Le Choix du Dernier Dragon
Lire le chapitre 17: The Outcast Council
La fumée des cheminées du village se perdait dans le ciel gris de l'aube lorsqu'Elara fut conduite vers la grand-place. Des visages surgissaient des seuils — des hommes, des femmes, tous marqués par l'exil. Certains portaient encore les cicatrices d'une vie au service des dragons, d'autres arboraient des regards durs, forgés par la méfiance.
On la fit asseoir au centre d'un cercle de pierres anciennes. Un feu crépitait dans une fosse, et derrière les flammes, sept silhouettes se tenaient en arc, immobiles comme des statues. Le conseil des bannis.
Kael restait près d'elle, son bras bandé serré contre sa poitrine. Il avait refusé de la laisser affronter seule ceux qui devaient décider de leur sort.
« Vous demandez l'asile », dit une femme aux cheveux gris, drapée dans une cape usée par les saisons. Ses yeux s'attardèrent sur le visage d'Elara avec une intensité dérangeante. « L'asile d'un village que votre mère a quitté, il y a vingt-cinq ans. »
Elara sentit son cœur se serrer. Ainsi donc, on connaissait Aelis ici.
« Je ne suis pas venue demander à me cacher, » répondit-elle. « Je suis venue demander de l'aide pour arrêter Voss. »
Un murmure parcourut l'assemblée. Un homme trapu, large d'épaules, cracha dans le feu. « Et comment comptes-tu t'y prendre, petite ? Avec tes deux mains nues et ta foi dans les dragons ? »
« Avec la vérité. »
« La vérité n'a jamais arrêté une lame », répliqua une seconde voix, plus jeune. Une femme rousse, le visage barré d'une longue cicatrice, la dévisagea avec un mélange de pitié et de dédain. « Voss est immortelle. Elle se régénère depuis quatre siècles. Comment crois-tu qu'elle a survécu à toutes les tentatives de rébellion ? »
« Parce qu'elle se nourrit des dragons », dit Elara, et sa voix porta loin, malgré la fatigue. « Sir Aldric me l'a révélé. Nous savons où elle garde Ithariel, et nous savons d'où elle tire son pouvoir. »
« Savoir n'est pas pouvoir », grommela le colosse.
« Non », concéda Elara. « Mais l'ignorance est la seule chose qui la protège vraiment. Elle craint ceux qui connaissent son secret. C'est pour cela qu'elle a tenté de me tuer. C'est pour cela qu'elle a accéléré son plan quand je suis arrivée. »
Le silence retomba. La femme aux cheveux gris échangea un regard avec ses compagnons. Quelque chose passa entre eux — un accord silencieux, teinté de doutes.
« Votre mère », dit enfin la vieille femme, « était des nôtres. La plus brillante d'entre nous. Elle a compris trop tard ce que nous avions tous refusé de voir : Voss ne s'arrêterait jamais à la simple domination. Elle voulait l'éternité, et les dragons étaient le prix. »
Elara retint son souffle. « Vous l'avez connue. »
« Nous l'aimions. » La voix de la vieille femme se brisa légèrement. « Elle est partie pour vous protéger, quand elle a compris que Voss la cherchait. La nuit où elle a fui, elle a laissé quelque chose entre nos mains. Quelque chose qu'elle nous avait fait jurer de ne donner qu'à son enfant, si jamais elle revenait. »
Un long frisson traversa Elara. La femme aux cheveux gris fit un signe, et un jeune homme s'avança, portant un paquet enveloppé de toile cirée. Il le déposa devant Elara, puis recula.
Elle dénoua le tissu d'une main tremblante, et découvrit un journal à la couverture de cuir. Les pages jaunies, écornées, laissaient entrevoir une écriture serrée, une écriture qu'elle reconnaissait entre toutes. L'écriture de sa mère.
