Le Codex Mortel
Lire le chapitre 13: The Ashes of Trust
La salle capitulaire sentait le renfermé, le bois ciré et la peur. Eliza avait la nuque raide d'avoir attendu, immobile, face aux sept masques de bronze qui la dévisageaient depuis leurs niches murales. Le conseil avait parlé. Elle avait écouté. Julian, à sa gauche, n'avait pas bougé d'un muscle, mais elle sentait la tension vibrer sous sa veste de tweed comme la corde d'un arc.
« L'épreuve de loyauté, répéta-t-elle lentement. On me demande de prouver que je suis digne du serment que j'ai déjà prêté. »
Le magistrat — un homme dont le masque représentait un renard aux yeux vides — pencha la tête. « Vous avez exposé nos failles, Dr Hart. Vous avez menacé un membre éminent. Le Murmure ne pardonne pas l'anarchie. Vous prouverez votre constance en vous soumettant à la Traversée. Seuls les loyaux en reviennent.
— Et si je refuse ?
— Vous connaissez le prix. »
Le prix, c'était l'effacement. La radiation du Codex, la destruction de son dossier, de ses recherches, la fin de sa carrière avant même qu'elle n'ait commencé. Eliza avait lu les clauses dans les statuts volés la semaine précédente. Le Murmure, fondé en 1847, ne laissait aucun survivant à son exclusion.
Elle acquiesça. Que faire d'autre ?
Julian la rejoignit dans le cloître, sous la pluie fine. Ses semelles crissaient sur les dalles humides. « Tu n'aurais pas dû accepter sans renégocier.
— Renégocier quoi ? Qu'ils me croient sur parole ? Je suis déjà la femme qui a menti sur une note de bas de page. La femme qui a menacé un voleur. Ils me demandent de danser à leur rythme, alors je danserai.
— La Traversée n'est pas une danse. C'est un labyrinthe. Le premier étage des caves, sous la Bodléienne. Les candidats y entrent seuls, avec un seul objet.
— Quel objet ?
— Ce qu'ils choisissent. Leurs souvenirs, leurs peurs, leurs secrets. Tout ce qui peut être utilisé contre eux est récupéré, pesé, jugé. »
Eliza s'arrêta, laissant la pluie mouiller ses cheveux. « Et toi ? Tu l'as passée, cette Traversée ?
— Tous les membres la passent. Personne n'en parle après. »
Elle étudia son visage — la cicatrice fine qui coupait son sourcil, la façon qu'il avait de ne jamais tenir en place, comme si quelque chose le poussait toujours à fuir. Depuis la séance du conseil, elle avait compté ses alliés. Elle n'en avait aucun. Pas même lui, peut-être.
« Julian, dit-elle doucement. Pourquoi m'accompagner jusqu'ici ? Tu es en disgrâce. Whitmore veut ta peau. Ashworth ne te regarde plus. Tu as tout à perdre à rester près de moi. »
Il rit, sans joie. « Parce que je n'ai que ça. Perdre. C'est une position intéressante, tu sais. On n'a plus rien à préserver. »
Ce n'était pas une réponse. Eliza l'avait appris des manuscrits anciens : les silences entre les mots contenaient souvent plus de vérité que le texte lui-même. Le silence de Julian disait : tu es mon pari, ma dernière carte.
Ils marchèrent jusqu'au Warrington par les ruelles désertes. Les lampes à gaz projetaient des ombres tordues sur les murs de pierre. Eliza n'avait pas parlé à son père depuis le retour de celui-ci de la Corse. Mais elle pensait à lui — à la phrase qu'il avait laissée dans les marges du Properce : *la dette est collective, mais le sacrifice est toujours personnel.*
« Écoute, dit-elle soudain. Avant de confronter quiconque, je veux savoir une chose. Ta liaison avec Ashworth. C'était pour l'amour, ou pour l'informer ? »
Julian s'immobilisa. Il ne la regarda pas, mais son buste se raidit dans le col. La pluie dessinait des perles figées sur ses épaules.
« Tu crois que je te livre à Whitmore ? demanda-t-il enfin.
— Je crois que tout le monde me livre à quelqu'un. Mon père, ma mère, le conseil, Morrow, toi. J'ai cessé de lire les intentions des autres. Je ne lis plus que les actes. »
Il se tourna vers elle. Ses yeux, d'ordinaire chaleureux, s'étaient refroidis comme le bronze des masques. « Alors lis ceci : j'étais à l'appartement de Marcus la nuit où il est mort. Il m'avait demandé de venir. Il m'a dit qu'il voulait rendre l'anneau, mais pas au conseil. À toi. Il a parlé d'une lettre, d'une page 141, d'un nom que je n'ai jamais entendu avant : le Bibliothécaire. Puis il s'est levé pour verser du whisky, et il s'est effondré, sans raison apparente. Je suis resté figé, incapable d'appeler à l'aide, parce que j'avais peur d'être accusé. C'est un fait. Je vis avec. »
Eliza laissa la pluie glisser sur son front. Elle avait l'impression de tenir un fil de soie : fragile, mais réel.
