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Le Champ de Coquelicots

Lire le chapitre 5: The Baptism of Fire

L'obus siffla un instant avant de frapper. Le sol trembla, et la poussière blanche tomba du plafond comme une neige fine dans la chapelle réquisitionnée. Élise ne compta même pas jusqu'à trois avant de se baisser, son panier de compresses serré contre sa poitrine.

« Blessés en bas ! Descendez-les ! »

Le cri vint du caporal-brancardier Peters, un Anglais sec comme un coup de trique qui ne montait jamais le ton. Il venait de le faire. Autour d'elle, l'hôpital de campagne — quatre-vingts lits alignés dans la nef d'une église d'Anché, quelque part entre la Somme et l'oubli — s'embrasa d'un mouvement brusque et paniqué.

Un deuxième obus. Puis un troisième. Les vitraux colorés explosèrent en une pluie de verre bleu et rouge qui crépita sur les dalles de pierre. Une femme infirmière hurla. Quelqu'un renversa un seau d'eau ; le liquide fraîchit les chevilles d'Élise avec une soudaineté qui la ramena au sol.

Elle se releva.

Le chaos avait une texture. Elle sentait chaque détail — la fumée âcre et sucrée de la poudre, les craquements du toit qui allait céder, la course de ses propres battements de cœur qui, étrangement, ralentissaient. Sa mère lui avait toujours dit qu'elle était calme quand tout le monde perdait la tête. Sa mère… Non. Pas maintenant.

« Peters ! » Élise abandonna son panier et saisit le dossier d'un lit roulant où gisait un sergent au bras bandé. « Toi, tu t'occupes de l'évacuation des deux côtés de la nef. Tu gardes les blessés qui ne peuvent pas marcher sur les brancards, à l'écart des portes. »

Il la regarda, hésitant. Elle avait vingt-trois ans, des mains tachées d'iode et une autorité qui ne lui appartenait pas.

« Fais-le ! » aboya-t-elle.

Il obéit.

Deux autres obus tombèrent dans le cimetière adjacent, soulevant des gerbes de terre et d'ossements. Le docteur Whitmore, un vieux chirurgien tremblant, était figé au milieu d'une amputation inachevée, son scalpel suspendu au-dessus d'une cuisse ouverte.

Élise posa sa main sur son poignet.

« Terminez. Je gère la sortie », dit-elle d'une voix qu'elle ne reconnut pas. « Si vous laissez ça mi-planté, il meurt assis sur la route. »

Whitmore cligna des yeux, puis la lumière revint dans son regard. Il se baissa à nouveau.

Pendant les quarante minutes qui suivirent, Élise devint l'axe autour duquel l'évacuation tourna. Elle vérifia chaque charge de brancard, s'assura que les fractures étaient immobilisées avant chaque secousse, envoya les blessés valides ramper vers l'abri de pierre du clocher, et laissa ses jambes faire ce qu'elles savaient faire quand les mots manquaient : courir.

Elle trouva le petit Lucien — le garçon de la ferme qu'ils avaient sauvé trois jours plus tôt — recroquevillé sous une table de fortune, ses yeux noirs aussi larges que des pièces. Il avait une simple égratignure au coude, rien de grave, mais il tremblait comme une feuille dans le vent de novembre.

Élise s'accroupit à sa hauteur. Elle sortit le coquillage que James lui avait donné deux semaines plus tôt — une plaisanterie idiote, disait-il, la blancheur d'une anémone. Elle l'avait gardé pour son poids dans la poche de son tablier.

« Écoute », murmura-t-elle. Elle mit le coquillage contre l'oreille du garçon. « C'est la mer. Elle est loin d'ici, elle n'a pas de guerre. Quand je te dirai de courir, je veux que tu ailles avec elle. »

Lucien hocha la tête, et il courut quand elle le lui ordonna. Elle ne le vit pas rejoindre l'abri du clocher ; elle l'entendit seulement à travers sa propre respiration.

Le silence revint aussi soudainement qu'il avait disparu. Les obus s'arrêtèrent, et dans ce manteau de poussière et de silence, le téléphone de campagne dans la sacristie sonna.

