Le Codex Mortel
Lire le chapitre 27: The Lost Brother Found
Le téléphone de Viv vibra sur la table en chêne du pub, et son visage — d'ordinaire si placide — se décomposa. Eliza, assise en face d'elle, vit la main de son amie trembler lorsqu'elle saisit l'écran.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Eliza, la gorge serrée.
Viv ne répondit pas tout de suite. Elle fixa le message, le relut trois fois, puis leva des yeux embués vers Eliza.
« C'est Tom. Il est vivant. »
Le silence qui suivit fut si épais qu'Eliza entendait les glaçons tinter dans son gin tonic. Tom Hart. Son frère. Porté disparu depuis des mois, présumé mort après l'incendie de la maison familiale. Celui que tout le monde — elle comprise — avait pleuré.
« C'est une blague, souffla Eliza. Quelqu'un a pris son téléphone, ou... »
« Non. » Viv tourna l'écran vers elle. Le message était court, écrit dans un français approximatif que Tom n'aurait jamais utilisé, mais signé de son nom. Avec un lieu. Un seul mot : *Summertown*. Et une adresse : l'ancienne maison des Hart, ou ce qu'il en restait.
« Il dit qu'il se cache là-bas depuis l'incendie, murmura Viv. Qu'il a vu quelque chose. Quelque chose qu'il ne peut pas mettre par écrit. »
Eliza sentit son sang se glacer. L'incendie. Celui qui avait ravagé leur maison, celui dont personne n'avait jamais revendiqué la responsabilité, celui qui était censé avoir tué son frère. Et Alice, sa mère, qui lui avait laissé entendre que tout cela n'était qu'une manipulation de la grand-mère disparue, Eileen Hart, la vraie Lord Wren.
« Il faut que j'y aille, dit Eliza en se levant.
— Pas sans moi, répondit Viv. Ni sans lui. » Elle désigna d'un signe de tête Julian, qui venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte, un verre de whisky à la main.
Eliza hésita. Julian. L'investigateur. L'homme qui avait failli la faire arrêter. Le seul allié — certes fragile — qui lui restait dans ce labyrinthe de mensonges.
« Tom ne me fait pas confiance, dit-elle. Et tu ne me fais pas confiance non plus, Julian. Mais mon frère vient de se manifester après des mois de silence. Je ne vais pas laisser cette occasion filer. »
Julian posa son verre sur le comptoir. Son regard était indéchiffrable.
« S'il a vu Whitmore et Marcus se battre, comme tu le penses, il est en danger. Vous êtes tous les deux en danger. Alors oui, je viens. »
La nuit était tombée sur Oxford, et les lampadaires projetaient des halos jaunes sur les pavés humides lorsque la voiture de Julian s'engagea dans Banbury Road, puis dans les rues plus étroites de Summertown. La maison des Hart — ce qu'il en restait — se dressait au bout d'une impasse, silhouette noircie contre le ciel étoilé. Les fenêtres n'étaient plus que des orbites vides, le toit effondré en son centre, et l'odeur de bois brûlé flottait encore, des mois après le drame.
« Il est là-dedans ? demanda Viv à voix basse.
— C'est ce qu'il prétend. »
Julian coupa le moteur. La nuit était si calme qu'Eliza entendait son propre cœur battre. Elle se souvint de l'iron key, celui qu'elle avait récupéré dans les cendres du Codex. Il devait ouvrir quelque chose, ici, dans cette ruine. Mais quoi ?
« Je vais seul », annonça Eliza.
« Absolument pas », rétorqua Julian en même temps que Viv.
Elle les ignora. Sortit de la voiture, s'avança vers le portail rouillé qui gémit sur ses gonds. L'air sentait la cendre et l'humidité, un mélange âcre qui lui serra la gorge. Elle marcha lentement, enjambant des débris de poutres calcinées, des morceaux de tuiles, des pages de livres — des milliers de pages qui avaient tapissé le bureau de son père.
« Tom ? » appela-t-elle, la voix rauque.
Un bruit. Derrière elle. Elle pivota, le cœur en panique, et vit une ombre se détacher de l'obscurité sous l'escalier en colimaçon, à moitié effondré. L'ombre s'avança dans la lueur lunaire.
Tom Hart était méconnaissable. Son visage était creusé, couvert d'une barbe de plusieurs semaines, ses vêtements en lambeaux. Mais ses yeux — les mêmes yeux bleus qu'Eliza connaissait depuis l'enfance — la fixaient avec une intensité presque sauvage.
