Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 13: The Red Cloak's Name
La ruelle puait la bière éventée et la paille mouillée. Tom avançait vite, le pain du garçon encore chaud sous sa chemise, la clé de fer cognant contre sa poitrine comme un second cœur. Il avait traversé trois ruelles, sauté deux murs, contourné la patrouille de la Tour. Et pourtant, au moment où il tourna au coin du Grenier aux Épices, il sut qu'il avait été attendu.
L'homme se tenait adossé au mur de briques, bras croisés, le capuchon écarlate baissé sur un visage osseux et jeune. Pas plus de trente ans. Les yeux couleur de pluie d'hiver. Il tenait un gant de cuir noir dans une main, et le frappait doucement contre sa paume, comme on bat une mesure.
« Tom le Pucier », dit-il.
Pas une question. Une constatation.
Tom fit un pas en arrière. Deux autres hommes sortirent de l'ombre, capes rouges eux aussi, épées nues mais pointées vers le sol, détendues, comme s'ils étaient certains que la fuite était impossible.
Ils avaient raison.
« On m'a dit que tu sautais par-dessus les toits comme un moineau », continua l'homme au gant. « Mais un moineau ne peut pas voler sans ciel. Et ici, le ciel est à nous. »
Tom chercha une issue. La ruelle était un cul-de-sac. Derrière lui, le mur du Grenier, trop lisse pour être escaladé. Devant, trois épées. Et une conversation que l'homme était clairement résolu à avoir.
« Vous êtes le chef des manteaux rouges », dit Tom, pour gagner du temps, pour sentir la terre sous ses pieds.
L'homme sourit. Un sourire mince et précis, comme une saignée propre.
« Je suis Lord Percy. Chef des Écuries du Roi. Ce que certains appellent, plus grossièrement, Maître des Espions de Sa Majesté. »
Il fit un pas en avant. Tom recula d'un pas, son dos heurtant la pierre humide du mur.
« Tu as volé quelque chose », dit Percy. « Quelque chose qui ne t'appartient pas. Quelque chose qui n'a jamais appartenu à personne, vraiment. Pas au vieux Markham, pas à son père avant lui, pas même au roi. »
Il parlait de la boîte. Tom sentit le poids de celle-ci contre sa hanche, cachée sous sa veste, contre ce maudit pain de seigle.
« J'ai trouvé ça dans un incendie », dit Tom, la voix plus ferme qu'il ne s'y attendait. « Dans la maison d'un homme qui n'avait plus besoin de rien. »
Percy rit. Un son sec, sans chaleur.
« Tu l'as volée dans le bureau d'un homme que j'avais fait assassiner. Markham était à moi, ou peu s'en faut. Il collectionnait pour moi. Un homme de paille, mais un homme de paille utile. Et toi, un voleur de gouttière, tu as pris une heure pour défaire ce que j'ai mis des années à bâtir. »
Il marqua une pause. Le vent de la Tamise remonta la ruelle, charriant une odeur de suie et de poisson.
« Veux-tu savoir ce qu'il y a dans ta boîte, Tom le Pucier ? »
Tom ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Sa gorge s'était serrée autour d'une vérité qu'il ne voulait pas entendre.
« Une liste », dit Percy. « Une liste de tous ceux qui murmurent contre le roi. De tous ceux qui prient pour un autre souverain. De tous ceux qui, en secret, portent le nom d'un réprouvé sur leurs lèvres. Des catholiques, des presbytériens, des marchands qui financent des traîtres, des imprimeurs qui publient des pamphlets. Des hommes et des femmes, vieux et jeunes, avec des titres et sans. Une liste que mon prédécesseur a passé vingt ans à établir, et qu'un imbécile a jugé prudent de cacher dans un coffre plus solide que les murs du palais. »
Il plissa les yeux.
« Et cette liste, Tom, je la veux. Pas pour la brûler. Pas pour la protéger. Pour l'utiliser. Pour purger Londres de ceux qui la rongent de l'intérieur. »
Sa voix baissa. Devint presque tendre.
« C'est un outil, Tom. Pas une malédiction. Pas une relique. Pas ce qu'un vieil archiviste dérangé te racontera avec ses histoires de flammes dansantes et de cœurs consumés. C'est une liste de noms. Et les noms, Tom, se monnayent. Ils se négocient. Ils se troquent contre la vie. »
Il tendit une main, gantée de cuir noir.