James Ashford apparut dans l'embrasure de la porte arrière, une cigarette éteinte collée au coin des lèvres, ses traits encore plus creusés que la veille. Il parcourut la scène : les lits alignés dans le chœur de l'église, les brancards le long des murs, les infirmières qui comptaient leurs blessés d'une voix essoufflée. Puis son regard trouva Élise.

« Vous avez évacué tout le monde », dit-il. Ce n'était pas une question.

« Les trois amputés dans la crypte ouest », dit-elle en s'essuyant le front du revers de la main. « Les deux fiévreux dans le grenier du clocher avec Lucien et trois civils. Les blessés valides dans le cellier. Et nous… »

Elle désigna les lits restants.

« Nous, on est là. »

Il n'y avait que onze lits. La chapelle avait été bien plus remplie une heure avant ; l'assaut allemand avait coûté les quinze plus grièvement blessés. Élise s'en souvenait de chacun d'entre eux. Les gars de Villeret disaient en plaisantant que les obus tombent toujours où l'on vient de prier. Elle n'avait jamais fait que prier depuis ce 14 août.

Le silence s'installa entre eux, dans la poussière qui se déposait doucement sur ses épaules et sur ses cheveux blonds pâles qu'elle avait relevés en un chignon grossier. Contre les murs de la chapelle, les strophes d'un psaume français, encore en partie intactes, épelaient la miséricorde en lettres dorées écaillées.

« Élise », dit James. « Il faut que je sache votre nom. Votre nom complet. Pour les papiers. Pour le rapport des pertes. Pour la tombe, si vous ne vous en sortez pas la prochaine fois. »

Le mensonge se forma sur ses lèvres, plus vite qu'un réflexe, comme si une autre femme — une sœur qu'elle n'avait jamais eue — parlait à travers elle.

« Élise Moreau. »

Le nom de sa mère. Le nom qu'elle ne portait plus. Les papiers de la ferme étaient en cendres ; personne ne pouvait vérifier.

James plissa les yeux un instant, mais il nota quelque chose sur son carnet avec un crayon gras, sans broncher.

« Moreau », répéta-t-il, comme s'il le goûtait. « Ça vous va. Du cuir et des épines. »

Il s'éloigna d'un pas, puis se retourna. Son regard était ailleurs, sur l'horizon, à travers la fenêtre béante de la chapelle.

« Le téléphone a sonné avant le bombardement », dit-il. « Ordre de repli sur Corbie. La ligne secondaire tient pour l'instant, mais la rupture est prévue d'ici deux jours. On évacue par la route à la première heure. »

Il posa sa cigarette éteinte entre ses lèvres, la retira, la rangea.

« Vous faites semblant de bien dormir ce soir. Vous en aurez besoin pour demain. »

Il laissa la phrase suspendue entre eux, dans le relatif calme d'avant — huit minutes complètes depuis le dernier obus.

Dans l'ombre de la sacristie, l'infirmier anglais Watkins — un petit homme à moustache rousse et au carnet toujours ouvert — observait la scène. Il avait entendu la question de James et la réponse d'Élise. Il avait vu la seconde d'hésitation avant qu'elle ne livre le nom. Il griffonna quelque chose sur une page, puis la déchira et la plia en quatre avant de la glisser dans la poche de sa tunique.

De l'autre côté de la colline, à moins de huit cents mètres, les Allemands repositionnaient leur artillerie. Un officier d'observation, jumelles braquées sur la chapelle dont le toit encore fumant bougeait encore légèrement, fit courir son doigt sur la carte.

Si la ligne tenait, ce serait un nouveau jour. Si la ligne cédait, la chapelle deviendrait un point de ralliement au milieu d'un enfer vert et gris.

À l'intérieur, James et Élise recommencèrent à compter les pansements dans un silence partagé, tandis que le petit Watkins disparaissait discrètement vers les tentes de ravitaillement, le papier plié dans sa poche comme une bombe à retardement silencieuse.

Le premier coup de canon du contre-bombardement français retentit à 18 h 07, alors que la lune commençait à peine à se lever sur un horizon entier fait de rouge et de fumée.