Le Codex Mortel
Lire le chapitre 35: The Legacy of the Ring
La salle de conférences était pleine, comme toujours quand Eliza Hart donnait une conférence à Oxford. Deux cents visages la fixaient, certains familiers — d'anciens collègues, des étudiants curieux, des journalistes venus entendre l'histoire de la femme qui avait démantelé un réseau de trafic d'antiquités.
Eliza parlait de Properce, de la poésie élégiaque romaine, du poids des objets sur les vivants. Mais elle pensait à l'anneau dans sa poche, l'anneau de hibou qu'elle avait laissé à Port Meadow des mois plus tôt et qu'on venait de lui rendre.
« Les objets portent les secrets de ceux qui les ont touchés », dit-elle, presque pour elle-même.
Un murmure traversa l'auditoire. Elle sourit, referma ses notes, et répondit aux questions pendant vingt minutes avant de remercier l'assistance. Les applaudissements déferlèrent, chaleureux. Elle n'était plus la paria, plus la femme du scandale. Elle était la survivante, l'autrice du livre que tout le monde lisait sous le manteau.
Mais ce n'était pas pour cela qu'elle était revenue.
Le professeur Ashford l'attendait dans le hall, sa silhouette familière appuyée contre une colonne de pierre. Il tenait une petite boîte en acajou.
« Le conseil a voté à l'unanimité », dit-il. « Nous voulons que vous la gardiez. Non comme symbole d'appartenance, mais comme symbole de ce que nous avons détruit. Et de ce que nous espérons devenir. »
Eliza ouvrit la boîte. L'anneau de hibou reposait sur un lit de velours sombre, ses yeux de grenat captant la lumière comme ils l'avaient fait le soir où Julian le lui avait glissé au doigt dans les voûtes de St Giles.
Elle le prit. Il était plus lourd qu'elle ne s'en souvenait.
« Merci », murmura-t-elle.
Ashford inclina la tête et disparut dans les couloirs de pierre. Eliza resta seule sous la voûte, tournant l'anneau entre ses doigts. Quelque chose n'allait pas. C'était dans les os, dans la chair — une légèreté, ou plutôt un déplacement imperceptible du centre de gravité.
Elle avait passé des heures dans les bibliothèques de Venise, à étudier la gravure, la ciselure, les techniques des orfèvres du quinzième siècle. L'anneau était authentique. Mais ce n'était pas le sien.
Elle l'appuya contre son oreille.
Un son creux.
Non, pas creux — un son de vide contenu, la signature d'un compartiment caché. Son cœur se mit à battre plus vite. Elle regarda autour d'elle — le hall était vide, à l'exception d'un gardien qui rangeait ses affaires à l'autre bout.
Elle trouva une salle de lecture privée près d'une fenêtre, tira les rideaux, et s'assit avec l'anneau sous la lumière rasante d'une lampe. Elle chercha du regard une soudure, une micro-fracture. Rien.
Le poème de Properce l'observa au revers de la page de garde :
*Sunt aliquid manes: letum non omnia finit.*
Quelque chose demeure après les ombres : la mort ne met pas fin à tout.
L'anneau. Bien sûr.
Elle rapprocha l'anneau de son visage, étudiant la gravure de l'intérieur du cercle. Des lettres minuscules, à peine visibles à l'œil nu, une phrase en latin que tout le monde avait lue comme une citation de Lucrèce : *Nil igitur mors est ad nos*. La mort n'est rien pour nous.
Mais Eliza avait dédié sa vie aux manuscrits altérés par ceux qui voulaient cacher des vérités. Elle connaissait les techniques de cryptographie latine des humanistes du quinzième siècle. Elle avait vu les notes de son père.
Elle sortit un stylo fin de sa poche, le glissa le long du bord intérieur de l'anneau, là où la patine semblait légèrement plus claire sous un certain angle.
Un clic sec.
Une petite trappe s'ouvrit, révélant un cylindre de verre micro-savamment encastré dans la paroi du métal.
Un microfilm.
Ses doigts tremblaient. Elle dégagea délicatement le cylindre de son logement. Il était minuscule, palpitant dans sa paume comme un être vivant.
Le hall de la bibliothèque était silencieux. Eliza remonta le couloir des manuscrits, poussant la porte de la salle des archives accessibles — une pièce qu'elle connaissait par cœur et où elle pouvait être seule. Elle déroula le microfilm sur la platine d'un vieux lecteur encore disponible dans un coin.
La première image était une liste de noms. Elle défila. Des noms. Des centaines de noms, sur plusieurs écrans, écrits dans des styles différents, de la calligraphie anglaise du dix-huitième siècle aux polices d'imprimerie récentes. Les mêmes lettres apparaissaient : *C. L. Albus, T. Cassius, M. A. Silvanus...* et au fond, à la toute dernière ligne, en caractères frappés à la machine : *Cole, Alexander — LEPIDUS.*
Puis une deuxième liste : les noms de tous ceux qui avaient porté l'anneau avant elle. Certains, elle les reconnaissait — les noms les plus anciens, ceux des premiers chercheurs d'Oxford.
Et puis, à l'avant-dernière ligne : *Vaughan, Eleanor — gardienne du sceau.*
La femme enterrée sous St Giles. La femme pieuse dont la tombe avait été scellée pour protéger les secrets des Archai. Eliza sentit l'air lui manquer. Eleanor Vaughan n'était pas une trafiquante. Elle était la gardienne d'une liste qu'elle aurait voulu brûler.
Il y avait encore un lecteur de cartes autour d'elle — un vieux lecteur de microfiches dans la salle de recherche. Personne n'avait utilisé ça depuis des années, mais elle mit du ruban adhésif, l'enroula délicatement, puis le mit dans une poche intérieure de sa veste. Elle glissa l'anneau, vide désormais, dans son autre poche.
Elle marcha jusqu'à la porte de la bibliothèque, sortit dans le crépuscule d'Oxford, et traversa le chemin pour rejoindre les jardins du collège. Les lampadaires commençaient à s'allumer. Dans un coin discret, près d'un robinet d'eau utilisée par les jardiniers, elle tira une de ses allumettes de sa poche et craqua une allumette.
Le microfilm prit feu. Quelques secondes suffirent — une flamme blanche, une odeur de brûlé, et puis poussière.
Un carré de cendres retomba sur le gravier.
Eliza le regarda se déposer, puis s'envoler en particules sous une légère brise. Elle resta silencieuse.
Elle savait à présent que rien n'était jamais terminé. Mais elle savait aussi que le pouvoir appartenait à ceux qui bru-laient les noms. Pas à ceux qui les lisaient.
Elle referma la main sur l'anneau vide dans sa poche.
L'anneau était maintenant à elle, mais sa magie était morte.
Elle se tourna vers la route qui menait à la gare. Le train pour Cambridge partait dans vingt minutes. Nina Castellano attendait.
Elle avait combattu pour savoir. Maintenant, elle savait.
Elle effaça la cendre sous sa chaussure, puis sortit son téléphone. Un message à Julian : *J'ai trouvé la liste. Je l'ai brûlée. C'est fini.*
La réponse arriva avant qu'elle n'atteigne la sortie du jardin : *Alors c'est là que tout commence.*
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