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Le Chiffre de l'Imprimeur

Lire le chapitre 10: The Court's Labyrinth

L’aube était grise sur Londres lorsque Thomas se présenta devant la porte de Cecil. Il tenait le papier froissé contre sa poitrine comme un bouclier, mais sa main tremblait — non de froid, mais de ce qu’il s’apprêtait à révéler.

Le secrétaire le reçut dans son cabinet, encore vêtu de la robe de chambre qu’il portait pour travailler avant le jour. Ses yeux fatigués s’aiguisèrent dès qu’il vit l’expression de Thomas.

— Tu as trouvé quelque chose qui ne peut attendre le petit déjeuner.

— Lord Cecil, dit Thomas en posant la lettre sur le bureau, j’ai déchiffré le message que Simon nous a aidés à sauver. Il émane de la cache de Marcus.

Cecil saisit le papier, lut les mots codés que Thomas avait transcrits en marge. Son visage — toujours impassible, taillé dans le granit de la politique — se figea. Puis ses doigts se crispèrent sur le document.

— Sir Geoffrey… mon cousin. Par le sang.

Thomas observa le silence qui suivit, lourd comme une pierre tombale. Cecil se leva, marcha jusqu’à la fenêtre, regarda la Tamise sans la voir.

— Je l’ai nommé à la Tour moi-même, dit-il enfin. C’est moi qui ai recommandé sa nomination au Conseil privé. Si Geoffrey trahit la Couronne, c’est ma tête qui est sur le billot avant la sienne.

— Il est le lien entre les lettres codées et les ordres de corruption, dit Thomas. Marcus imprime, mais c’est Geoffrey qui coordonne. La pension de mon père… le cachet de cire sur les ordres — tout converge vers lui.

Cecil se retourna. Son regard était celui d’un homme qui pèse sa propre vie dans la balance.

— Alors nous devons être plus discrets encore. Si Geoffrey apprend que je le soupçonne, il agira vite — et il a déjà les gardes de la Tour à sa botte. Tu iras à la cour. Tu te feras passer pour un clerc des archives, un simple copiste de passages. Personne ne suspecte un clerc.

Thomas sentit son estomac se serrer. La cour de Whitehall n’était pas une imprimerie de Fleet Street. C’était un labyrinthe de velours, de poignards et de murmures. Là-bas, chaque regard était un calcul.

— Et si je suis reconnu ?

— Tu es un apprenti, Thomas. Personne ne te connaît. Tu es le fantôme que personne ne voit.

Cecil lui remit un laissez-passer frappé du sceau du secrétaire, et une liste de noms — les officiers de la Tour dont Simon et lui avaient recueilli les traces. Geoffrey figurait en tête.

— Ses appartements sont dans l’aile nord. Il tient ses audiences de l’après-midi à la salle du Conseil. Tu y entreras pendant ce temps. Note tout ce qui te semble hors de place. En particulier… chercher une correspondance. Il doit y avoir un moyen de relier Geoffrey aux ordres codés que nous avons déjà.

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Deux heures plus tard, Thomas franchissait les portes du palais de Whitehall, vêtu de la robe sombre et terne des clercs subalternes. Il portait un rouleau de parchemins vierges sous le bras, une écritoire à la ceinture, et la peur au creux du ventre.

Le palais bourdonnait comme une ruche de soie et de velours. Des courtisans croisaient des valets, des messagers couraient dans les galeries, et quelque part, un luth jouait une mélodie que personne n’écoutait. Personne ne le regarda. Un clerc n’était pas un homme, seulement une ombre utile.

Il parvint à l’aile nord sans difficulté. Deux gardes montaient la faction devant les appartements de Sir Geoffrey. Thomas baissa la tête, salua d’un geste discret, passa. Les gardes ne réagirent pas. Derrière lui, la porte d’un office servait aux valets — il y entra comme s’il cherchait un livre dans la bibliothèque contiguë.

