Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 19: The Debt Paid in Blood
La pluie battait les volets clos de la maison de Geoffrey. Thomas s'était glissé par la porte de service, la clé volée à un domestique ivre tournant encore dans la serrure. L'atmosphère sentait la cire et la peur.
Il gravit l'escalier, chaque marche gémissant sous son poids. Dans la bibliothèque, une seule chandelle brûlait. Geoffrey était assis devant son bureau, un verre de vin à la main, le regard vide.
— Je me demandais quand tu viendrais, dit-il sans se retourner. Ton père avait la même manie de forcer les portes qu'on lui fermait.
Thomas s'avança, le poignard de son père serré dans sa main moite. Le dixième du manuscrit de Crane était dans sa poche, contre sa poitrine, comme un cœur de papier.
— La dette, dit Thomas. Ce n'était pas à la Couronne qu'elle était due.
Geoffrey se leva lentement, essuya ses lèvres du revers de la main.
— Non. C'était à Robert.
Le nom tomba comme une pierre dans l'eau calme. Thomas sortit le manuscrit, le déplia.
— Votre frère jumeau. Il a financé vos débuts à la Cour. Et quand vous avez refusé de rembourser, vous l'avez tué et vous avez fait porter le crime à mon père.
Geoffrey rit, un son sec et cassé.
— Robert était faible. Il croyait que l'argent achète la loyauté sans règles. Il voulait que je rembourse chaque couronne avant de soutenir mes ambitions. Mais j'avais besoin de cet argent pour me hisser, pas pour le rendre.
Thomas jeta le manuscrit sur le bureau entre eux.
— Crane a forgé le document. Une dette de douze mille couronnes en ton nom au trésor royal. Personne ne vérifierait, car la Couronne ne prête jamais. Mais mon père, lui, a vérifié.
Le visage de Geoffrey se tordit.
— Votre père fouillait là où il ne fallait pas. Il a trouvé le registre de Crane, compris le stratagème. Il est venu me confronter, le soir de la mort de Robert, avec la preuve.
— Vous l'avez fait emprisonner à la Tour, dit Thomas, la voix serrée. Sous un faux nom. Vous lui avez volé sa vie.
Geoffrey contourna le bureau, les yeux brillants.
— Je l'ai fait taire. Comme je vais te faire taire.
Il plongea la main dans sa manche et en tira un stylet. Thomas recula, heurtant une étagère. Les livres oscillèrent.
— Vous avez tué votre propre frère, dit Thomas en levant son poignard. Vous avez abandonné votre sang pour une dette d'argent.
— Robert n'était pas mon sang. Il était ma dette.
Geoffrey frappa. Thomas esquiva, le stylet effleurant son épaule, déchirant le tissu. La douleur brûla, mais il ne lâcha pas son arme. Ils tournèrent autour du bureau, souffles courts.
— Crane vous manipule, dit Thomas. Vous êtes son outil, pas son associé. Vous pensiez acheter une couronne avec des pièces forgées ?
— Des pièces forgées qui financeront une armée !
— Une armée pour qui ? Pour vous, ou pour le roi que Crane veut couronner ?
Une hésitation traversa le regard de Geoffrey. Thomas la saisit. Il plongea, attrapant le poignet de Geoffrey qui tenait le stylet. Le choc envoya l'arme cliqueter sur le plancher. Thomas poussa Geoffrey contre le mur, le poignard contre sa gorge.
— Où est mon père ?
— À la Tour, si quelqu'un y croit encore, cracha Geoffrey.
— Il n'y est pas. Crane vous a menti, ou vous mentez encore.
Geoffrey sourit, un filet de sang coulant de sa lèvre fendue.
— Il était dans une cellule privée, il y a des années. Crane m'a dit qu'il était mort d'une fièvre. Il voulait que je garde l'espoir vivant, au cas où quelqu'un chercherait.
Thomas serra la lame. Une voix monta de l'escalier — des pas lourds, des ordres étouffés.
— La force de Cecil, murmura Thomas.
Geoffrey tenta de se dégager. Thomas le tint fermement, le poignard tremblant, la haine et le chagrin mêlés en un nœud serré dans sa poitrine.
— Tu vas payer pour Robert, pour mon père, pour ce que tu as volé au monde, dit Thomas avec une intensité qui le surprit lui-même.
Les hommes de Cecil enfoncèrent la porte. Thomas relâcha Geoffrey d'une poussée brutale, le faisant chuter sur le tapis ensanglanté. Il jeta le manuscrit à un homme qui le regardait, éberlué.
— La preuve est là. L'écriture de Crane, les sommes. Il est compromis.
Il se rendit compte que sa main gauche – celle qui tenait le poignard – saignait abondamment. Geoffrey l'avait touché après tout. La douleur frappa enfin, comme une lame qui se retourne dans une blessure fraîche.
Il traversa la pièce, la tête qui bourdonne, pendant qu'on menait Geoffrey enchaîné hors de la maison, sa voix hurlante se perdant dans la pluie. Thomas s'appuya contre un mur sombre de la bibliothèque, écoutant son propre sang battre à ses tempes.
Il tenait la preuve. Mais quelque chose lui disait que Crane n'avait encore rien perdu, et que son père n'était peut-être pas à la Tour, après tout.
La porte se referma sur la nuit, laissant les bougies hurler dans le courant d'air.
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