Le Chiffre de l'Imprimeur
Lire le chapitre 33: The Confession
La lampe à huile vacillait entre eux, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre du monastère. Thomas regardait son père—ce visage creusé par dix ans d'absence, ces yeux qui avaient tant de secrets à dire—et sentait le poids de chaque mot non prononcé.
« Tu me dois la vérité, dit Thomas, la voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu. Toute la vérité. Pas des fragments cachés dans des rubis et des lettres codées.
John Finch hocha lentement la tête. Ses doigts, ceux d'un homme qui avait passé des années à prier et à copier des manuscrits, se crispèrent sur le bord de la table.
« Robert Cecil était l'un des nôtres, commença-t-il. Pas un espion ordinaire. Le Cypher originel. Avant Southwell, avant Howard, avant tout cela. »
Thomas sentit son estomac se nouer. « Cecil ? Le secrétaire de la Reine ? »
« Le même homme qui t'a aidé à sauver la Reine, oui. Le même homme qui t'a nommé cryptographe royal. » John marqua une pause, scrutant le visage de son fils. « Il y a quinze ans, Cecil était jeune, ambitieux, et convaincu que la Reine Mary menait l'Angleterre à sa perte. Il a rejoint une conspiration pour la remplacer par un souverain plus... protestant, plus malléable. J'étais de son cercle intime. Nous étions jeunes, nous étions idiots, et nous croyions servir une cause plus grande que nous. »
« Mais la conspiration a échoué, » dit Thomas, se souvenant des rapports qu'il avait lus dans les archives de Cecil.
« Elle a été abandonnée avant d'avoir commencé. Cecil a compris que Mary, malgré ses défauts, était une reine légitime. Il s'est repenti, sincèrement. Il a servi la Couronne avec une loyauté absolue depuis. Mais le passé ne meurt jamais vraiment, Thomas. Quelqu'un gardait preuve de son implication passée—un document, une liste de noms, quelque chose de suffisamment dommageable pour le détruire. »
« Southwell, » souffla Thomas. « L'original avec la liste complète des traîtres. »
« Southwell était le gardien de ce secret. Quand il a compris la valeur de ce qu'il détenait, il s'est retiré dans son abbaye et a commencé à monnayer son silence auprès de ceux qui voulaient faire tomber Cecil. Mais Southwell n'était pas le seul à connaître ce secret. Quelqu'un d'autre l'utilisait. Quelqu'un plus proche de Cecil que quiconque. »
John se pencha en avant, sa voix devenant à peine un murmure.
« Ta mère le savait, Thomas. Isabelle travaillait dans les cercles de Cecil, tout comme moi. Quand j'ai découvert qu'un membre du propre cabinet de Cecil—quelqu'un que nous connaissions bien—utilisait le passé de Cecil pour faire chanter les factions rivales et s'enrichir, j'ai compris que ma vie était en danger. J'avais des preuves. Des lettres. Des comptes. »
Son visage se tordit de douleur.
« Isabelle m'a dit de fuir. Elle resterait, elle continuerait à surveiller, elle me ferait parvenir les informations par des intermédiaires sûrs. Je ne voulais pas la laisser. Mais elle m'a promis qu'elle serait prudente, qu'elle savait comment se protéger des jeux de la cour. » Il ferma les yeux un instant. « Je l'ai crue. Je l'ai crue, et je suis parti pour l'Espagne, me cachant ici, attendant le jour où nous pourrions enfin agir ensemble. »
Thomas sentit ses mains trembler. « Elle a été empoisonnée. Avec le même poison destiné à la Reine. »
« Je sais. » La voix de John se brisa. « Quand j'ai appris sa mort, j'ai compris que le secret avait été découvert. Que quelqu'un avait compris qu'elle savait. Ce n'était pas une maladie, Thomas. C'était un assassinat, commis pour la faire taire. Et maintenant, si Cecil découvre que tu es ici, que tu sais la vérité sur son passé... »
« Cecil est mon allié, » coupa Thomas. « Il m'a aidé à arrêter Howard. Il m'a nommé au service royal. »
« Cecil est un homme rongé par la culpabilité et la peur. » John secoua la tête. « Les hommes comme lui ne permettent pas à ceux qui connaissent leurs secrets de vivre librement. Il t'a utilisé contre Howard parce que tu étais utile. Mais maintenant que la menace de Howard est éliminée, tu es devenu un témoin dangereux de son passé. Non pas parce qu'il est mauvais, Thomas, mais parce qu'il panique. Et les hommes qui paniquent font des choix désastreux. »
Thomas se leva brusquement, arpentant la cellule exiguë. Son esprit tournait à toute vitesse, cherchant des angles, des dénouements.