« Eliza. » Sa voix craqua.
Elle courut vers lui, se heurta à lui, le serra si fort qu'il grimaça. Il sentait la sueur et la terre, la peur et la survie. Il la tenait comme un naufragé tient une bouée.
« Je croyais que tu étais mort, murmura-t-elle contre son épaule.
— C'était le but », répondit-il en s'écartant. Ses mains tremblaient. « Tout le monde devait me croire mort. Surtout Whitmore. Surtout Marcus. »
Eliza recula.
« Tu as vu ce qui s'est passé, n'est-ce pas ? La nuit de la mort de Whitmore ? »
Tom hocha la tête. Ses yeux se perdirent dans le vide.
« J'étais là. Je planquais dans les combles de leur maison de campagne. J'avais découvert qu'ils préparaient quelque chose — un coup contre papa, je ne savais pas quoi. Je voulais des preuves. » Il avala avec peine. « Whitmore est arrivé avec Marcus. Ils se sont engueulés. Une vraie violence. Whitmore a dit qu'il allait tout révéler, que le Gardien avait dépassé les bornes, qu'il refusait de continuer à couvrir les meurtres. »
Eliza retint son souffle.
« Marcus l'a frappé. C'était... c'était un animal. Il l'a frappé encore et encore. Et puis il a sorti un couteau et... » Tom ferma les yeux. « Je n'ai pas réussi à le regarder jusqu'au bout. Je me suis enfui. Mais j'ai pris quelque chose avant de partir. »
Il se tourna, souleva une planche de bois calciné, et en retira une pochette en plastique noir. Il la tendit à Eliza. Elle l'ouvrit d'une main tremblante. À l'intérieur, un enregistreur numérique, fissuré, avec une étiquette portant la date du meurtre.
« J'avais activé l'enregistreur de Whitmore avant la dispute », expliqua Tom. « J'avais peur pour lui. J'avais peur de Marcus. C'est la preuve — tout est dessus. Les menaces de Marcus. Sa confession. Et les noms des autres membres des Archai. »
Eliza serra l'enregistreur contre sa poitrine. C'était la pièce manquante. La preuve tangible qui pouvait faire tomber les Archai, et peut-être démasquer le Gardien.
« Tom, dit-elle doucement. Qui était le Gardien ? Est-ce que tu l'as entendu le dire ? »
Son frère hésita. Quelque chose passa dans ses yeux — une ombre.
« Marcus a dit un nom. Pas le sien. Celui de celui qui donnait les ordres. Mais il a parlé très vite, au début de la dispute. Je n'ai pas tout saisi. »
« Répète-moi ce que tu as entendu », insista Eliza.
Tom la regarda longuement, puis baissa la voix :
« Il a dit : "Tu crois qu'elle me laissera faire ? Elle a déjà tué Hart. Elle ne reculera devant rien." »
Le silence retomba. *Elle.* Le cœur d'Eliza s'emballa. Alice lui avait dit qu'Eileen Hart était la vraie Wren. Mais Alice avait menti toute sa vie. Qui était cette femme qui avait ordonné la mort de son père ?
Derrière eux, un bruit de pas. Julian et Viv s'approchaient, leurs lampes torches éclairant la ruine. Tom se raidit, se cacha presque derrière sa sœur.
« C'est bon, dit-elle. Ils sont avec moi. Enfin... » Elle ne savait pas elle-même si c'était vrai.
Julian s'avança, regarda l'enregistreur, puis Tom.
« Nous devons rentrer. On ne sait pas qui pourrait surveiller cette maison depuis l'incendie. »
Tom acquiesça, mais avant de suivre Julian, il saisit le bras de sa sœur.
« Il y a autre chose, Eliza. Quelque chose que tu dois savoir. Quelqu'un a brûlé cette maison. Pas Marcus. Pas Whitmore. Pas la mère. Quelqu'un d'autre, qui a agi après l'incendie pour effacer des traces. Je l'ai vu fouiller les décombres la première nuit où je me suis caché ici. »
Eliza sentit une glace lui descendre dans le dos.
« Tu as vu son visage ?
— Non. Mais je l'ai reconnu à sa voix. C'est pour ça que je n'ai jamais osé te contacter. J'avais peur qu'il soit encore là, quelque part près de toi. »
Il baissa les yeux, puis les releva, chargés d'une peur palpable.
« C'était Lovelace. Le professeur Lovelace. »
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