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Le Cadre Doré

Lire le chapitre 7: The Monet's Secret

La pluie battait contre les fenêtres du sixième étage, transformant Paris en un dessin à l'encre grise. Camille Moreau avait étalé sur sa table de travail les reproductions des trois tableaux volés — le Renoir du Vicomte, le Sisley d'un banquier suisse, le Pissarro d'une veuve du Marais — et, à côté, les photographies des certificats d'authenticité compromis que Julien Marchand lui avait remis.

Son doigt courut le long de la liste des sinistres déclarés. Elle avait obtenu l'accès aux archives des compagnies d'assurance partenaires grâce à un vieux réflexe professionnel : personne ne pose de questions quand on brandit la bonne accréditation et qu'on affiche l'air pressé de quelqu'un qui a déjà la réponse.

Trois peintures volées. Trois certificats falsifiés. Mais le schéma ne se limitait pas aux œuvres disparues. Camille l'avait compris en croisant les dates — les indemnisations versées pour des tableaux déclarés volés coïncidaient presque parfaitement avec des périodes où Keller avait validé des authentifications douteuses.

Elle ouvrit le dossier beige qu'elle avait constitué, presque à contrecœur. La page du milieu portait une reproduction du Monet, *Les Nymphéas au matin*, propriété déclarée d'un collectionneur privé nommé Henri Vasseur. Un nom qui n'apparaissait nulle part ailleurs dans les registres du milieu de l'art parisien. Le tableau avait été volé en janvier. La compagnie Levasseur Assurances avait versé huit millions d'euros à l'assuré dans les soixante jours suivants.

Le rapport du laboratoire indépendant mandaté par l'assureur, joint au dossier, concluait à l'authenticité. Mais Camille avait sous les yeux une analyse comparée des coups de pinceau, réalisée par Salim, qui racontait une tout autre histoire. La signature de Monet était parfaite — trop parfaite. Le rapport du Getty Museum, obtenu après trois relances et un mensonge éhonté sur sa qualité de chercheuse associée, indiquait que le tableau présentait des anomalies dans la couche de vernis que l'on retrouvait dans soixante-dix pour cent des faux industriels produits entre 2015 et 2018.

Le Monet de Vasseur était un faux. Levasseur Assurances avait payé huit millions pour un tableau qui n'avait jamais existé.

Camille recula sa chaise, les yeux fixés sur la coïncidence qui lui faisait mal à la tête. Le tableau de Vasseur n'était pas volé dans la même période que les trois autres. Il avait disparu six mois plus tôt, au mois de janvier. Mais le schéma était identique : une œuvre authentifiée par ForenSciences, un vol déclaré, une indemnisation rapide.

À moins que.

À moins que le vol n'ait jamais eu lieu.

Elle sortit son téléphone et composa le numéro de Salim. Il répondit à la troisième sonnerie, la voix ensommeillée.

— Il est deux heures du matin, Camille.

— Le tableau de Vasseur. Les photos d'inventaire disponibles sur le site de Levasseur Assurances. Je t'envoie les liens.

— Et tu veux que je fasse quoi, exactement ?

— Compare les images du Monet dans le catalogue de l'assureur avec celles de la vente publique originale chez Christie's, en 2017. Dis-moi si la toile correspond, au pixel près. Si les numéros d'inventaire sont identiques. Si le châssis est le même.

Une pause. Le frottement d'un corps qui se redresse dans un lit.

— Tu penses que l'assureur a payé pour un faux et que le tableau déclaré volé n'existe pas ?

— Je pense que quelqu'un a fabriqué un faux, l'a fait authentifier, l'a déclaré volé, et a empoché l'indemnité. Le tableau original, si un original existe, n'a jamais quitté son mur.

— Et les trois autres ? Le Renoir, le Sisley, le Pissarro ?

— Eux, ils ont été réellement volés. Les scènes de crime étaient propres, intervention d'un professionnel. Mais peut-être que le vol est la deuxième étape du plan, pas la première.

Camille avait déjà les doigts sur le clavier, ouvrant le fichier que Brunet lui avait envoyé la veille — le dossier complet du vol du Renoir chez le Vicomte. Huit semaines entre l'authentification et le vol. Huit semaines, le temps de préparer une copie convaincante, de trouver un acheteur secondaire, de s'assurer que le certificat tienne.

