Le Codex Mortel
Lire le chapitre 26: The Bitter Truth
La pluie battait les vitres du vieux café d'Iffley Road quand Julian poussa la porte, secouant son imperméable trempé. Eliza leva les yeux de sa tasse de thé refroidi — elle n'avait pas dormi, n'avait pas mangé, n'avait fait que regarder le téléphone posé sur la table, attendant un signe qui ne venait pas depuis trois jours.
« C'est fait, » annonça-t-il en s'asseyant en face d'elle. Il posa une enveloppe officielle sur la nappe tachée. « Ton exonération complète. Le rapport interne conclut à une erreur de procédure. Whitmore avait falsifié les preuves contre toi. Tu es réintégrée à l'université. »
Eliza ne toucha pas l'enveloppe. « Et Wren ? »
« Mort. Le cœur, officiellement. L'autopsie ne montre rien d'autre. »
« Et Alice ? »
Julian marqua une pause. Cette pause, Eliza l'avait appris à la lire — c'était le moment où il décidait de lui dire la vérité ou de la protéger. Par le passé, il avait souvent choisi la protection. Cette fois, son regard resta droit.
« Ta mère a été localisée. Elle est en garde à vue à la station de Kidlington. Elle demande à te voir. »
Eliza sentit quelque chose se briser puis se ressouder dans sa poitrine, une douleur familière. « Elle demande à me voir. Après douze ans de silence. Après m'avoir laissée la croire morte. »
« Elle dit avoir des informations. Sur ton père. » Julian hésita encore. « Elle dit que tu ne connais pas toute l'histoire. »
« Je ne connais pas toute l'histoire ? » Eliza rit — un son sec, sans joie. « Je ne connais même pas le premier chapitre de l'histoire. Personne ne m'a jamais raconté l'histoire. J'ai dû deviner, assembler les pièces d'un puzzle dont j'ignorais l'existence. » Elle se leva, saisit son manteau. « Alors allons-y. Allons écouter la suite. »
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La salle d'interrogatoire était petite, blanche, sans fenêtres. Alice Hart était assise de l'autre côté de la table, les mains menottées devant elle, le visage pâle mais les yeux vifs — les mêmes yeux qu'Eliza voyait dans son miroir.
« Laisse-nous, » dit Alice à Julian.
« Je ne peux pas — »
« Laisse-nous. » Sa voix était basse, autoritaire. « Elle est ma fille. Je ne vais pas la tuer. »
Julian regarda Eliza. Elle hocha imperceptiblement la tête. Il sortit, la porte se referma derrière lui avec un cliquetis.
Un long silence s'installa. Eliza s'assit en face de sa mère, les mains à plat sur la table, consciente de la distance infinie entre elles.
« Tu as douze ans, » commença Eliza. « Douze ans de mensonges. Tu veux me parler de papa ? Parle. Mais sache que je ne croirai pas un mot de ce que tu dis. »
Alice sourit tristement. « Tu as toujours eu ce regard. Le même que ton père. Cette obstination tranquille. »
« Ne parle pas de lui. Tu n'en as pas le droit. »
« Je n'ai peut-être pas le droit. Mais je suis la seule à connaître la vérité. » Alice se pencha en avant, ses chaînes cliquetant contre la table. « Écoute-moi. Vraiment. Et après tu pourras me haïr — tu me haïras quand même — mais au moins tu sauras. »
Eliza ne répondit pas. C'était un consentement, d'une certaine manière.
« Ton père n'est pas mort parce que Wren l'a tué, » dit Alice. « Il est mort parce qu'il était le garant de trop. Parce qu'il avait découvert la vérité sur la Gardienne — sur le rôle qu'elle jouait dans le Codex. Il venait de comprendre que le Codex n'était pas un livre, Eliza. Jamais. C'était un réseau. Une famille, des familles entières, liées depuis des générations par des secrets qu'elles se transmettaient comme des héritages maudits. Le livre que nous cherchions n'était qu'un leurre. La vraie protection du réseau, ce sont les fils. Les relations. Le sang. »
« Ne me fais pas de métaphores. Donne-moi des faits. »
Alice ferma les yeux un instant. « D'accord. Voici le fait. Ton père n'est pas mort en 2007 parce qu'il avait refusé de révéler le nom de la Gardienne. Il est mort parce qu'il a découvert que ta grand-mère — ma mère, Eileen Hart — avait été la Gardienne pendant quarante ans. Et que la dernière volonté d'Eileen, avant de mourir, avait été que je prenne la relève. Que je devienne la Gardienne. Ton père l'a appris et il est venu me confronter. Il m'a dit que je devais briser la chaîne. Que je ne pouvais pas élever notre fille dans ce mensonge. Que le Codex était une malédiction et que je devais y mettre fin. »
Eliza sentit le sol se dérober sous elle. « Il t'a confrontée. Et après ? »
Alice détourna le regard. « Il a été tué. Wren l'a tué. Pas parce qu'il avait découvert le secret — parce que Wren avait découvert que je comptais trahir la société. Il a pris ton père pour m'atteindre. Pour me montrer le prix de la défection. »
« Alors tu as couvert son meurtre. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Alice releva les yeux, et pour la première fois, Eliza vit quelque chose qu'elle n'avait jamais vu chez sa mère : une vulnérabilité brute, sans fard. « Parce que je t'avais. Parce que si je m'étais rebellée, Wren aurait pris toi aussi. Je suis restée pour te protéger. J'ai simulé ma mort pour briser l'emprise de la société sur nous. Pour te libérer du Codex. Pour que tu n'aies jamais à choisir entre ta famille et ton âme. »
« Et regarde comme ça a bien marché, » cracha Eliza. « Tu m'as laissée seule. Tu m'as laissée me débattre dans ce monde de mensonges. Tu m'as laissée croire que je devenais folle, que je voyais des fantômes. »
« Je sais. » Alice tendit la main, mais Eliza recula comme si on l'avait brûlée. « Je sais ce que je t'ai fait. Et je sais que ça ne se répare pas. Mais écoute-moi encore une chose, et après, je répondrai à tes questions. »
Eliza la regarda. Le silence s'étira.