« C'est son travail », murmura la vieille femme. « Toutes ses recherches. Toutes ses observations sur les sorts de Voss. Elle a passé des années à les décoder, à comprendre comment la magicienne s'y prenait pour draîner la force vitale des dragons. »
Elara ouvrit le journal au hasard. Une page s'étalait devant elle, couverte de diagrammes complexes, de notes marginales, d'annotations fiévreuses. Au centre, une phrase encadrée d'un double trait : « Le sort n'est pas autonome. Il est ancré dans un support matériel. Détruisez le support, et le sort s'effondrera. »
Le cœur battant, elle releva la tête. « Ma mère savait comment arrêter Voss. »
« Elle pensait le savoir », la corrigea le colosse d'une voix lourde. « Mais elle n'a jamais pu tester sa théorie. Elle s'est contentée de fuir. Et dans ce village, nous avons passé vingt ans à étudier à sa suite, à tenter de percer ce que le rituel impliquait. Nous avons progressé, avec prudence. Mais nous n'avons jamais eu les moyens de frapper. »
« Le support du sort est sous l'académie », dit Elara. « Aldric me l'a dit. Voss garde Ithariel captif dans une salle rituelle souterraine. »
« Ce n'est pas une salle qu'il faut détruire », dit une voix nouvelle.
Tous les regards se tournèrent. Un vieil homme se tenait à l'écart, appuyé sur une canne de bois tordue. Son visage était creusé de rides profondes, comme celles d'un lit de rivière asséché, et son œil unique — l'autre était caché sous un bandeau de cuir — brillait d'une lueur étrange.
« Tolmar », souffla la vieille femme. « Vous ne deviez pas... »
« Taisez-vous, Miriel. » Tolmar s'avança d'un pas lent, martelant le sol de sa canne. « J'ai porté le harnais pendant quarante ans. J'étais là quand Voss a commencé à regarder les dragons d'un autre œil. J'ai vu la première victime dépérir. Personne ne sait mieux que moi ce qu'elle est prête à faire pour conserver son pouvoir. »
Il s'arrêta devant Elara, la détaillant de son œil unique. « L'ancrage du sort n'est pas un objet, enfant. C'est elle. Voss a lié son essence à celui-ci, il y a des siècles. Chaque dragon qu'elle draîne renforce la matrice, mais elle en est le cœur même. La détruire, c'est détruire l'ancrage, et éteindre son immortalité pour de bon. »
Elara plissa les yeux. « Mais comment la détruire, si elle est si puissante ? »
« Le journal de votre mère, » dit Tolmar, levant sa canne vers le livre qu'elle tenait, « contient la réponse. Elle a codé le rituel qui permettrait de renverser le sort. Simplement, elle n'a jamais eu accès au cœur du dispositif pour l'exécuter. Nous, si. » Il marqua une pause. « Grâce à la carte que vous portez. Celle qui vous a menée jusqu'ici. »
Elara fronça les sourcils. « Ma mère laissait... des indices ? »
« Pas des indices. Un plan. Elle a tissé sa stratégie au fil des années, à votre insu. Votre arrivée ici n'est pas un hasard. C'était le dernier maillon. »
Un trouble profond s'empara d'Elara. La carte, le village, le journal... Tout avait été orchestré. Sa mère était morte depuis treize ans, et pourtant, sa main invisible continuait de guider chacun de ses pas.
Elle tourna les pages du journal, cherchant frénétiquement une mention du rituel. Le papier se déployait sous ses doigts, rempli de formules mystérieuses, de diagrammes d'énergie, mais rien ne semblait former un tableau cohérent. Jusqu'à ce qu'au verso de la dernière page, elle trouve un schéma détaillé — un cercle de runes entrelacées, accompagné d'une note en petites capitales appliquées : « Le rituel requiert la présence physique de l'ancrage. Il doit être exécuté à la source même, là où le sort est le plus puissant. Et il exigera un sacrifice. »
Elara leva les yeux, une lueur sombre dans le regard. « Il faut que je retourne à l'académie. Pas pour fuir. Pour entrer dans la salle souterraine et exécuter ce rituel pendant que Voss s'y trouvera. »
Le silence qui accueillit sa déclaration fut dense, chargé d'incrédulité. Le colosse ricana. « Tu veux t'infiltrer seule, au cœur du pouvoir de Voss, alors qu'elle a déjà lancé toutes ses forces à ta poursuite ? C'est un suicide. »
« Non », dit Elara d'une voix douce mais absolument déterminée. « Elle ne s'attendra pas à ce que je revienne. Pas si vite. Et de notre côté, nous avons quelque chose qu'elle n'a jamais possédé. »
Elle ferma le journal, le serrant contre sa poitrine.
« La certitude que le monde peut exister sans elle. »
Kael lui saisit le bras, les yeux brillants d'inquiétude. Mais Elara savait déjà ce qu'elle devait faire. Le chemin était tracé, depuis bien avant sa naissance.
Elle n'avait plus qu'à le suivre.
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