— Je regarde ça demain matin, dit Salim. Dors un peu, Camille.

— Je ne dors plus, Salim. Quelque chose me dit que ce tableau Nymphéas n'est pas un cas isolé. Si Levasseur a versé huit millions, il y a peut-être d'autres assurances qui ont payé pour des toiles qui n'ont jamais existé. Je veux une liste comparative de tous les sinistres d'art déclarés en France entre 2016 et 2019, avec le certificat de ForenSciences comme point commun.

— Tu me demandes de pirater le fichier national des assurances ?

— Je te demande de faire ce que tu fais le mieux, Salim. Trouver des connexions que personne ne veut voir.

Il raccrocha sans répondre, ce qui tenait lieu de consentement. Camille resta un instant, doigts posés sur le clavier, les yeux perdus dans la pluie qui ruisselait sur la vitre.

Le lendemain matin, elle arriva au bureau à sept heures trente, plus tôt que d'habitude. Elle déposa une tasse de café brûlant devant le directeur adjoint, qui leva des yeux fatigués derrière ses lunettes carrées.

— Qu'as-tu trouvé, Moreau ? Le comité de direction veut un rapport avant la fin de la semaine.

Camille prit l'air désolé, celui qu'elle avait perfectionné devant les assureurs difficiles.

— Rien de concluant, monsieur Girard. Le lien entre ForenSciences et les trois vols repose sur des certificats qui pourraient avoir été émis de façon légitime. La piste Keller est un cul-de-sac — il a quitté le pays, aucune adresse connue. Le Fantôme continue de m'échapper, comme à tout le monde depuis dix ans.

Girard fronça les sourcils, soupçonneux.

— Marchand vous a donné accès aux dossiers internes. Rien du tout ?

— Des irrégularités comptables, une gestion approximative des archives. Rien qui justifie un lien direct avec les vols. Je vais creuser du côté du marché noir à Bruxelles, où certaines œuvres volées ont pu transiter. Il faut du temps, monsieur Girard.

Le mensonge lui brûlait la langue, mais elle le prononça avec une assurance qui la surprit elle-même. Derrière son dos, elle sentait le poids de sa dette, la pression de Lucien Bouchard qui attendait sa part avant vendredi, et le souvenir de l'argent manquant qui l'avait poussée dans ce métier pour se racheter.

Elle ne pouvait pas dire la vérité sur le Monet de Vasseur. Pas encore. Parce que si le tableau était un faux, si l'assureur avait payé sur la foi d'un certificat forgé, alors le réseau ne se limitait pas aux vols. Il s'étendait aux indemnisations. Et Madame A. Fischer figurait sur la liste de Keller, dans la colonne des certifications compromises.

La mère de Camille, morte dix ans plus tôt dans des circonstances que la police avait classées sans suite, portait ce nom. Anne Fischer Moreau.

Elle enverrait sa démission dans une semaine, si elle survivait à la semaine.

En quittant le bureau de Girard, elle croisa l'assistant qui lui tendit une enveloppe blanche, sans timbre ni adresse retour. Juste son nom, en lettres capitales, et une écriture fine qu'elle ne connaissait pas.

À l'intérieur, une photo. Le tableau du Monet, celui de Vasseur. Mais pas une reproduction du catalogue de l'assureur. La photo montrait le tableau accroché au mur d'un appartement, flanqué d'une inscription au feutre noir sur le mur crème :

*Il n'a jamais existé. Posez les bonnes questions, Camille.*

Le cachet de la poste indiquait Paris, le jour même. L'expéditeur savait où elle travaillait. Savait où elle en était dans son enquête.

Et il venait de confirmer ses plus grandes craintes.

Le Monet de Vasseur n'avait jamais existé. Quelqu'un était déjà au courant. Et ce quelqu'un — Le Fantôme, ou son ombre — venait de lui offrir un motif de plus pour ne pas lâcher prise.

Camille plia la photo, la glissa dans la poche intérieure de sa veste, et sortit dans la pluie sans se retourner.