Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 19: The Engraving's Secret
La pluie de cendres avait cessé, mais l'air restait lourd, chargé de cette odeur de bois brûlé et de chair rôtie qui collait à la gorge. Tom était accroupi dans l'ombre d'un entrepôt effondré, les jambes repliées contre sa poitrine, les doigts crispés sur la pièce au phénix. Le métal était chaud, presque brûlant, comme s'il avait été sorti d'une forge.
Il la tourna entre ses doigts, encore et encore. Le phénix était finement gravé, les ailes déployées dans un envol de flammes stylisées. Un travail d'orfèvre, pas un simple jeton de marchand. Au revers, rien. Pas de date, pas de nom, pas de devise. Juste l'oiseau mythique.
Tom ferma les yeux. Les lettres de sa mère. Les lettres qu'il avait déterrées d'un vieux coffre en chêne, caché sous les lattes du plancher de leur ancienne demeure. Des lettres qu'il n'avait jamais osé lire du vivant de sa mère, trop jeune, trop ignorant. Et maintenant, elles reposaient dans sa poche, trempées de sueur et de suie, avec cette pièce inexplicable.
*Écoute, Tom. Les marques ne mentent jamais.*
La voix de sa mère. Il l'entendait encore, douce et grave, quand elle lui montrait quelque chose dans la pénombre de leur cuisine. Il avait quel âge ? Six ans, peut-être sept ? Un marin était venu les voir ce soir-là, un homme immense avec une barbe rousse et une peau tannée par le sel. Il avait ri fort, bu leur cidre, et lui avait donné une pièce d'argent.
Mais ce n'était pas la pièce qu'il se rappelait. C'était le poignet du marin. Le poignet gauche, où, sous la manche roulée jusqu'au coude, une marque bleuâtre s'enroulait autour de l'os. Un phénix. Les ailes en flammes, exactement comme sur la pièce.
Tom rouvrit les yeux et regarda la gravure. Le même oiseau, la même position, les mêmes flammes en volutes. Son cœur battait plus vite que la course qu'il venait de finir à travers les toits de Londres.
Le marin avait-il fabriqué cette pièce ? L'avait-il donnée à sa mère ? Et sa mère, pourquoi l'avait-elle cachée parmi ses lettres d'amour et de secrets ?
*Elle vous aimait, Tom. Elle vous aimait plus que vous ne le saurez jamais.*
Qui avait dit ça ? Le boulanger ? Non. Une vieille voisine, peut-être, aux funérailles de sa mère, alors qu'il avait douze ans et que le monde s'était effondré pour la deuxième fois.
Tom se frotta le visage. Sa sœur, elle, avait brûlé dans l'incendie de leur maison. Le premier incendie. Celui qui avait emporté leur père, pompier volontaire, dans une tentative désespérée de sauver des voisins. Tom avait alors été confié à des cousins, loin de Londres, loin de tout ce qu'il connaissait.
Mais le phénix n'était pas un hasard. Rien dans cette histoire n'était un hasard. Le prêtre avait créé le coffre. Son père avait laissé une note expliquant le mécanisme. Sa mère avait caché une pièce au phénix. Et un marin, autrefois, portait la même marque sur sa peau.
Tom se mit à genoux dans les décombres. Les planches carbonisées cédaient sous ses paumes, noirâtres, friables. Il chercha une source de lumière. La lueur de l'incendie qui dévorait toujours la ville, visible à travers une brèche dans le mur, suffirait.
Il sortit la pièce et la plaça entre ses yeux et cette lueur de braise. L'or, terni par les années et la fumée, prit une teinte rougeâtre. Il l'inclina, encore et encore, comme on fait pour révéler une inscription invisible.
Rien. Rien qu'un phénix d'or pur.
Puis il se rappela. Sa mère ne l'avait pas montré du doigt. Elle avait pris sa main – sa main droite – et l'avait placée sur le phénix gravé sur le poignet du marin. Le marin avait ri, avait baissé la tête, et avait murmuré : *Le sang parle au sang.*
Tom retira sa main comme s'il avait touché une braise. Ses doigts tremblaient.
*Le sang parle au sang.*
Sa mère l'avait-elle trahi ? Avait-elle couché avec ce marin ? Avait-il un frère, une sœur, quelque part, qui portait aussi ce sang de phénix ? Et son père, ce pompier courageux, mort en héros – était-il même son vrai père ?