« Le jour où il est mort, ton père avait une clé. Une clé qu'il a reçue d'Eileen la semaine où elle est morte. Il n'a jamais su ce qu'elle ouvrait — il l'a cachée en lieu sûr, chez nous, dans la maison de Summertown. Il m'a dit que si quelque chose lui arrivait, je devais te la donner. »
Eliza fit involontairement un geste vers la poche intérieure de son blouson. La clé de fer, retrouvée dans les cendres. Elle ne répondit rien.
Alice suivit le mouvement. Ses yeux s'agrandirent. « Tu l'as. Tu l'as trouvée. »
« C'est toi qui as brûlé la maison ? » demanda Eliza soudain, la voix dure. « Quand tu as simulé ta mort. Tu as pris le Codex et tu as brûlé notre maison. »
Alice secoua la tête lentement. « Non. Ce n'est pas moi. Quand j'ai simulé ma mort, j'ai laissé une seule chose dans cette maison : un carnet à destination de Wren, pour lui faire croire que je partais en emportant les secrets du réseau. C'était une piste pour l'éloigner de toi. Quelqu'un d'autre a brûlé la maison cette nuit-là. J'ai toujours pensé que c'était lui. »
« Qui ? »
Alice la regarda droit dans les yeux. « Je ne le sais pas. Mais Wren n'était pas son nom. Elle n'a jamais été son nom. » Elle se tut, puis murmura : « La Gardienne avant Eileen. Wren — le vrai Wren — était une femme. Ta grand-mère l'a remplacée. Mais la femme que vous appelez Wren, celle qui a ordonné la mort de ton père, celle qui est morte dans ta bibliothèque… c'était Eileen. Ta grand-mère. Ma mère. »
Eliza se leva brusquement, la chaise raclant le sol. Sa tête tournait. Sa grand-mère. La vieille femme douce qui lui apprenait le latin, qui lui offrait des biscuits au gingembre dans une boîte en métal… C'était elle. Elle avait dirigé la société. Elle avait ordonné le meurtre de son propre gendre. Elle avait fait de sa fille un instrument.
Alice pleurait silencieusement, le visage baissé vers ses menottes. « Je sais. Je sais ce que je te fais en te disant ça. Mais tu avais le droit de savoir qui était vraiment ta famille avant de décider ce que tu feras de cette clé. »
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Eliza sortit dans la pluie, tremblante. Julian l'attendait sous l'avancée du commissariat, les mains dans les poches.
« Tu veux m'en parler ? »
« Non. » Elle descendit les marches d'un pas rapide, les flaques éclaboussant ses chaussures.
Julian la rattrapa. « Où tu vas ? »
« Chercher des réponses. » Dans sa poche, elle serrait la clé de fer dans son poing. « La maison de Summertown. Si quelqu'un a brûlé le reste, il y a forcément quelque chose qui a survécu. Une serrure. Un coffre. Quelque chose que ma mère — que personne — n'a jamais su trouver. »
Julian la dévisagea un instant, puis haussa les épaules. « Tu vas avoir besoin d'un chauffeur. »
Elle ne répondit pas. Mais elle ne l'arrêta pas quand il ouvrit la portière de sa voiture.
Il était peut-être un menteur, un manipulateur, un policier au passé équivoque. Elle ne lui faisait plus confiance. Mais elle avait besoin d'un témoin. Un témoin pour la vérité qu'elle découvrirait dans les ruines de son enfance — ou pour le mensonge qu'elle découvrirait dans sa tombe.
La pluie tombait de plus en plus fort sur Oxford, comme pour effacer les traces du passé avant qu'Eliza ne les retrouve.
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