Le Choix du Dernier Dragon
Lire le chapitre 38: The Ancestral Ruins
La montagne avala le silence. Elara marchait depuis trois jours, suivant les relevés du vieux chroniqueur, et chaque pas semblait arracher un peu plus de force à ses jambes. La veille, elle avait dû s'arrêter pour vomir une bile noire, et ses veines palpitaient d'une chaleur maladive. Elle ne regarda pas en arrière. Derrière elle, le sillage de détresse de sa reine s'étirait comme une déchirure dans le ciel.
Les ruines l'attendirent sans hostilité, perchées sur un éperon rocheux que le vent avait poli pendant des siècles. Des colonnes brisées s'élevaient vers un auvent de brume, et des glyphes couraient le long des dalles effondrées, patinées par la mousse. Elara s'agenouilla sur le seuil, la main posée sur la pierre. Une étrange douceur monta à travers la roche, comme si les fondations elles-mêmes se souvenaient d'avoir été aimées.
Elle sortit le rouleau de parchemin que l'érudit lui avait confié, mais les signes anciens se déformaient sous ses yeux affaiblis. Elle ferma les paupières, écouta. Il y eut un murmure, pas dans ses oreilles mais sous son sternum, là où la tresse de sa reine avait autrefois résonné comme une seconde langue. Elle rouvrit les yeux, et le langage se déploya.
Les glyphes ne racontaient pas un sort, mais une histoire.
« Quand le feu de la confiance s'éteint, les ailes oublient le vent, » lut-elle à voix haute, sa langue s'adaptant aux voyelles arrondies, aux consonnes raclées. « La malédiction du sang ne se brise que dans le vide. Le cavalier et la monture doivent tomber ensemble, sans filet, sans promesse de salut. Là où l'esprit refuse de douter, l'âme reprend son vol. »
Elle relut le passage, le cœur battant contre ses côtes. Une fosse à sacrifices s'ouvrait au centre de la salle effondrée, sa profondeur engloutie dans l'ombre. Une griffe de dragon était gravée au fond, pointant vers le ciel. Mais pas une corde, pas un mécanisme. Rien ne suggérait qu'un être vivant pût survivre à une telle chute.
Elara s'assit contre une colonne et respira longuement. Elle sortit l'anneau de Cedric de sa bourse et le fit tourner entre ses doigts, la lumière mince jouant sur le métal. Il avait été chaud à son départ de la cour, comme si l'esprit du garçon l'accompagnait encore. Elle le remit avec soin et déplia la dernière section du parchemin.
Le texte se terminait sur une liste de noms – les premiers cavaliers, ceux qui avaient scellé le pacte originel. En bas de page, une note marginale de la main d'un scribe plus tardif : « Aucun n'a jamais accompli l'épreuve. On murmure que la reine première préféra brûler avec son royaume plutôt que de lâcher la peur. »
Elle remballa le parchemin. Sa nuque la brûlait, et la fièvre brouillait sa vision à intervalles réguliers. Elle se força à explorer les ruines, grattant la mousse des murs pour déchiffrer les fresques. La plupart représentaient des dragons dansant au-dessus de vallées perdues, leurs ailes rayant le lever du soleil. Mais dans une alcôve effondrée, sous un tas d'ardoises, elle découvrit une fresque différente.
Deux figures – une femme et une dragonne – tombaient d'un promontoire. Leurs corps étaient entrelacés, et la dragonne avait le cou tordu vers sa cavalière, le regard non pas sauvage mais offert. Sous les lignes effacées, presque illisible : « Le vide juge le cœur. L'aile obéit à la foi. »
Elara toucha la paroi. La pierre était encore tiède.
Elle passa la nuit dans l'enceinte, adossée au mur de la fosse. Ses rêves furent intermittents : des cauchemars de Voss, une sorte de rivière de feu, puis, soudain, un silence vert et une fosse qui sentait le vieux cuir et le miel. Elle se réveilla en sursaut, roula son ballot et sortit de la salle.
Au bord du promontoire qui dominait la vallée, la brume se leva comme un rideau de théâtre, et Elara vit la forme de sa dragonne, minuscule dans le lointain, posée sur un affleurement. Ses ailes pendaient inertes. Elara leva la main, cherchant la tresse, mais la corde d'argent ne répondit pas. Seulement une pulsation faible, comme un cœur en train de s'éteindre.
Les heures passèrent. Elara étudia les relevés du chroniqueur encore et encore, jusqu'à ce que le parchemin s'use aux plis. Le rituel exigeait une chute depuis le plus haut sommet de la région : le pic que les ruines couronnaient, précisément. Elle inspecta le bord, les plis de la roche, la ligne de la fosse sacrificielle en dessous. Rien pour amortir, rien pour se rattraper.
Sa fièvre grimpa au crépuscule. Elle s'assit à la lisière, les jambes pendantes dans le vide, et parla à la dragonne absente à voix basse, comme elle le faisait dans les écuries quand elle n'était encore qu'une servante.
« Je t'ai attachée à moi sans demander, tu sais. Tu t'es baissée pour moi dans la cour, et j'ai cru que mon destin commençait. Mais mon destin, c'était toi. Pas la couronne, pas l'académie, pas les combats. Toi. »
Sa voix se brisa. Elle enroula ses bras autour de ses genoux, soudain terriblement petite contre le ciel.
