Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 17: The Father's Footprints
La lettre était plus légère qu'il ne l'avait imaginé, comme si son père avait choisi du papier fin pour que ses mots pèsent moins que leur charge. Thomas la tenait entre ses doigts tremblants dans la chambre que Cecil lui avait assignée, une pièce modeste au-dessus d'une échoppe de scribe, loin des regards de la Tour. Il avait attendu d'être seul, d'avoir verrouillé la porte, de s'être assis près de la fenêtre où la lumière grise de Londres entrait sans permission.
Le sceau était cassé déjà — Cecil l'avait lu, sans doute, avant de le lui remettre. Thomas s'en moquait. L'écriture, elle, était intacte : cette main serrée, penchée à droite, qu'il connaissait mieux que la sienne propre.
*Thomas,*
*Si tu lis ceci, c'est que je n'ai pas pu te dire les choses en face. Je n'ai jamais été bon pour les adieux. Ta mère le disait toujours — elle disait que je fuyais les fins comme d'autres fuient les dettes. Elle n'avait pas tort.*
*Tu es doué avec les chiffres. Tu as hérité cela de moi, et aussi cette manie de vouloir comprendre ce qui se cache derrière les lignes droites. Alors je te le dis à toi, et à toi seul : si tu as déchiffré le registre, si tu as vu les colonnes truquées, les dettes inventées, alors tu sais déjà que la Cour est un tissu de mensonges cousus ensemble.*
*Mais il y a une vérité que je n'ai jamais écrite nulle part, sauf ici. Va au libraire de la rue qui longe le cimetière de Saint-Paul — la boutique à l'enseigne du Cormoran, tenue par un homme qui boite du pied gauche. Montre-lui cette lettre. Il te donnera ce qui te dira la vérité sur la dette manquante.*
*Et Thomas — méfie-toi de ceux qui te disent que je suis mort. Ils ne le savent pas. Pas vraiment.*
*Ton père,* *John Finch*
Thomas relut la lettre trois fois. La dernière phrase vibrait en lui comme une corde de luth trop tendue. *Méfie-toi de ceux qui te disent que je suis mort.* Mais qui lui avait dit qu'il était mort ? Geoffrey, à la Tour, l'avait laissé entendre. Durant l'avait démenti — et Durant était un menteur. Cecil lui-même n'avait pas confirmé, seulement remis la lettre avec ce regard de marin qui évalue une tempête.
Il plia la lettre, la glissa sous sa chemise, contre la peau.
La pluie battait les pavés quand il sortit. Londres, en cet après-midi d'automne, n'était qu'un long cri de mouettes et de cloches. Il connaissait le chemin — le cimetière de Saint-Paul, l'alignement des boutiques qui vivaient de l'ombre de la cathédrale. Le Cormoran était une enseigne modeste, peinte à la hâte, où un oiseau marin maladroit ouvrait un bec trop grand pour son corps.
Thomas poussa la porte. Une clochette grêle annonça son entrée. L'intérieur sentait le vieux papier, la cire et la poussière dorée d'innombrables volumes. Des rayons montaient jusqu'au plafond bas, chargés de livres aux dos craquelés.
— On ne vole pas ici, dit une voix depuis le fond. On y vient pour apprendre à voler proprement.
Un homme sortit de l'ombre — petit, voûté, et il boitait du pied gauche. Son œil droit était laiteux, mais le gauche regardait Thomas avec une acuité qui le transperçait.
— Je cherche ce que mon père a laissé.
L'homme cligna une fois. — Ton père est mort.
— C'est ce qu'on dit. Mais les morts écrivent parfois des lettres.
Thomas tendit la lettre. Le libraire la prit, l'approcha de son œil valide, la lut en silence. Quand il releva la tête, son expression avait changé — moins de méfiance, plus de fatigue.
— John m'avait dit que tu viendrais un jour. Il ne savait pas quand. Il espérait que non.
— Vous le connaissiez bien ?
— Je connaissais ses dettes. C'était un homme qui devait beaucoup — à sa femme, à son fils, à la vérité. Mais les dettes dont il parlait dans sa lettre, celles-là ne sont pas de l'argent. Suivez-moi.
