Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 22: The Masked Benefactor
La pluie de Paris lavait les ruelles, transformant la boue en miroirs furtifs où dansaient les reflets des torches. Thomas remontait la rue Saint-Jacques, le col de son manteau relevé, quand un homme masqué de velours noir se planta devant lui, surgi de l'ombre d'un porche.
« Thomas Finch. »
Le nom tomba comme une pierre dans l'eau calme. Thomas s'arrêta, la main glissant vers le poignard dissimulé sous sa ceinture. L'homme était grand, vêtu de noir de la tête aux pieds, et son masque ne laissait voir que ses yeux—d'un gris clair qui semblait boire la lumière.
« Qui êtes-vous ? » demanda Thomas, la voix plus ferme qu'il ne se sentait.
« Celui qui a payé ton apprentissage chez Maître Ashcombe. Les sept années, les livres, les outils. Tout. »
Le mensonge du prêtre lui revint en mémoire, les mots de son père répétés comme une litanie : *Ce n'est pas moi qui ai payé.* Mais Cecil. La lettre l'avait dit. Le prêtre l'avait confirmé.
« Ce n'est pas vous. C'était Cecil. »
Le masqué émit un rire bref, sans joie.
« Cecil ? Sir William Cecil, le secrétaire du Conseil privé ? Crois-tu qu'il connaisse ton nom avant que tu ne te sois glissé dans ses affaires ? »
Thomas sentit le sol se dérober sous ses certitudes. Cecil avait payé son apprentissage. La lettre de son père l'affirmait. Et pourtant, cet inconnu...
« Vous mentez. J'ai des preuves. Des lettres. »
« Des lettres que tu as trouvées à Paris, n'est-ce pas ? Chez un prêtre qui ne t'a jamais vu ? »
Le silence de Thomas fut sa réponse. L'étranger fit un pas, et Thomas recula d'autant.
« Écoute-moi, garçon. J'ai financé Ashcombe pour une seule raison : ton père me l'avait demandé. John Finch savait qu'il allait disparaître. Il a fait préparer sa tombe avant de mourir, comme disent les sages. Il m'a donné l'argent, et une lettre. » L'homme sortit un pli scellé de sa poche, le tenant à distance. « Reconnais-tu cette écriture ? »
Thomas reconnut la main de son père, ces lignes serrées, cette encre trop noire. Le pli portait son nom.
« Pourquoi ne me l'avez-vous pas donné plus tôt ? »
« Parce qu'on t'observait, Thomas. Parce que Crane n'est pas le seul à jouer, et que Cecil joue plus serré que tu ne le crois. Ton père était son agent, pas son ami. L'argent qui t'a nourri était versé sur les fonds du Conseil. Cecil a signé, oui. Mais il a signé les ordres d'un autre. »
Le monde de Thomas vacilla. Il tendit la main pour saisir la lettre, mais l'homme la fit disparaître dans sa manche.
« Pas ici. Pas maintenant. Suis-moi. »
Il tourna les talons, s'enfonçant dans une ruelle où la lumière des torches ne portait plus. Thomas hésita, une seconde à peine, avant de s'élancer. La curiosité était plus forte que la prudence—elle l'avait toujours été.
La ruelle était vide.
Un tissu humide se plaqua sur sa bouche avant qu'il n'ait pu crier. Des bras de fer le saisirent, le soulevèrent du sol. Il se débattit, mais le monde bascula, les murs de Paris se brouillant en une mare d'ombres et de pluie.
Quand il reprit conscience, il était attaché à une chaise dans une cave humide. Devant lui, une silhouette familière se découpait dans la lumière d'une lampe à huile.
Geoffrey. Le visage bandé, les yeux brillants de fièvre et de haine, les mains jointes devant lui comme en prière.
« Thomas Finch. » La voix était rauque, blessée par sa blessure de Londres. « Tu croyais m'avoir fini. »
« Comment... Cecil t'avait... »
« Cecil n'est pas à Paris, petit. Paris est une ville libre, où les hommes d'affaires paient pour ce qu'ils veulent. Et je voulais te voir mourir de mes propres mains. »
Geoffrey tira un poignard de sa ceinture, en caressa la lame du pouce. Derrière lui, deux hommes attendaient, massifs, indifférents. Thomas tira sur ses liens—inutilement.
La porte de la cave vola en éclats.
Le masqué entra comme un spectre, deux pistolets fumants à la main. Les deux hommes de Geoffrey s'effondrèrent avant d'avoir compris ce qui se passait. Geoffrey pivota, le poignard levé, mais le masqué fut plus rapide—une balle siffla, et Geoffrey tomba à genoux, la main droite percée, le poignard cliquetant sur le sol de pierre.
Le masqué trancha les liens de Thomas d'un coup de lame.
« Cours. Le faubourg Saint-Marcel. La maison vide. Souviens-toi de ce que je t'ai dit : la lettre y sera. »
Thomas se releva, les jambes tremblantes, et s'élança dans l'escalier sans se retourner. Derrière lui, un bruit sourd, un cri étouffé, puis le silence.
Dans la rue, la pluie avait cessé. Thomas s'appuya contre un mur, le souffle court, le cœur battant. Le masqué l'avait sauvé. Mais qui était-il ? Qui savait assez pour contrefaire la lettre de Cecil, pour connaître le nom du faubourg, pour surgir au bon moment avec des armes et des réponses ?
Et dans sa main, il trouva un petit objet de cuivre, passé discrètement quand ses liens avaient été tranchés. Un cachet. Pas un sceau quelconque—une ancre, gravée au poinçon.
L'ancre de Roan. Le capitaine Roan, l'ami de son père.
Son père, qui lui avait dit que Roan était mort à Calais, trois ans plus tôt.
La vérité, si elle existait, venait de changer de visage.
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