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Le Choix du Dernier Dragon

Lire le chapitre 8: Missing Rider

Les écuries sentaient le cuir, le foin et la sueur des dragons. Elara avançait entre les stalles, sa lampe à huile jetant des ombres tremblantes sur les murs de pierre. C'était la troisième nuit qu'elle arpentait ces allées, mémorisant chaque souffle, chaque battement d'aile.

Le box d'Ignis était vide.

Son cœur cessa de battre une seconde. Non. Elle se précipita vers la stalle, la main tendue, mais le portail était ouvert sur un espace désert. La paille était propre, la mangeoire pleine, et pourtant aucun signe de la robe turquoise de sa dragonne. Elara laissa échapper un cri étranglé, reculant contre la paroi opposée.

— Du calme, souffla une voix derrière elle. Elle sursauta, sa lampe vacillant.

Fiora se tenait là, sa pelisse trop grande pour elle, les cheveux en bataille.

— Qu'est-ce que je t'ai dit sur le fait de rôder la nuit ? chuchota la jeune fille en s'approchant. Tu vas te faire prendre par les gardes.

— Ignis a disparu, articula Elara, la gorge nouée. Il n'est plus là.

Fiora jeta un coup d'œil dans le box, un pli de perplexité barrant son front.

— Ce n'est pas celui de ta dragonne. C'est celui de sir Aldric.

Elara cligna des yeux. Elle avait cru reconnaître l'emplacement d'Ignis, mais dans le noir des écuries, toutes les stalles se ressemblaient. Elle regarda autour d'elle, repéra le marqueur de cuir orné d'un lion rampant.

— Sir Aldric, répéta-t-elle. Le chevalier qui...

— Qui a disparu il y a trois semaines, compléta Fiora d'une voix basse. Son dragon est toujours là. Les dragons de la garnison, ils les laissent, enfin, tu sais. Mais personne ne parle de lui.

Elara se pencha par-dessus la porte de la stalle. Le box était impeccable, plus que ceux des autres chevaliers. Pas trace de griffures sur le bois, pas de litière éparpillée. Un noyau de glace se forma au creux de son estomac.

— Ça fait combien de temps qu'il n'a pas été utilisé ?

— Depuis la disparition, selon ma source, murmura Fiora. Les palefreniers disent que la stalle est entretenue chaque jour pour qu'il soit prêt à son retour. Mais personne ne croit qu'il reviendra.

Elara passa la main sur le bois lisse. Là où les autres dragons s'agitaient la nuit, frappaient le sol de leur queue en signe d'impatience, celui-ci était silencieux. Trop silencieux.

— Où est son dragon ?

Fiora haussa les épaules.

— Dans les quartiers des bêtes réformées, je pense. Ceux qui sont trop vieux ou trop... enfin, tu sais. Ils les gardent au nord, là où on les envoie quand ils ne peuvent plus servir.

Le nord. Les mots de la dame Voss résonnèrent dans l'esprit d'Elara. Les dragons envoyés vers le nord avant que la maladie ne se propage. Le dragon de sir Aldric était-il là-bas aussi ?

— Je veux le voir, déclara-t-elle.

Fiora écarquilla les yeux.

— Tu es folle. Les quartiers des bêtes réformées sont sous le pavillon des chevaliers, en plein territoire de la garde. Tu ne passeras jamais.

— Alors montre-moi le chemin et je trouverai comment.

Une expression de dégoût mêlé d'admiration passa sur le visage de Fiora.

— Tu as un problème avec l'idée de te faire tuer, toi ?

— J'ai un problème avec les gens qui disparaissent sans laisser de traces, répliqua Elara.

Elles traversèrent le pavillon des chevaliers par un passage étroit qui longeait les cuisines. Les odeurs de graisse et de pain brûlé couvraient leurs pas. Fiora s'arrêta devant une lourde porte de chêne.

— Là. Les vieux dragons. Il y a une garde qui tourne toutes les heures. Si tu te fais prendre, je ne te connais pas.

Elara hocha la tête, chercha la poignée. La porte n'était pas verrouillée.

