifférentes à l'effondrement méthodique de ses certitudes.
Elle passa la matinée à appeler. D'abord sa mère, qui répondit de la maison de retraite de Cavaillon où Camille avait fini par la convaincre de s'installer après la découverte des lettres. La voix de sa mère était calme, presque légère — un changement qui aurait dû la réjouir.
— Tu vends la maison ?
— Je n'ai pas le choix, maman.
Un silence. Puis, une phrase qui la poignarda plus que tout ce que Marc avait pu faire :
— Ta chambre est toujours comme tu l'as laissée. Les rideaux bleus, le mobilier en pin que ton père a verni lui-même.
— Je sais.
— Et le poirier. Le poirier que ton père a planté quand tu es née. Il faut que le nouveau propriétaire le garde.
— Je vais le mettre dans le compromis. Je promets.
Sa mère avait émis un petit bruit, quelque chose entre un sanglot et une expiration résignée.
— Ton père disait toujours que cette maison nous survivrait.
— Il disait aussi que je ferais des choses extraordinaires.
— Et tu en fais. Mais pas celles qu'il imaginait.
Camille avait ri, un rire amer qui lui avait brûlé la gorge. Elles avaient reparlé de rendez-vous pour le week-end prochain, des médicaments que sa mère avait l'air d'oublier, de la soupe au pistou qu'elle lui apporterait. Des choses ordinaires, utiles, qui masquaient la violence de ce qui se passait en arrière-plan.
Elle appela ensuite l'agence immobilière de Gordes que lui avait recommandée le notaire. Une femme nommée Sylvie, efficiente et enthousiaste à l'excès, qui lui parla de « potentiel » et de « cachet authentique » comme s'il s'agissait de vendre un tableau de maître plutôt que la maison de son enfance.
— Je peux être là demain pour l'estimation.
— Après-demain, précisa Camille. Il faut que je prépare la maison.
Elle prépara la maison. C'était le plus étrange. Elle prit la voiture de Julien — qu'il lui avait laissée avec une insistance discrète après le festival — et conduisit jusqu'à Roussillon sur les routes sinueuses de la vallée. La maison du chemin des Amandiers l'attendait dans une lumière d'après-midi qui semblait s'excuser.
Elle avait nettoyé, rangé, trié pendant des heures. Des cartons entiers de livres de cuisine hérités de sa grand-mère, des photos jaunies de pique-niques avec son père, une boîte à couture pleine de boutons et de patience. Elle avait appelé une association locale pour venir chercher les meubles. Tout devait disparaître avant l'arrivée de Sylvie.
Tout, sauf le poirier.
À dix-sept heures, épuisée, les mains calleuses pleines de colère et de terreau, elle s'était assise au bord du puits abandonné. Le chien de ses parents — mort depuis dix ans — avait enterré un os quelque part près de la lavande sauvage. Elle pouvait presque voir sa tête sortir des lavandes, presque entendre son aboiement quand la voiture de son père tournait dans l'allée.
C'est là que Julien la trouva.
Il était arrivé sans bruit, en voiture, sans doute alerté par Claire ou par la voisine qui l'avait vue passer chargée comme un mulet. Il portait une bouteille d'eau et deux sandwichs à la tapenade, et il s'assit près d'elle sans dire un mot.
Ils restèrent ainsi un long moment, dans la chaleur déclinante, pendant que les hirondelles dessinaient des arabesques au-dessus de leurs têtes.
— Tu vends, finit-il par dire.
— Tu m'as entendue ? Le banquier t'a appelé ?
— Sophie, à l'agence. Elle m'a demandé si je connaissais le bien. Tu comprends, dans la vallée, tout se sait.
Camille rit sans joie.
— Évidemment.
— Camille.
— Julien.
Il but une gorgée d'eau.
— Je peux t'aider.
— Non.
— Je n'ai pas fini.
— Si. Tu as fini. Parce que je sais ce que tu vas dire, et ma réponse est non.
Julien tourna la bouteille dans ses mains, étudiant la condensation comme s'il s'agissait d'un texte sacré.
— Ce n'est pas de l'aide, tu sais. C'est de l'amitié. C'est ce que font les amis.