Il mena Thomas derrière le comptoir, souleva une planche du plancher avec une habileté qui disait la répétition, et en tira un paquet enveloppé de toile cirée, ficelé d'une corde de chanvre épaisse.
— Il m'a fait jurer de ne le donner qu'à toi, à la vue de sa lettre.
Thomas défit la corde. La toile révéla un carnet relié de cuir brun, sans titre, fermé par une simple lanière. Il l'ouvrit. L'écriture de son père — la même que la lettre — remplissait les pages, serrée, rageuse par endroits, désespérée à d'autres.
— Lisez-le ailleurs, dit le libraire. Et si quelqu'un vous demande d'où vous venez, vous n'étiez jamais ici. Je ne connais pas votre visage.
Il n'y avait pas de pitié dans sa voix. Juste une prudence qui semblait plus vieille que lui.
Thomas ressortit dans la pluie, le carnet contre sa poitrine, près de la lettre. Il ne rentra pas directement à la chambre de Cecil. Il prit un détour par les ruelles qui longeaient la Tamise, des passages si étroits que la pluie n'y tombait qu'en gouttes paresseuses. Là, adossé à un mur de brique froid, il ouvrit le carnet à la première page.
*14 mars, l'an du règne — Je n'écris pas pour me confesser. J'écris pour que quelqu'un, un jour, sache qui a tué la vérité de ce royaume.*
Les pages suivantes étaient datées sur plusieurs mois. Son père y décrivait son travail à la Cour — non comme imprimeur, mais comme comptable occulte d'une faction qu'il ne nommait jamais directement. Il parlait de réunions nocturnes, de sommes déplacées entre des coffres qui n'existaient pas, de lettres écrites dans un code qu'il avait lui-même contribué à concevoir.
*Je croyais servir un homme. Je sers une idée qui se dévore elle-même.*
Puis, à la page dix-sept, l'écriture changea — plus rapide, les lettres penchant davantage, comme s'il écrivait en courant :
*J'ai trouvé la source. La fuite ne vient pas d'un serviteur, mais d'un maître. J'ai vu le sceau dans la nuit — celui que je connaissais depuis l'enfance, celui de mon propre maître, l'homme qui m'a appris les chiffres. Son nom n'est rien. Son rôle est tout. Je l'appellerai Cipher — car c'est lui qui détient la clé de toutes les serrures que nous croyions franchir.*
Thomas cessa de respirer.
Son père avait eu un maître — un homme âgé, un savant qui l'avait formé aux langues et aux mathématiques avant qu'il n'entre à l'imprimerie. Thomas l'avait rencontré deux fois, un vieil homme aux doigts tachés d'encre, qui lui avait offert un compas en cuivre. Il se souvenait de son nom.
Il se souvenait très bien de son nom.
Il feuilleta plus loin, cherchant une confirmation, mais le carnet devenait fragmentaire — des phrases interrompues, des mois manquants. Sur l'avant-dernière page, une seule ligne, à l'encre plus claire :
*Si Cipher est mon maître, alors la dette n'est pas une dette. C'est une chaîne. Je l'ai forgée moi-même, et je la porterai au cou jusqu'à ce qu'elle m'étrangle.*
Le reste du carnet était vide.
Thomas referma le livre. La pluie redoublait, crépitant contre les toits comme une armée de doigts impatients. La dette manquante — la dette de douze mille couronnes que Geoffrey devait à Durant — n'était pas le crime. Elle était le moyen. Et si le père de Thomas avait raison, le cerveau du complot n'était pas Geoffrey. C'était l'homme qui avait appris à John Finch à déchiffrer le monde — le vieux maître, doux, savant, mort depuis des années selon les rumeurs.
Mais les rumeurs, Thomas l'apprenait chaque jour, n'étaient jamais aussi fiables que les ciphers.
Il glissa le carnet contre sa chemise, sous la lettre, et marcha vers la Tamise où les barges de la Cour tiraient leurs ombres sur l'eau sale. Le vieux maître s'appelait Aldous Crane. Et la dernière fois que Thomas l'avait vu, c'était trois semaines avant la disparition de son père — à la sortie de la Tour de Londres.
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