Les appartements de Geoffrey étaient somptueux, tapissés de boiseries sombres, meublés comme un petit palais dans le palais. Thomas inspecta les coffres, les tables, les écritoires. Des factures, des lettres de noblesse sans intérêt, des ordres de paiement pour des gardes supplémentaires à la Tour — cela, c’était intéressant.

Puis il vit le cabinet.

Un petit meuble en ébène incrusté de nacre, fermé par une serrure délicate. Thomas sortit un fin crochet d’acier, un outil de son père qu’il avait toujours gardé. La serrure céda avec un clic discret.

À l’intérieur, un écrin de velours. Il l’ouvrit.

Le bijou était en argent ciselé, ouvragé de fines arabesques. À son centre, une cavité vide — un chaton où une pierre avait autrefois été sertie. La forme était celle d’une goutte.

Thomas retint son souffle. Il tira de sous sa chemise la chaîne de son père, au bout de laquelle pendait le rubis gravé de trois gouttes d’encre. Il le compara à la cavité. La forme correspondait exactement.

La pierre de son père appartenait à cet écrin.

— Le sceau personnel de Sir Geoffrey, murmura-t-il. Il a retiré le rubis pour le donner en clé… ou pour le faire copier.

Il entendit des voix dans le couloir. Les pas se rapprochaient. Il remit l’écrin en place, ferma le cabinet, se glissa hors de la pièce par la porte des offices au moment où la clé tournait dans la serrure principale.

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Il rejoignit Cecil dans une petite maison près de la rivière, utilisée discrètement par les services du secrétaire. Il raconta ce qu’il avait vu.

— La pierre de mon père est la clé d’un plus grand dessein, dit Thomas. Geoffrey ne s’en servait pas comme d’un bijou. Il l’utilisait comme un sceau pour des documents secrets, des documents trop importants pour être confiés à l’écriture ordinaire. Voyez : les trois gouttes du sceau des imprimeurs royaux. Ce n’est pas une marque de guilde, c’est un gage.

Cecil prit le rubis entre ses doigts, l’examina à la lumière.

— Et si ce rubis ne sert pas seulement à authentifier ? Et s’il sert à ouvrir ?

Thomas fronça les sourcils.

— Ouvrir ? Comme une serrure ?

— Geoffrey est le maître des clés de la Tour, dit Cecil. Chaque porte, chaque cave, chaque chambre forte. Y compris celles où l’on enferme ceux que l’on veut faire disparaître. Si ton père avait ce rubis, c’est qu’il possédait un accès que Geoffrey ne pouvait pas contrôler. Un accès que Geoffrey veut récupérer.

Le silence s’étira entre eux.

— Votre père n’a pas disparu parce qu’il était un témoin gênant, dit Cecil lentement. Il a disparu parce qu’il détenait un accès. Et si Geoffrey a besoin de cet accès pour compléter son plan avant le quinzième jour, alors c’est que cet accès est la dernière pièce de son échafaudage.

Thomas serra le rubis dans sa main.

— Alors je dois découvrir quel lieu s’ouvre avec cette pierre avant que Geoffrey ne comprenne que je l’ai.

— Tu as moins de temps que tu ne crois, dit Cecil. Geoffrey doit déjà savoir que la cache de Marcus a été forcée. S’il put ressentir que son propre nom est menacé, il précipitera le complot. Et la Tour est pleine de poudre sèche, aux deux sens du mot.

Thomas regarda le rubis. Les trois gouttes semblaient le fixer, comme trois petits messagers silencieux. Dans la poche de sa robe de clerc, il sentait encore le mot que Marcus avait abandonné — l’ordre d’imprimer des pamphlets appelant à la révolte. Geoffrey voulait la Tour, les rues, et quelque chose de plus. Quelque chose qu’ouvrait cette pierre.

Il quitta la maison de Cecil sans un mot de plus, le rubis chaud contre la peau, la mort qui dansait au bout de ses doigts. Quelque part dans les murs de la Tour de Londres, la réponse reposait — gravée dans la pierre, scellée par le sang de son père.