Le Choix du Dernier Dragon
Lire le chapitre 23: The Battlecry
La caverne sentait le sel et la pierre écrasée. L’écho du combat au-dessus grondait encore à travers la roche, sourd et lointain, comme un orage enterré vivant. Elara courait derrière Cedric, la main sur le pommeau de sa lame, le souffle court. L’aiguille d’or pesait dans sa poche, inutile pour l’instant. Il fallait d’abord sortir, atteindre la plateforme, purifier.
Mais quand ils débouchèrent à l’air libre, la lumière du crépuscule était rouge. Et Voss les attendait.
Elle se tenait sur le dos de la créature corrompue, ses cheveux blancs flottant dans un vent qui ne touchait rien d’autre. La bête — autrefois un dragon de feu, peut-être, ou de tempête — n’était plus qu’une masse de chairs luisantes, d’écailles arrachées, d’yeux vides. Le sillon de sa colonne vertébrale saignait des filaments rouges qui se tordaient vers Voss comme des racines.
« Vous êtes ponctuels », dit Voss, sa voix tombant comme une cloche fêlée. « J’aime cela. Cela rend la fin plus propre. »
Elara sentit le cristal de Cedric vibrer dans sa ceinture. Des étincelles crépitèrent, puis moururent.
« Où est ma mère ? » demanda Elara. Sa voix était plus dure qu’elle ne l’avait voulue.
Voss inclina la tête, presque avec douceur. « Ah. Tu poses enfin la bonne question. »
Un silence. Le monstre en dessous gronda, un bruit artificiel, huileux, comme des engrenages dans une gorge de chair.
« Ta mère était une gardienne du Nid, comme sa mère avant elle. Elles connaissaient le prix du lien. Elles savaient que les dragons ne se donnent jamais par force. » Voss sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux vides. « Je suis venue lui demander de libérer le dernier feu libre. Elle a refusé. Elle a compris, trop tard, que je ne demandais pas. »
Elara ne bougea pas. Mais le monde bascula à l’intérieur d’elle.
« Ton père a essayé de la défendre. Il était brave. Il est mort en rêvant de revanche. » Voss haussa une épaule, dédaigneuse. « Mais ta mère... elle t’a cachée dans les écuries avant de mourir. Je me souviens de la façon dont elle a crié ton nom. Elle savait que tu reviendrais. Elle espérait que tu serais plus forte que ça. »
Le cristal de Cedric éclata en une gerbe d’étincelles. Elara ne le vit pas. Elle ne voyait plus que le visage de Voss, la femme qui avait pris sa mère, son père, sa vie avant même qu’elle sache la vivre. Une chaleur monta dans sa poitrine, pas de feu — quelque chose de plus ancien. Les écailles de son lien, là, sous la peau, battirent comme un second cœur.
« Elara. » Cedric tendit la main, mais elle l’écarta sans le regarder.
« Tu mens », dit-elle, mais sa voix tremblait. Elle savait que ce n’était pas vrai. Le locket, les fragments, les cauchemars — tout convergeait vers ce visage blanc, vers ce sourire calme. « Tu mens. Ma mère est morte au dragon-sickness, pas assassinée. »
« Le dragon-sickness a un nom », dit Voss. « Il s’appelle moi. J’ai drainé les dragons qui dépendaient d’elle pour maintenir mon lien avec la première lignée, il y a des siècles. Ta famille était un obstacle. Je les ai retirés. »
Le cri d’Elara ne fut pas un mot. Il fut trop vieux pour les mots. Il déchira l’air, et Serevyn — loin, au village — répondit, un hurlement de fureur et de reconnaissance. Le sol trembla. Le mont, le Nid de l’Aube, la pierre ancienne qui avait connu le premier vol, vibra sous ses pieds. Et quelque chose monta.
Les écailles d’Elara s’illuminèrent entre ses clavicules. La marque du lien, celle que sa mère avait dessinée sur sa paume avant de mourir, brûla comme une braise.
« Tu ne sors pas d’ici », dit Voss, mais pour la première fois, il y avait quelque chose dans sa voix — une pointe de calcul, de réévaluation. « Pas vivante. Pas avec ce que tu portes. »
Voss leva la main. La créature corrompue poussa un cri déformé et bondit.
