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Le Chiffre de l'Imprimeur

Lire le chapitre 9: The Midnight Cipher

La pluie battait les volets de l’atelier de Marcus lorsque Thomas y retourna, moins d’une heure après s’être enfui. Il n’avait pas de plan, seulement une certitude : les réponses se trouvaient derrière ces murs. Il contourna le bâtiment par l’allée des teinturiers, où l’odeur de l’indigo et du pastel masquait celle du papier humide.

Une main le saisit à l’épaule.

Thomas pivota, le poing levé. Robert Ashcombe se tenait dans l’ombre, trempé, le visage barré d’une estafilade fraîche.

« Vous ? » Le souffle de Thomas se coinça.

« J’ai dû fuir la maison de Cecil. Ses gardes m’ont flairé. » Robert jeta un regard vers la fenêtre éclairée de l’atelier. « Marcus sait que vous avez pris la note. Il va brûler les preuves ou les déplacer. Nous avons une heure, peut-être moins. »

Thomas recula d’un pas. « Pourquoi vous aiderais-je ? Vous avez tenté de brûler le registre. Vous êtes le taupe de Cecil. »

« Je suis le taupe *apparent*. » Robert sortit une lettre froissée de sa chemise. « Celle-ci est arrivée ce soir, adressée à Marcus. Le sceau porte le trèfle. Ouvrez-la. »

Thomas hésita, puis déplia le parchemin. Le texte était codé — une substitution simple, avec des marques de chiffrement identiques à celles du registre. Il sortit la clé de laiton de sa poche, la fit pivoter entre ses doigts. Six lettres plus tard, le message se révéla :

« BRÛLEZ L’ATELIER. NE LAISSEZ AUCUNE TRACE. J’ATTENDS VOTRE RAPPORT DEMAIN À L’AUBE. — C.G. »

« C.G. », murmura Thomas. « Cecil… Sir Geoffrey, le cousin de Lord Cecil. »

Robert acquiesça. « Ce n’est pas moi qui tire les ficelles. Je suis un maillon, comme Marcus, comme votre père l’était avant de disparaître. Si vous voulez prouver la trahison véritable, il faut entrer là-dedans et prendre les lettres de Marcus. »

Thomas regarda l’atelier. Le pressoir gémissait derrière les volets. Le garçon encré devait encore travailler.

« Nous entrons par le toit », dit-il.

Le toit en ardoise glissait sous leurs bottes. Thomas localisa la lucarne de l’ancienne chambre de son père, une trappe qu’il connaissait depuis l’enfance — celle où il se cachait lorsque les apprentis plus âgés devenaient brutaux. Il força le loquet rouillé avec sa lame. Ils tombèrent dans le noir.

L’atelier avait changé. Les tables de composition portaient désormais des plaques de cuivre gravées — des faux sceaux royaux, des décrets apocryphes. Mais dans le coin nord, là où son père gardait ses archives, une bibliothèque neuve masquait un panneau coulissant.

Robert le trouva avant lui. Derrière le panneau : des liasses de lettres, des carnets de comptes falsifiés, une copie du registre de la Tour Blanche, annotée d’une écriture serrée. Thomas étala un échantillon de lettres sur la table. Leur cœur battait vite.

« Toutes en code », souffla Robert.

Thomas ne répondit pas. Sa clé de laiton tournait déjà, glissant sur les combinaisons. La première lettre se déchiffra : un calendrier de livraisons d’armes par le fleuve, marqué de la tour blanche. La deuxième : la liste des officiers de la Tour corrompus. La troisième, plus épaisse, craqua en s’ouvrant.

Un nom en tête. « C.G. — Sir Geoffrey. »

Le texte détaillait le plan : Sir Geoffrey devait ouvrir les portes de la Tour le jour de la visite de la cour, plaçant des hommes à lui dans la garde. Marcus imprimait les pamphlets. Robert servait de messager. Et un troisième complice, jamais nommé, devait livrer la poudre.

Thomas recopia la lettre sur un papier propre, à l’encre sèche qu’il portait toujours sur lui.

Un bruit — un grattement contre la porte extérieure.

Robert se figea. « Il est trop tôt. »

Thomas remit la liasse en place, referma le panneau. Ils traversèrent l’atelier à pas feutrés, mais la porte principale s’ouvrit dans un raclement de bois. Des torches. Des voix. Des gardes en livrée — pas ceux de Cecil, mais des hommes armés de la maison de Sir Geoffrey, avec leur trèfle brodé sur la poitrine.

« Par là », murmura Thomas.

Il poussa Robert vers l’ancien passage de service, derrière le four de séchage — celui que son père avait utilisé pour faire sortir des pamphlets interdits. Mais en poussant la porte, un verrou neuf céda avec un claquement sonore. Les gardes se retournèrent.

Thomas lança une liasse de papiers vers le feu du pressoir. Les flammes mordirent les feuilles, montèrent. Dans la confusion, il s’engouffra dans le passage, Robert sur ses talons. La ruelle derrière l’atelier les avala dans la nuit.

Ils coururent jusqu’aux quais, où les barques dormaient dans la vase. Thomas, haletant, s’adossa à un tonneau de goudron. Il tenait la lettre recopiée serrée contre sa poitrine. La pluie mêlait son encre en bavures, mais les mots restaient lisibles — peut-être trop tard : une phrase qu’il n’avait pas eu le temps de déchiffrer entièrement dans l’urgence se détachait maintenant en clair grâce à la clé mouillée :

« … et qui s’étonnera que le fils du Maître des Encreurs porte la marque ? Le bijou doit revenir à la Tour avant l’aube du quinzième. S’il échoue, sa tête roulera comme celle de son père. »

Thomas relut. Le bijou. Le pendentif à la pierre rouge que son père lui avait laissé. Il le tira de sous sa chemise.

Robert le regarda, les yeux élargis. « C’est vous. Vous êtes le prince, pas moi. »

Thomas ne répondit pas. Il le savait enfin. La conspiration ne visait pas seulement la Tour — elle le visait LUI, et la clé de tout reposait dans le rubis que son père avait cousu dans son collet douze ans plus tôt. Les gardes approchaient dans la rue derrière eux.

« Il faut rejoindre Cecil maintenant », dit Robert.

Thomas secoua la tête. « Non. Il faut d’abord trouver le bijoutier qui a sertie cette pierre. Elle porte une marque, presque invisible — je ne l’ai jamais remarquée jusqu’à cette pluie. » Il frotta le rubis entre ses doigts : une gravure minuscule, trois gouttes d’encre entrelacées.

La marque des imprimeurs royaux.

« La seule personne capable de lire cette marque », dit Thomas lentement, « c’était mon père. »

Les torches derrière eux jetèrent leur ombre au sol.

Dans la barque, une main tendue les attendait. La voix était vieille, enrouée, mais familière.

« Montez, mon garçon. Nous n’avons pas de temps pour les souvenirs. »

Thomas leva les yeux.

Le vieil homme à la barre portait un manteau trempé, une cicatrice au front — Simon le Teinturier, le témoin du magasin d’encre qu’il avait interrogé la veille. Mais ses yeux étaient ceux d’un homme qui savait tracer des plans, pas des teintures.