— Ce n'est pas ce que je veux laisser être, cette relation. Toi qui te sacrifies pour moi. Ta maison, ton argent. Je veux que nous soyons — je veux être — quelque chose de solide qui ne dépend pas de ce que tu peux me donner.
Sa voix avait tremblé sur les derniers mots, et elle s'en voulut.
Julien la regarda. Ses yeux gris, dans la lumière ocre de la fin d'après-midi, avaient pris la couleur de l'argile du Luberon. Il avait un visage honnête, fatigué, et une patience qu'elle avait appris à reconnaître — celle qu'il exerçait avec ses oliviers, avec les clients difficiles, avec le temps qui guérissait les choses quand on ne les pressait pas.
— Tu as raison, dit-il simplement.
Elle cligna des yeux.
— J'ai raison ?
— Oui. Sur ce point. Si je te donne l'argent, tu me devras quelque chose. Et tu ne veux pas me devoir quelque chose. Tu veux que je te doive quelque chose à moi. C'est ainsi que tu gardes le contrôle.
La vérité de cette phrase la frappa comme un coup de poing dans le ventre.
— C'est cruel, dit-elle.
— C'est honnête. C'est différent.
Il posa la bouteille et se pencha en avant, les coudes sur les genoux.
— Alors je ne te propose pas d'argent. Je te propose autre chose.
— Quoi ?
— Des travaux. La maison a besoin d'une rénovation complète pour être vendue à un bon prix. Isolation, toiture, plomberie. Je connais des entreprises dans la vallée. Je peux te donner les contacts. Je peux aussi — si tu veux — m'occuper de la coordination avec eux. Je suis dans l'hôtellerie, je connais les artisans, les délais, les budgets.
Camille ouvrit la bouche pour refuser. Puis s'arrêta.
— Tu me fais payer.
— Je m'arrange pour que les entreprises te fassent un prix. Pas un cadeau, un prix. Tu signeras les devis toi-même. Tu contrôleras le calendrier. Je serai juste — comment dire — un chef de chantier bénévole, qui connaît les jointures et les toitures.
— Et en échange ?
Julien haussa les épaules.
— En échange, je serai dans cette maison avant qu'elle soit vendue. Je passerai des heures ici, parmi tes souvenirs. Je connaîtrai l'ombre du poirier. Et quand elle appartiendra à quelqu'un d'autre, je pourrai me souvenir de l'avoir aidée à devenir belle avant de la laisser partir.
Les larmes montèrent dans les yeux de Camille. Elle les laissa couler sans les essuyer, sur ses joues sales de poussière et de fatigue.
— Ce n'est pas l'amitié, murmura-t-elle. C'est autre chose.
Julien sourit — un sourire doux, blessé, plein de jours à venir.
— C'est exactement pour cette raison que tu ne dois rien me devoir. Parce que l'autre chose, tu ne la refuses pas. Elle ne se refuse pas.
Il se leva, brossa la terre de son pantalon.
— Alors, on commence demain matin ? Je connais un couvreur à Goult qui fait des merveilles avec les tuiles anciennes. Il pourra commencer la semaine prochaine si on lui apporte du café et du pastis.
Camille se leva à son tour. La maison derrière elle était vide, à moitié nettoyée, à moitié abandonnée. Le poirier projetait une ombre longue et paisible sur la cour, comme il le faisait depuis trente-quatre ans, comme il le ferait après qu'elle serait partie.
— Demain matin, répéta-t-elle. J'apporte le café.
— Et moi la tapenade.
Ils rentrèrent en silence, et pour la première fois depuis l'arrivée du courrier, Camille ne vit pas la maison d'enfance comme une perte. Elle la vit comme un chantier. Une restauration. Une dernière fois où elle pourrait la toucher, la réparer, l'aimer avant de la confier à des inconnus.
Mais au fond d'elle, quelque chose continuait de remuer — une rage sourde, informe, qu'elle n'avait pas encore nommée. Ce n'était pas seulement la maison. C'était Marc. C'était tout ce qu'il lui avait volé, tout ce qu'il avait détruit sans conséquence. Et plus elle rangeait les cartons, plus elle décidait que cette rage trouverait une issue.
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