Le Choix du Dernier Dragon
Lire le chapitre 24: The Price of Truth
La pierre rituelle vibrait sous les doigts d’Elara, chaude comme un cœur battant. Elle avait vu le symbole de sa mère — un cercle brisé, une flamme inversée — et l’image refusait de quitter son esprit. Voss se tenait de l’autre côté de la plateforme effondrée, son dragon corrompu crachant des braises dans l’air nocturne, et son sourire était celui d’une femme qui n’avait jamais perdu.
« Tu cherches des réponses, petite. » La voix de Voss portait malgré le rugissement du vent. « Ta mère aussi cherchait. Elle a trouvé. Et elle est morte. »
Elara serra les poings. La marque sur sa paume, la marque héritée de sa mère, pulsait encore de l’énergie qu’elle avait dépensée pour libérer partiellement le dragon corrompu. C’était cette même puissance qui avait réveillé le root-essaim sous la montagne. Elle comprenait maintenant que chaque geste qu’elle faisait était un écho de ceux de sa mère.
« Dis-moi ce que tu as fait aux dragons, » gronda-t-elle, avançant malgré les cendres qui tourbillonnaient autour d’elle.
Voss éclata d’un rire froid. « Ce que *j’ai fait* ? Je les ai sauvés. Sauvés de la liberté qui les tuait. Les dragons sont des créatures magnifiques, mais ils ne peuvent pas se reproduire libres, pas dans ce monde. Le lien de cavalier — ce lien si sacré — c’est une cage, Elara. Une cage dorée que mes ancêtres ont construite il y a des siècles. »
Le regard d’Elara vacilla. Cedric, à ses côtés, tenait son cristal qui crépitait dangereusement, des étincelles bleues courant à la surface. Il laissa échapper un sifflement de douleur et le serra contre sa poitrine.
« Arrête de bluffer, » lança-t-il, sa voix étranglée. « Tu aspires leur essence vitale. Tu les tues. »
Voss inclina la tête, amusée. « Je maintiens le lien artificiel. Sans lui, les races de cavaliers disparaîtraient en une génération. Les dragons libres — les derniers, comme celui que tu chevauches, petite — sont des mourants lents. La liberté n’est pas une bénédiction pour eux, c’est une malédiction silencieuse. Chaque battement d’aile libre accélère leur pourrissement. »
Les mots frappèrent Elara comme une lame glacée. Ce n’était pas de la cruauté gratuite. Voss le croyait. Pourtant, Elara sentait la vérité plus profonde vibrer sous la pierre, comme un écho de la terre elle-même.
Elle ferma les yeux une seconde. La connexion avec son dragon — ce lien si puissant, si aimant — lui murmurait autre chose. Elle percevait Son âme à travers le bond qui les unissait. Et pour la première fois, elle l’écouta vraiment, non pas comme une voix de surface, mais comme une résonance profonde. Le dragon ne se mourait pas à cause du manque de liberté. Il se mourait *à cause de ce que le lien artificiel lui infligeait*.
La vérité la transperça comme une flèche.
« Ce n’est pas la liberté qui tue, » dit-elle lentement, sa voix portée par une autorité nouvelle. « C’est le lien lui-même. Ton lien — le lien purificateur que tu maintiens par magie noire — il aspire leur force vitale à la place de la nourriture qu’ils tirent du monde libre. Les dragons libres ne meurent pas plus vite. Ils meurent *parce que le lien artificiel les vide*, que tu les consommes sous prétexte de les sauver. »
Le visage de Voss se figea. Dans ses yeux passa une fraction de seconde de pur choc — puis le masque retomba.
« Tu es meilleure que ta mère, » murmura-t-elle. « Elle n’a jamais osé toucher le cœur du mensonge. Elle a préféré fuir. »
« Elle est morte parce que tu l’as traquée, » dit Elara, la rage montant.
« Elle est morte parce qu’elle portait la même marque que toi. La marque du premier lien. Le lien pur. Celui qui peut libérer. » Voss fit un pas en avant, son dragon corrompu grondant derrière elle. « Et une libératrice ne peut pas exister pour moi. C’était simple, vois-tu. Une question de survie. »
Elara fixa la pierre sous ses pieds, le symbole maternel gravé à la surface. Tout convergeait là. La marque qu’elle portait n’était pas un héritage anodin — c’était la clé du premier rituel, celui que les anciens avaient scellé parce qu’il coûtait trop cher.
Le rituel de libération.
Celui qui brisait le lien survivant entre les dragons et les cavaliers. Qui rendait les dragons à la vraie liberté. Qui les nourrissait à nouveau — mais au prix de la vie même des cavaliers. Pas tous, non. Un seul. Chaque lien brisé nécessitait une âme pour sceller la rupture. Et Elara était la marque. Elle savait ce qu’elle devait faire.
Derrière elle, le rgol était intact. Mais l’entrée du root-essaim vibrait sous la plateforme, énorme, prête à consommer sa volonté.
« Si je brise les liens, » dit-elle, la voix ferme malgré la terreur qui montait, « tous les liens, les dragons pourront se nourrir seuls à nouveau. La maladie s’arrêtera. Mais le choc — le choc tuera des cavaliers. Et les dragons survivront. »
Voss l’observait, soudain perplexe. « Le rituel te consommera, Elara. Le premier lien se paie avec la première âme. Tu ne survivras pas à cette rupture. Tu ne survivras même pas au début. »
Elara regarda Cedric. Il haletait, le cristal à présent scintillant de toutes ses forces, des fissures courant à sa surface. Ses yeux reflétaient une agonie contenue.
« Tu es prêt ? » demanda-t-elle.
Il la regarda. Le silence entre eux pesait une éternité. Puis, il hocha la tête.
Ils n’avaient pas de plan alternatif. Le temps de Voss manquait, le cristal l’entraînait avec lui, mais il la suivrait.
Elara posa sa paume sur la pierre rituelle. Le marque de sa mère s’embrasa. Au-dessous, dans les profondeurs oubliées du root-essaim, la terre entière retint son souffle.
Elle ouvrit la bouche pour commencer les mots inscrits dans sa mémoire — les mots que sa mère lui avait transmis dans chacun de ses rêves d’enfant, les mots que Voss avait tués pour empêcher —
Voss hurla et traversa la distance, son dragon corrompu chargé. Mais il était trop tard. Le réseau du lien s’étendait à perte de vue dans l’obscurité autour de la plateforme, argenté, vulnérable, terrible. Elara vit chacun de ces fils, chacun des cœurs battants au bout. Et, au centre de la toile, elle vit le sien — le lien d’or, le plus lumineux de tous, lié à son dragon qui traversait le ciel du Nid de l’Aube pour la rejoindre.
Elle vit sa mère. Elle vit sa propre main d’enfant. Elle vit des siècles d’esclavage doré et de vies consumées sous prétexte de sauver des créatures que l’on n’avait jamais cherché à rendre vraiment libres.
« Serevyn, » murmura-t-elle, l’adresse ultime, le nom de son dragon.
Puis, la toile blanche explosa dans une lumière aveuglante, et Elara cédra le choc à travers elle-même, se jetant dans la fissure pour que tous les autres survivent.
La douleur, la vérité, le prix.
Puis la lumière. Puis plus rien.
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