La bataille fut un instant d’acier et de feu sale. L’aiguille d’or vibra dans la poche d’Elara, tiraillant vers le sol, vers la racine-essaim. Mais elle n’avait pas le temps de la planter — pas avec Voss dans les airs, déchirant des lanières de magie noire du ciel comme des falaises de verre brisé. Elara esquiva, roula, frappa. Chaque parole de Voss tournait en boucle dans sa tête. *Elle savait que tu reviendrais. Elle a crié ton nom.*
Un faisceau rouge frappa son épaule. La douleur fut blanche, mais en dessous, quelque chose d’autre rugit.
La silhouette de son dragon apparut dans l’ombre, pas complète — pas Serevyn, pas encore — mais un fantôme, une possibilité, l’écho de la bête que le Nid avait gardée dans le sang d’Elara depuis sa naissance. Elle le vit dans le coin de son œil : immense, rouge, brûlant de lumière libre.
« Tu ne sais pas conduire cette rage », dit Voss depuis son perchoir, calmement. « Elle te dévorera comme elle a dévoré les autres. »
« Silence », souffla Elara.
Elle ne ripostait pas au corps de Voss. Elle visait le lien, la corde invisible qui attachait la femme à cette créature mourante. Chaque attaque de Voss puisait dans la bête. Chaque défense d’Elara chauffait l’air autour de la plateforme, comme si le Nid répondait à la présence de la nouvelle gardienne.
Puis elle vit l’ouverture.
Voss tourna un instant pour parer une lame de glace rampante venue d’en bas — l’équipe de diversion, encore vivante, encore accrochée. Dans cet instant, Elara planta l’aiguille d’or dans la pierre, à un mètre devant elle, et lâcha le cri qu’elle avait retenu depuis l’écurie.
La créature corrompue s’arrêta.
Ses yeux vides vacillèrent. Une étincelle — un seul éclat — de ce qu’il avait été. Un dragon libre. Un dragon qui avait volé au-dessus de ces monts avant les chaînes, avant les noms.
Voss hurla, ses mains se crispant sur les rênes invisibles, tirant le lien d’un coup sec. La bête gémit, tiraillée entre deux maîtres.
« Tu n’es pas assez forte », cracha Voss. « Tu es une orpheline d’écurie avec un vieux pendentif. Ton sang ne suffit pas. »
Elara leva son poing fermé, la marque de sa mère brûlant à travers la peau. « Non », dit-elle. « Mon sang n’est pas seul. »
Et elle lâcha la marque — pas l’objet, la marque elle-même, le sceau du lien héréditaire, la chose que sa mère lui avait donnée en la cachant. Elle se déchira comme une cicatrice rouverte.
La créature rugit. Pas de douleur. De libération.
Et sous leurs pieds, la racine-essaim — le réseau ancien, le cœur du Nid — réveillé, se mit à pulser avec une lumière qu’aucune chaîne n’avait touchée depuis des siècles.
Voss comprit trop tard. Sa main se tendit vers le cristal de Cedric, toujours étincelant.
Cedric ne bougea pas.
« L’esprit-mère est plus profond que toi », dit-il. « Et plus vieille que tes mensonges. »
Le sol s’ouvrit — pas une fissure, une respiration. La plateforme se dressa, tourna, révéla un cercle de glyphes anciens qui n’avaient pas vu la lumière depuis le premier pacte. Au centre, une pierre noire, lisse, marquée d’un symbole qu’Elara connaissait.
Pas de sa vie. De sa naissance.
Le symbole de sa mère.
Voss hurla, et la créature d’en dessous se déchira en deux nuées de cendres. Mais dans les airs, suspendue à une magie qu’elle ne contrôlait plus, la femme blanche regarda Elara avec une fureur glaciale.
« Tu ouvres une porte, petite orpheline. Mais tu ne sais pas ce qui vit derrière. »
Le sel. La pierre. Le souvenir d’une voix de femme criant son nom dans un incendie.
Elara sourit dans le crépuscule rouge, les larmes sèches sur ses joues.
« Je sais », dit-elle. « Elle m’attend. »
Et elle posa la main sur la pierre noire.
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