« Quelqu'un dans son cercle, dis-tu. Quelqu'un qui utilise son passé pour s'enrichir. Qui ? »
« Je ne peux pas te dire son nom, » dit John.
« Pourquoi ? »
« Parce que ce nom est la clé de ta survie. Si je te le dis maintenant, et que tu es capturé avant d'avoir pu agir, tout sera perdu. Il y a un caveau, caché près de Glastonbury, lié à Southwell. À l'intérieur se trouvent la liste complète du réseau de chantage et des preuves qui permettraient à Cecil de se libérer du joug de ses maîtres chanteurs. Mais il y a aussi quelque chose d'autre, quelque chose que j'ai caché là dans le temps, avant de fuir. »
De ses vêtements monastiques, John sortit une petite clé en fer forgé, ornée de motifs si complexes qu'ils semblaient presque liquides sous la lumière.
« C'était la clé de ta mère. Elle gardait un coffre secret dans notre maison de Londres, un coffre que tu n'as jamais trouvé parce qu'il se trouvait dans un endroit que tu ne cherchais pas. »
Thomas prit la clé, la soupesant dans sa paume. Le métal était froid, précis.
« Où est ce coffre ? »
« Sous les lattes de ta chambre, celle qui était à toi quand tu étais enfant. Mais attention, Thomas—le coffre est conçu pour se verrouiller définitivement si la mauvaise clé est utilisée. J'ai donné la reproduction à Elizabeth, mon alliée à Londres. Elle l'utilisera seulement si tu échoues. Mais tu dois y arriver avant que Cecil ne comprenne que tu possèdes ce secret. »
Thomas rangea la clé dans sa bourse, le cœur battant. « Il y a autre chose, père. Quand j'ai interrogé Cecil après l'arrestation de Howard, il a semblé savoir que tu étais vivant. Il a dit que tu étais un homme remarquable. Comme s'il te connaissait. »
John se figea. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement.
« Cecil sait que je suis vivant ? »
« Il m'a donné l'impression que oui. »
« Alors il est plus proche de moi que je ne le pensais. » John se leva, sa robe monastique bruissant sur le sol de pierre. « Et si Cecil sait où je suis, il sait aussi pourquoi je suis ici. Il connaît le secret que je détends. Cela signifie qu'il a peut-être déjà donné l'ordre de te neutraliser avant même que tu ne montes sur ce bateau pour revenir à Londres. »
Thomas sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.
« Alors je ne peux pas retourner à Londres par les voies normales. »
« Non. » John attrapa le bras de Thomas, ses doigts serrant avec une force surprenante. « Écoute-moi, mon fils. Il y a un réseau d'anciens compagnons, des hommes qui ont travaillé avec moi dans les services d'information avant ma fuite. Ils t'aideront à rentrer en Angleterre par un port discret, loin de Londres. Mais quand tu arriveras, tu ne dois pas te présenter à Cecil. Pas avant d'avoir ouvert le coffre de ta mère. Ce qu'elle y a caché te dira tout—qui est le traître dans le cercle de Cecil, pourquoi elle est morte, et comment mettre fin à ce cauchemar. »
Thomas hocha la tête, sa gorge serrée. « Et toi ? Tu vas rester ici ? »
« Je vais disparaître à nouveau. C'est ce que je fais de mieux. » Un sourire triste effleura ses lèvres. « Mais avant que tu ne partes, il y a une dernière chose que je dois te dire. Un nom. Pas celui du traître—pas encore. Mais celui de l'endroit où vos chemins vont se croiser. Il écoute tes conversations dans le palais, Thomas. Il est plus proche de toi que tu ne le penses. »
John se pencha et murmura un nom dans l'oreille de son fils.
Thomas recula, le sang se retirant de son visage.
« Ce n'est pas possible, » souffla-t-il. « Il est mort. »
« Il a fait croire à tout le monde qu'il était mort, » dit John. « C'est ce que les espions font de mieux. Maintenant va, mon fils. Sauve l'Angleterre. Sauve-toi. Et souviens-toi : ne fais confiance à personne à la cour royale avant d'avoir ouvert le coffre de ta mère. »
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