« Tu te souviens de son visage ? demande-t-elle.
— Il souriait. Étonnamment. Comme si la mort arrivait juste au bon moment. »
Ils reprirent leur marche. Devant la porte du Warrington, Julian s'arrêta, la main sur la poignée de bronze. « Eliza. Tu ne me fais pas confiance. Je ne te fais pas entièrement confiance non plus. Le conseil l'a bien vu. C'est peut-être pourquoi ils nous ont ordonné à tous les deux de nous surveiller mutuellement pendant la Traversée. Le loup garde le mouton, et le mouton garde le loup. »
Elle le dévisagea, puis se mit à rire — un rire court, sans joie. « C'est ça, leur épreuve. Nous faire douter l'un de l'autre. »
Elle poussa la porte. Le silence feutré de la bibliothèque l'enveloppa comme une robe de deuil.
Tom Morrow se tenait derrière le comptoir, plié sur un registre poussiéreux. Quand il leva la tête, Eliza lut dans ses yeux une lassitude qu'elle connaissait : celle de vivre sous surveillance. Il ne sourit pas, ne salua pas. Simplement, son regard glissa vers la salle de consultation, au fond, où l'ombre d'une silhouette se détachait entre les rayons.
« Quelqu'un vous attend, dit-il d'une voix aussi neutre qu'un téléscripteur.
— Qui ?
— Quelqu'un qui connaît votre mère. »
Eliza échangea un regard avec Julian, puis avança. Elle laissa Morrow derrière elle — mais pas sans remarquer que le vieil homme avait glissé un billet plié sous le registre, à sa portée. Elle le saisit sans ralentir, le cacha dans sa manche.
Dans la salle de consultation, une femme tournait les pages d'un manuscrit enluminé. Elle était petite, vêtue de gris, les cheveux coiffés en chignon. Quand Eliza approcha, elle leva les yeux.
« Dr Hart. Mon nom est Cecily Wren. »
Le nom la frappa comme une décharge électrique. Wren. Le patron. La femme poursuivit, sans lui laisser le temps d'assembler ses pensées : « Je ne représente pas mon père. Je représente autre chose. Un intérêt que nous partageons, vous et moi. La survie du Murmure, oui, mais aussi sa purification. Certaines ordures doivent être jetées, Dr Hart. Je crois que vous êtes d'accord. » Elle poussa une feuille de papier vers Eliza. Un ordre de transfert. Un coffre, à la Barclays, au nom d'Alice Hart, date : 1974.
« Votre mère n'a jamais été membre, dit Cecily tout bas. Elle était bien plus. Elle était le regard du Bibliothécaire. Elle voyait tout, enregistrait tout. Et quelqu'un l'a éliminée parce qu'elle savait. Votre père, Eliza, n'est pas le seul responsable de votre dette. »
Eliza prit la feuille, les doigts tremblants. Une date, un lieu, un nom de banque. C'était peu. C'était beaucoup.
« Pourquoi moi ?
— Parce que la Traversée n'est pas une punition. C'est un filtre. Les indésirables y restent, les élus y passent. Vous allez y entrer avec des mensonges, et vous en sortirez sans eux. C'est l'opportunité de votre vie. »
Cecily se leva, rangea le volume, et s'éclipsa par une porte latérale comme si elle n'avait jamais existé. Le silence se referma sur le claquement sourd de la serrure.
Julian attendait dans le hall, adossé à la porte. « Alors ? »
Eliza glissa la feuille dans la poche de sa veste, sous le billet de Morrow. Sa main tremblait encore. Elle chercha ses mots, mais seule une idée lui vint, nette comme une lame : plus jamais je ne croirai quelqu'un sur parole. Pas même moi.
« Nous entrons dans la Traversée, dit-elle enfin. Et nous en sortons. Ou nous ne sortons pas. »
Elle passa devant lui, dans la pluie, laissant le Warrington derrière elle — sans un regard pour Tom Morrow, qui suivait toujours son ombre.
Mais plus tard, dans sa chambre, quand elle déplia le billet volé, elle lut, en écriture saccadée : *Alice n'est pas morte par accident. On l'a tuée après qu'elle a vu la page 141. Marcus l'a copiée avant de disparaître. Trouvez le Bibliothécaire. Il est encore en vie.*
Eliza relut trois fois. Le papier sentait la poussière et l'humidité des vieux livres. La pluie crépitait contre sa vitre, comme des doigts pressés tambourinant sur du verre.
Elle se souvint du sourire de Marcus dans son cercueil — ce sourire que Julian avait décrit, celui d'un homme qui avait enfin trouvé ce qu'il cherchait.
Elle rangea le billet dans le même coffret que la photographie de sa mère et de Morrow, puis referma. Le silence de la chambre était épais, presque suffocant.
Demain, elle entrerait dans la Traversée.
Ce soir, elle apprenait à ne plus avoir peur de l'obscurité.
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