« Si je tombe et que tu ne me rattrapes pas, j'aurai essayé. Si je tombe et que tu me rattrapes, alors nous aurons fini la course. Mais je ne veux pas tomber seule. Je ne le veux pas du tout. »
Elle ne s'entendit pas ouvrir la bourse, mais ses doigts trouvèrent l'anneau de Cedric et le serrèrent dans sa paume comme un talisman d'enfance. Le métal parut plus chaud que la fièvre. Elle le remit dans la bourse, non sans un pincement.
À l'aube, une averse fine traversa la brume. Elara marcha jusqu'au sommet du pic, là où les ruines s'achevaient en un à-pic nu, sans garde-fou. Elle laissa tomber son sac, son manteau, ses bottes, jusqu'à ne plus porter que sa tunique de route. Le froid la saisit, mais elle laissa le vent raviver ses os.
En bas, dans le vallon, la dragonne bougea. Elara sentit la pulsation dans sa poitrine se renforcer, comme un battement d'aile qui cherche sa mesure.
Elle se tourna vers le vide et parla à voix haute, non plus à sa reine, mais aux étoiles estompées.
« Je donne ma peur. »
Elle répéta la formule ancienne, les mots rugueux et avares, telle qu'elle les avait lus sur la fresque.
« Je donne ma peur. Je garde la confiance. Si je meurs, que ce soit dans le choix. Si je vis, que ce soit par toi. »
Elle revint sur ses pas, inspecta le sol jusqu'à trouver une piste ancienne, à peine visible, qui menait par un raidillon à une plateforme intermédiaire où la paroi s'évasait en une sorte de balcon naturel. Là, peut-être, une dragonne plus petite pourrait encore se poser si les ailes revenaient à l'instant précis. Mais ce n'était qu'une hypothèse, un espoir de charpentier, pas une certitude de cavalière.
Le soleil se leva, et sa lumière rampa le long de la vallée comme une main qui se tends. Elara revint au rebord le plus haut, embrassa du regard le panorama d'éperons rocheux et de forêts meurtries, puis s'engagea sur la corniche qui dévalait vers une seconde fosse, plus étroite, taillée par les intempéries. Elle devinait, quelque part en bas, un renfoncement sombre qui fumait légèrement dans la fraîcheur.
Elle s'arrêta au bord. La chute était immense, la roche lisse, et rien sous elle que le fond invisible du ravin.
Une vibration traversa la montagne. Elle chercha la tresse : la pulsation de sa reine monta soudain, brûlante comme une flamme sous la peau. Pas un appui. Une invitation.
Elara ferma les yeux. Dans l'écurie de son enfance, elle avait appris à lire le souffle des chevaux, à reconnaître le pas d'un esprit avant son corps. Maintenant, elle lisait le souffle de la montagne, la façon dont le vent remontait du ravin en ouragan doux, chargé de pollen, de givre et d'une odeur de vieux fer que les ruines avaient gardée.
Elle ouvrit les yeux.
« Je te crois. »
Elle se pencha, bascula, et le monde bascula avec elle.
La chute fut totale. Le vent lui arracha un cri, puis le silence prit le dessus. Les strates de la falaise défilèrent comme les pages d'un livre abandonné. La roche, la mousse, la brume, la roche. Elle ne lutta pas. Elle laissa son corps épouser le vide, sa poitrine ouverte.
Dans la fissure, sa reine déploya ses ailes.
L'ombre tomba sur elle l'instant d'après. Un choc mou, pas une collision – un berceau de cuir et d'écailles tièdes sous son dos, des pattes incurvées la ceinturant sans la blesser. Elara ouvrit les yeux sur un ciel qui tournoyait, ralenti, puis cessé.
Les ailes de la dragonne s'étendirent de part et d'autre du ravin comme des obsidiennes vivantes. Elles étaient entières, vibrantes, d'une santé insolente. Un grondement monta de la gorge de sa monture, non de douleur, mais de rire – un ronflement ancien, indulgent.
La dragonne se posa sur la plateforme intermédiaire, plia soigneusement ses ailes, et tourna son énorme tête vers Elara. Un œil vert phosphorescent s'ouvrit, puis l'autre. Dedans, Elara vit se refléter son propre visage – son visage, mais sans fièvre, sans fuite. Elle y vit la servante d'écurie et la cavalière en une seule image, rendue indemne.
Dans tout le royaume, loin des montagnes, les autres dragons levèrent la tête. Leurs ailes tremblèrent, se tendirent, se déployèrent, comme une respiration longue retenue depuis des jours. Et dans les écuries de l'académie, les œufs scellés sous la montagne émirent un grincement tiède sous leur coquille.
Elara s'assit dans le creux de l'épaule de sa reine, les jambes encore tremblantes, et enfouit son visage dans la peau tiède de son cou. Elle n'avait pas de mots anciens pour ce soir. Elle avait seulement le rythme d'une respiration qui n'était plus seule.
En bas, la vallée fumait du passage de l'aube, et quelque part, très loin, un cor retentit – un son clair, libéré, qui n'était pas un appel. C'était une réponse.
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