Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 2: The Rubies
La pluie de Londres lavait les ruelles quand Thomas poussa la porte de la Taverne du Cygne Rouge. L'odeur de bière éventée et de sueur lui saisit la gorge. Il serrait le livre de Cecil contre sa poitrine, sous sa chemise trempée, les pages moites contre sa peau. Dans sa paume, la clé de laiton au trèfle gravé pesait comme un secret trop lourd. Les voix des gardes qui avaient fouillé l'imprimerie résonnaient encore dans sa tête, mais ici le brouhaha des ivrognes couvrait tout.
Il s'adossa à un pilier, le souffle court. Il fallait qu'il réfléchisse. Il était un fugitif à présent, avec pour seul bagage un livre volé et une clé dont il ignorait l'usage. Et puis il y avait le collier. Sa main chercha l'objet dans son cou, sous le col de son pourpoint, là où sa mère l'avait glissé avant de mourir. Les rubis étaient froids, polis par des années, sertis dans un or sombre et simple. Elle lui avait dit que c'était le seul bien précieux de la famille, que son père le lui avait donné en gage d'amour. Thomas n'avait jamais osé s'en séparer, même dans les jours les plus difficiles. Il en sentait la présence comme une prière.
Un marin, à la table voisine, vidait sa chope en fixant le collier. Thomas baissa les yeux, mais trop tard. L'homme était massif, avec une barbe tachée de goudron et des mains comme des crabes. Il se leva, chancelant, et s'approcha.
— Bel ornement, mon garçon. Ta mère te l'a donné, ou tu l'as volé ?
Thomas se raidit. Les muscles de sa mâchoire se crispèrent sous la peau encore jeune.
— Je n'ai rien volé.
Le marin rit, un bruit gras qui attira des regards.
— Une chambre ? Tu as besoin d'une chambre, je parie. Tu as l'air d'un renard pourchassé. Je connais une auberge près du quai, à un prix honnête. Dix pence, et tu dors en sécurité.
Dix pence. Thomas avait un peu de monnaie dans sa bourse, mais c'était tout ce qui lui restait jusqu'à trouver Sir Cecil. Il hésita, puis son regard glissa vers les rubis. Il les sentit peser comme une trahison. Mais sa survie était en jeu. Il baissa la tête et détacha le collier, le laissant reposer dans sa paume, fragile et rouge comme du sang.
— Quatre pence, et ceci. C'est tout ce que j'ai.
Le marin attrapa le collier avant que Thomas ne puisse changer d'avis. Il le soupesa, le tint à la lumière, fit briller un rubis entre ses doigts calleux. Ses yeux brillèrent d'une avidité mal dissimulée.
— Marché conclu. Suis-moi.
Ils marchèrent dans la nuit, le long de l'eau. La Tamise charriait des reflets d'ambre sale, et les mâts des bateaux grinçaient au-dessus de leurs têtes. Le marin le fit passer par une porte basse, dans une venelle obscure sentant le poisson pourri. Là, derrière une taverne puante, il ouvrit une chambre exiguë, au matelas de paille troué, à l'humidité dégouttant des murs.
— Dors bien, dit l'homme avec un sourire en coin.
Il ferma la porte. Thomas entendit le bruit sec d'un verrou. Un frisson lui parcourut l'échine. Il se jeta sur la porte, secoua la poignée. Elle était fermée. À travers le bois, il perçut un murmure, puis un rire étouffé. Et comprit avec une certitude écœurante qu'il était enfermé.
Il regarda par la lucarne graisseuse. Le marin s'éloignait dans la venelle, le collier de sa mère dans la main, les rubis brillant d'un éclat fauve à travers l'obscurité. La fureur monta en Thomas, brûlante. Il jeta son épaule contre le battant. Le bois gémit, mais ne céda pas. Il avait aidé son maître à réparer les presses de nombreuses fois, et les outils étaient rares, mais il y avait une planche mal clouée près du sol. Il l'arracha d'un coup, les clous grinçant, et s'extirpa par le passage étroit dans la venelle.
Le marin courait vite pour sa corpulence, mais la colère rendait Thomas plus vif. Il le rattrapa près d'un tas de tonneaux, saisit son manteau et le tira en arrière. L'homme pivota, un couteau brillant à la main, mais Thomas plongea sous le bras et lui agrippa le poignet, le tordu. Ils roulèrent dans la boue, dans les ordures, dans un corps à corps sauvage. Le collier vola, décrivit un arc, tomba dans une flaque.
Thomas attendit que le marin reprenne haleine avant de bondir, le visage en feu. Mais l'homme ne bougeait plus, groggy, la tête cognée contre un billot. Thomas ramassa le collier, le serra dans son poing, sentant les rubis s'enfoncer dans sa paume. Il était intact. Il ferma les yeux une seconde, remercia en silence le ciel de Londres.
Il fuyait à présent, remontant la ruelle sans savoir où aller. C'est alors qu'il vit, coincée dans la boue, une feuille pliée que le marin devait avoir laissée tomber en courant. Il la ramassa. C'était un morceau de papier grossier, gras. Et sur ce papier, un dessin à l'encre délavée : une marque qu'il connaissait. Le trèfle à trois feuilles, identique à celui gravé sur la clé.
Thomas s'arrêta, le souffle court. Le papier était un billet de dette, daté de trois ans. Au nom de Henry Mathers — son père.
La signature était suivie d'une note : « La somme arrivera quand le trèfle fleurira sur la Tour Blanche. »
Le cœur de Thomas tambourinait dans ses oreilles. La Tour Blanche. Cecil, la clé, le collier de sa mère, et à présent cette dette au nom de son père. Tout était lié, d'une manière qu'il ne percevait pas encore entièrement, mais dont il sentait le fil rouge se tendre.
Il leva les yeux vers la silhouette de la Tour Blanche, à l'horizon au-delà des toits. La nuit la rendait noire et massive, comme un avertissement. Thomas y avait cherché son père des années auparavant, questionnant des soldats, des gardes, des fonctionnaires. Personne ne savait rien. Personne ne voulait savoir.
Mais ce billet à la main, avec l'emplacement écrit noir sur blanc, Thomas comprit avec une clarté soudaine et tranchante : son père n'avait pas disparu. Il était allé à la Tour Blanche. Et quelque chose là-bas, ou quelqu'un, ne l'avait jamais laissé revenir.
Il serra le collier dans une main, le papier dans l'autre. Plus rien ne serait simple. Sir Cecil, la raison d'être du livre, la clé au trèfle — tout convergeait vers la Tour, vers l'ombre où se cachait la vérité. Thomas remonta son capuchon, et s'enfonça dans la ville sans tourner la tête. Trouver Cecil n'était plus seulement une question d'innocence. C'était une question de justice.
Rendre la vérité à son père — et à lui-même.