L'intérieur était faiblement éclairé, une seule torche éclaboussant de jaune les stalles plus grandes que celles des chevaliers. L'air était immobile, chargé d'un poids écrasant. Le dragon était au fond, encastré dans sa stalle, ses flancs se soulevant à peine.

Il ne ressemblait pas aux dragons qu'on montait. Sa robe, d'un vert profond, était parsemée de plaques d'un gris terne. Ses paupières étaient à demi closes. Quand Elara approcha, sa tête pivota avec une lenteur d'arthrite.

— Je ne suis pas venue pour te déranger, murmura-t-elle.

La créature souffla par ses narines. Un son qui ressemblait plus à un soupir qu'à un crachement.

— Tu l'as vu partir ? demanda Elara, s'accroupissant devant sa stalle. Sir Aldric ?

Le dragon émit un long râle, et Fiora, qui s'était glissée derrière Elara, tressaillit.

— Qu'est-ce que ce bruit ?

— Il parle, chuchota Elara, soudain consciente de la vibration qui courait dans le sol. Longtemps elle avait cru ce que les autres pensaient : que les dragons incapables de bouger n'avaient plus vraiment conscience. Mais ici, dans cette stalle, elle croyait presque comprendre les intonations.

— Qu'est-ce qu'il veut dire ? demanda Fiora.

— Je ne sais pas. Je ne suis pas...

Elara ferma les yeux. Elle se concentra sur ce frémissement, sur ce chant grave qui semblait provenir des os, pas de la gorge. Une image lui vint : un corbeau. Un corbeau zigzaguant au-dessus de la neige. Un homme en manteau de cavalier, le visage caché, marchant vers les ruines d'une tour.

— Il est vivant, énonça-t-elle d'une voix étranglée. Sir Aldric, il est vivant. Quelque part. Il essaie de...

Elle ouvrit les yeux. Le dragon la regardait, une lueur de supplication dans ses prunelles.

— Quand la maladie arrivera-t-elle ? demanda-t-elle, sans savoir pourquoi elle posait la question.

Le dragon ferma les paupières. Un long silence.

— Qu'est-ce qu'il a dit ? insista Fiora, s'approchant malgré sa frayeur.

Elara sentit la réponse monter en elle, non pas sous forme de mots, mais de courant glacé.

— Il ne le sait pas. Il sait seulement que quand elle viendra, il ne sera pas assez fort pour l'arrêter. Et il sait où elle commence.

Elle se releva, les jambes tremblantes.

— Tour de la Sentinelle. Le dragon m'a montré une tour dans les montagnes, au nord-est. C'est là qu'il faut chercher.

Fiora la saisit par la manche.

— Tu ne vas pas partir à l'aventure, toi aussi ? Tu n'as pas le droit de quitter l'académie sans autorisation.

— Je ne vais pas y aller. Pas encore. Mais j'ai besoin de le dire à quelqu'un. À quelqu'un qui pourra y faire quelque chose.

Son esprit se tourna vers la seule personne qui semblait savoir plus qu'elle ne disait. Cedric Marchett. Il avait offert de l'entraîner. Peut-être que son offre pouvait couvrir plus qu'un simple affrontement.

Elle sortit du bâtiment, le vent nocturne lui fouettant le visage. Dans le ciel, une étoile filante déchira la voûte noire, s'éteignant au-dessus des montagnes.

Là-bas. La tour de la Sentinelle.

Une journée de voyage si elle pouvait trouver un cheval. Une journée pour découvrir ce que les chevaliers de l'académie savaient sur la maladie, une journée pour comprendre pourquoi sir Aldric était parti sans laisser de message. Le lien entre sa disparition et le départ des vieux dragons se resserrait comme un nœud coulant dans sa poitrine.

Elle pressa le pas vers les dortoirs, le dragon vieillissant encore devant ses yeux. Il savait qu'il allait mourir. Et il savait quelque chose d'autre qu'il n'avait pas pu lui dire. Elara sentait l'absence, ce vide béant comme une blessure dans son esprit : il manquait des mots. Des mots qu'elle n'avait pas encore appris à comprendre.

— Demain, murmura-t-elle dans le vent. Demain, je trouverai la réponse.