« Donne-la-moi. Je te laisse la vie. Une bourse pleine d'or, autant que tu peux en porter. Et un navire pour le continent, si tu le souhaites. Ou une boutique, avec un toit au-dessus de ta tête. Tu pourras recommencer. Oublier que tu as jamais été Tom le Pucier, que tu es jamais monté sur un toit, jamais volé une boîte à un homme mort. »
Tom le regarda. Regarda la main tendue. Regarda la liste imaginaire, les noms, le sang que cette liste ferait couler si elle tombait dans les mains de cet homme.
Son père aurait refusé.
Son père était mort.
« Et si je refuse ? » demanda Tom.
Percy retira sa main comme on retire une pièce brûlante. Le sourire mince revint.
« Alors tu mourras ici, dans cette ruelle. Et je prendrai la boîte sur ton cadavre. La différence, vois-tu, c'est que pour moi, ça ne change rien. Pour toi, ça change tout. »
Tom sentit la clé contre sa poitrine. Sentit le pain contre son ventre. Sentit le vieux désir de fuite, la vieille peur corporelle de la mort, plus familière que sa propre main.
« Qu'est-ce qui me garantit la parole d'un espion ? » demanda-t-il.
Percy rit. Un vrai rire cette fois, presque humain.
« Rien. Mais tu es dans la position de ceux qui doivent croire, non ? »
Un piège se refermait. Une porte se fermait. Mais une porte se fermait aussi sur son père, sur Chronos, sur la femme en rouge, sur le garçon au pain, sur tout ce que Tom ne comprenait pas et qui semblait tirer les ficelles autour de lui.
Il prit une inspiration. Se redressa.
« D'accord, dit-il. J'accepte. »
Il fit un pas vers Percy.
« Mais pas ici. Pas dans cette ruelle. Les murs de Londres ont des oreilles qui ne sont pas à toi. Je te suis. Je te montrerai où je l'ai cachée. Mais pas ici. »
Percy le dévisagea. Cherchant le mensonge, le double jeu, la faille. Tom soutint son regard. C'était tout ce qu'il savait faire. Il avait appris à mentir avant d'apprendre à marcher.
« Le barge est encore au port », dit Percy. « On verra sur place. »
Il fit un geste. Les deux hommes s'avancèrent. Tom se laissa saisir les bras, ne résista pas. Il marcha dans la rue pavée, avec les manteaux rouges autour de lui, sentant leurs regards dans son dos comme des braises.
À l'entrée du quai, il ralentit. Juste assez. Juste pour toucher la bourse à sa ceinture, celle qui contenait encore une demi-douzaine d'huîtres vides et un petit briquet d'amadou qu'il avait volé à un soldat ivre la semaine passée.
La lanterne à huile était accrochée à un crochet de fer, à l'angle de la guilde des marchands de laine. Tom la vit. La couvrit du regard. Comptit les pas.
Un.
Deux.
Le premier manteau rouge était trop près. Il fallait le pousser.
Au troisième pas, Tom se laissa tomber vers le sol, échappant à l'étreinte de ses gardes par une simple absence de poids. Il roula, cueillit la lanterne de sa main libre, la brisa contre le pavé dans le même geste. L'huile s'écoula, suivit la pente, atteignit la flaque de goudron que les charpentiers avaient laissée devant la guilde.
Le briquet craqua deux fois avant de s'allumer.
Tom le lança sans regarder.
Le feu prit immédiatement, une herse de flammes entre lui et les manteaux rouges. Percy hurla quelque chose que Tom n'entendit pas. Les cordes du quai, les planches goudronnées, tout s'embrasa comme de la paille sèche.
Tom courut. Il ne regarda pas derrière lui. Il sauta par-dessus un tonneau, glissa sous une charrette, plongea dans l'ouverture d'un caveau à charbon qu'il avait repéré une heure plus tôt.
La dernière chose qu'il entendit avant que la plaque de fer ne se referme sur lui, c'était la voix de Percy, qui semblait presque amusée.
« Tu cours mal, Tom le Pucier. Mais je te retrouverai. Je te retrouverai toujours. »
Puis le noir. Le noir et le froid. Plus léger que le feu.
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