Non. Non, il ne pouvait pas penser ça. Son père l'avait élevé, l'avait aimé, lui avait appris à lire le feu, à trouver les sorties, à se méfier de la fumée avant des flammes. Et la note qu'il avait laissée dans le coffre, cette note que Tom avait lue dans la tour de Chronos, révélait que son père connaissait le mécanisme du coffre, qu'il avait voulu que Tom l'ouvre par la force.
Son père savait. Savait que le coffre contenait plus qu'une liste de conspirateurs. Savait que le sang de Tom était la clé la plus profonde.
Tom se leva. Ses jambes étaient engourdies, mais son esprit était plus vif que jamais. La pièce au phénix n'était pas un simple souvenir. C'était la deuxième clé. Le coffre exigeait trois étapes : la clé de fer, le sang, et quelque chose d'autre. Et si le phénix était ce troisième déclencheur ?
Il fallait qu'il retourne à la tour. Il fallait qu'il reprenne le coffre des mains du prêtre. Mais comment ? Percy l'y attendait, peut-être encore en vie, peut-être mort. Le prêtre, lui, était un démon sorti des flammes avec le coffre dans les bras.
Non. Pas encore. Pas sans arme, sans allié, sans savoir.
Tom recula dans l'ombre. Il remit la pièce dans sa poche, contre les lettres de sa mère. Ses doigts effleurèrent le papier, fragile, presque pulvérisé. Il en sortit une lettre, l'ouvrit délicatement. La lumière rouge sang qui traversait le mur éclairait juste assez pour déchiffrer l'écriture serrée de sa mère.
*Mon cher William,*
*Le temps presse. L'ordre l'a découvert. Ils savent pour le phénix, ils savent pour l'enfant. Si je disparais, ne cherche pas. Prends Tom et fuis. Il est plus important que tu ne le crois.*
*Je t'en supplie, garde la pièce cachée. Si elle tombe entre leurs mains, tout sera perdu.*
*Toujours à toi,*
*Elena.*
Tom relut la lettre trois fois, le cœur serré. William. Le prénom de son père. Mais le timbre de la voix, le ton de la supplique, n'appartenaient pas à un homme quittant pour une mission de pompier. C'était une lettre d'amour et de peur, écrite dans l'urgence.
Et la mention de l'enfant. *Il est plus important que tu ne le crois.*
Quel enfant ? Tom ? Sa sœur ? Ou l'enfant que le marin aurait pu lui donner ?
Tom replia la lettre et la remit dans sa poche. Une rage sourde montait en lui – pas contre sa mère, ni contre son père. Contre le temps, contre les secrets, contre ces hommes en cape rouge qui avaient organisé sa vie sans qu'il le sache.
Le prêtre savait. Percy savait. Et Tom ne savait rien, sinon qu'il était une pièce sur un échiquier dont il ignorait les règles.
Il sortit de l'entrepôt dans la rue encombrée de gravats. Londres brûlait toujours, un peu plus loin, un peu plus bas. Des cris, des ordres, des pleurs d'enfants. Le chaos habituel, mais Tom n'y prêtait plus attention. Il avait une idée.
Il avait vu, dans son enfance, le marin avec le phénix. Le marin venait souvent, tous les mois, à la taverne où sa mère travaillait. Tom, alors âgé de huit ans, se souvenait de son nom, car sa mère le murmurait quand elle croyait que Tom dormait.
*Jack. Jack le Rouge.*
Si Jack le Rouge était encore vivant, il pourrait lui dire ce que signifiait le phénix. Il pourrait lui dire pourquoi sa mère lui avait montré la marque. Et peut-être, avec un peu de chance, il saurait comment ouvrir le coffre sans le prêtre.
Tom se mit en marche, fendant la foule, remontant vers le fleuve. Si Jack le Rouge naviguait encore, il serait dans les docks, à moins d'un mille d'ici.
Mais derrière lui, sur les toits de la tour de Chronos en ruine, une silhouette en cape rouge le regardait s'éloigner. Le prêtre, tenant fermement le coffre verrouillé, marqua la direction du voleur.
*Le sang parle au sang,* murmura-t-il. *Et le phénix renaîtra de ses cendres.*
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