Le Choix du Dernier Dragon
Lire le chapitre 9: Forbidden Library
La porte de la bibliothèque interdite céda avec un grincement à peine audible, et Elara retint son souffle. Le couloir derrière elle restait désert, baigné dans la lueur bleutée des lampes nocturnes. Fiora lui avait donné le mot de passe des gardes de quart — une dette qu'elle paierait cher si on les découvrait.
Seule dans les ténèbres parfumées de vieux papier et de cire, Elara referma derrière elle. Ses doigts trouvèrent le verrou et le poussèrent. Trois heures. Elle avait trois heures avant que le garde ne repasse et ne trouve la porte fermée, ce qui la trahirait. Trois heures pour trouver une réponse dans ce labyrinthe de volumes poussiéreux.
Elle alluma une lanterne sourde, en régla la flamme au minimum et s'enfonça dans les rayonnages. La bibliothèque réservée des instructeurs. Là où les manuels n'allaient pas.
Dragon. Santé. Maladies. Elle cherchait ces mots gravés sur les dos des ouvrages, mais les titres étaient en vieux altérien, une langue qu'elle ne savait lire qu'instinctivement — ce qui, ironiquement, lui donnait un avantage sur les nobles qui s'enorgueillissaient d'études classiques. Les symboles s'assemblèrent dans son esprit sans qu'elle ait à les déchiffrer.
*Maladies de l'èole ailée*. *Traité de la peste noire des années 885*. *Les Humors des grandes bêtes*.
Elle ouvrit ce dernier. Les pages étaient fragiles, presque transparentes, et illustrées d'aquarelles d'une précision remarquable. Des dragons — toutes espèces, toutes tailles. Les légendes décrivaient les tempéraments que chaque humeur régissait. Elara parcourut les chapitres maladivement vite, sa lecture glissant au lieu de s'attarder.
Rien. Rien sur un mal qui se répandrait de dragon en dragon indépendamment des contacts. Rien sur des marques d'ombre, ces zébrures noires que Cedric lui avait décrites sur l'aile de son dragon.
Le temps glissait. Elle avait déjà parcouru deux étagères entières quand son regard s'arrêta sur un volume bizarrement placé — à l'envers, comme si quelqu'un avait voulu le cacher à la hâte. *Réfutation des externalités minérales dans la pratique équestre ancienne*, par un certain Maître Olvan de la tour de l'Aube. Trois siècles d'âge, l'estampille des premiers jours de l'académie, avant qu'elle ne devienne ce qu'elle est.
Elara le tira. Il s'ouvrit naturellement à une page marquée — comme s'il avait été consulté récemment. Elle approcha sa lanterne. L'encre était fanée mais lisible, et un paragraphe était entouré d'un trait à la craie rouge, fraîche, qui déteignit sous son pouce. Fraîche. Dessinée il y a quelques jours peut-être.
Elle lut lentement, passant sur les mots altériens comme un ruisseau contourne les pierres. Maître Olvan y décrivait sa théorie : certains minerais fins, travaillés dans la fabrication des selles et harnais, pourraient libérer des poudres invisibles sous la friction du cuir contre le frottement des écailles. Des années durant, ces poussières s'infiltreraient par les écailles internes, celles qui étaient poreuses, et obstrueraient les canaux de leur magie vitale. L'auteur nommait ce poison lent et presque imperceptible : le fléau de cuir.
Il mentionnait une expérience. Il avait équipé des dragons de selles contenant de la gallite, un minerai noirâtre commun, et d'autres avec des selles de pure peau insensibilisée. Après une décennie, les premiers présentaient des taches sombres sur les ailes, puis dépérissaient, semblant accablés. Les seconds demeurèrent en pleine santé.
La page était cornée à cet endroit. Le trait rouge s'arrêtait exactement au mot *gallite*.
Elara relut. Les doigts tremblants, elle revint en arrière et chercha d'autres mentions de ce minerai dans les rayonnages environnants. Elle trouva un atlas des matières premières du royaume — la gallite y était mentionnée comme un minerai commun, utilisé pour rigidifier le cuir sans le faire craquer. Les selliers de l'académie en commandaient chaque trimestre. Il y avait des factures d'achat, même, copiées dans un registre sur l'étagère du dessous.
Ses mains glacées laissèrent le livre ouvert. Elle revit les dragons du matin — ceux qui restaient encore aux écuries — leurs yeux ternes, leurs ailes légèrement tombantes. Elle se rappela que les plus vieux, ceux qu'on avait emmenés au loin sous couvert de « quarantaine », étaient ceux qui avaient été sellés depuis le plus longtemps. Les jeunes, dont la peau était plus dure et les écailles moins usées, n'étaient pas encore suffisamment exposés.
Mais Ignis. Ignis était encore jeune. Signe qu'il garderait peut-être quelques mois. N'importe quel calculateur aurait dit : assez pour passer l'été. Et ensuite ?
Elle feuilleta fiévreusement le registre des armes et équipements militaires, cherchant une date, une signature. En bas d'une colonne, elle trouva une commande spéciale récente, annotée d'une écriture qu'elle connaissait trop bien. Lady Voss. La commande portait glose : « renouveler garnitures de selles pour toutes montures de l'académie — en gallite résineuse, pour favoriser la tenue en conditions humides ».
C'était signé. Daté. Scellé.
L'académie ne soignait pas les dragons. Elle les empoisonnait.
Elara referma le registre avec un bruit sourd, se figea, tendit l'oreille. Des pas — au loin, dans le couloir principal. Elle souffla la lanterne et compta ses battements de cœur jusqu'à ce que le silence revienne.
Elle resta immobile longtemps, dans l'obscurité complète, les mains posées sur le livre de Maître Olvan. Une part d'elle voulait croire que c'était une erreur. Une autre, plus lucide, savait que Lady Voss était trop méticuleuse pour laisser une commande de cette nature à un hasard. Pourquoi acheter volontairement un minerai qui rendait les dragons malades ? Pourquoi le faire appliquer aux selles de tous les animaux de l'école ?
Le mot lui vint, douloureux. Contrôle. Voss l'avait dit elle-même sous sa tente, quelques jours plus tôt. Les dragons devaient partir avant que la « maladie » se répande. Mais si la maladie était fabriquée, alors c'était elle qui s'en servait pour éliminer ceux qu'elle ne pouvait pas gouverner. Les grands, les fiers. Les indomptables.
Et le plus indomptable de tous — le dernier dragon libre — vivait dans l'écurie nord, sellé chaque semaine avec un harnais neuf que les deux élèves compétents de l'atelier avaient récemment fabriqué.
Ignis.
Elara saisit le livre d'Olvan, le registre des commandes. Elle enfila l'un dans la ceinture de sa robe, le second dans son gilet. Elle retraversa la salle dans une urgence nouvelle, son ombre s'étirant dans les rayons faibles qui filtraient sous la porte.
Elle n'irait pas voir Lady Voss — pas encore. Elle n'avait aucune preuve que la femme ne la ferait pas taire. Elle n'avait que Cedric, ce rival trouble dont la motte d'ombres au centre de ses motivations lui restait inconnue. Le dragon de Cedric portait la marque. Sa famille lui avait écrit pour l'avertir. S'il savait quelque chose, il brûlait de s'en défaire ou de le garder — il fallait le découvrir.
Dehors, le vent soulevait des feuilles mortes. Elara prit une longue inspiration et s'élança vers les écuries, les deux livres pressés contre sa poitrine. Derrière elle, le croissant d'une lune basse éclairait un visage qui l'observait depuis la tour de guet. Un visage qui, lorsqu'elle se retourna, avait déjà disparu dans les ombres du col.