Lumen Reads

Le Coffre de Fer de Londres

Lire le chapitre 2: The Chase Begins

La fumée lui brûlait les poumons comme un tisonnier rougi. Tom le Flea courait sans regarder derrière lui, le poids du coffre cognant contre ses côtes à chaque foulée. Les ruelles de Londres s’enchevêtraient dans un labyrinthe de flammes et d’ombre, et le grondement de l’incendie avalait les bruits de ses pas.

Mais pas ceux de ses poursuivants.

Ils étaient rapides. Trop rapides pour des hommes en capes de laine dans cette fournaise. Leurs bottes frappaient le pavé en cadence, un martèlement de mort qui se rapprochait. Tom jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et les vit : trois silhouettes noires découpées contre l’embrasement de la rue derrière, leurs capuchons baissés comme des becs de corbeaux.

Il bifurqua brusquement dans une ruelle si étroite que ses épaules raclèrent les murs des deux côtés. Les pierres étaient suintantes de suie, et le ciel au-dessus n’était plus qu’une bande de braise orangée. Ses poumons protestèrent, mais il ne ralentit pas. Il connaissait ces quartiers comme un rat connaît ses égouts.

Derrière lui, un cri — une langue qu’il n’identifia pas tout de suite, puis un mot en anglais, craché avec un accent étranger : *« Là ! »*

La ruelle débouchait sur une cour où les poules affolées couraient encore contre leurs clôtures de bois. Tom cherchait une issue, mais les trois autres côtés étaient déjà en proie aux flammes. Une maison de commerçant crachait des langues de feu par ses fenêtres hautes, et le toit d’en face n’était plus qu’une carcasse qui s’effondrait lentement.

Il n’y avait qu’une seule chance.

Le tas de fumier dans le coin de la cour — un monticule de paille souillée et de déjections, haut de deux pieds, qui servait aux jardins voisins. Tom n’hésita pas une seconde. Il plongea dedans, le coffre serré contre sa poitrine, et s’enfonça dans la matière tiède et répugnante jusqu’à ce que sa tête entière soit avalée.

Un instant plus tard, les bottes des hommes martelaient les pavés de la cour.

Il retint son souffle. Les odeurs se mêlèrent — le fumier, la suie, et son propre parfum de panique. Au-dessus de lui, les voix résonnaient, assourdies par son refuge immonde.

— Il est passé par là. Je le sens.

— Tu sens la merde, pas lui. Cherche ailleurs.

— Le maître ne pardonnera pas un échec. La boîte doit revenir à la maison avant le lever du jour.

La maison. Les mots glacèrent Tom jusque dans sa cachette fangeuse. Ces hommes servaient quelqu’un. Un maître. Et ils avaient eu l’audace d’interpeller une maison entière dans leur quête.

— Il ne peut pas aller bien loin. Le feu le traquera aussi. Fouillons les décombres au nord.

Leurs pas s’éloignèrent, avalés par le bruissement des flammes et le craquement d’une charpente qui cédait, quelque part dans le lointain.

Tom resta enfoui. Il compta lentement jusqu’à cent, puis cent encore, le cœur battant contre le métal froid du coffre. Le fumier le gardait au chaud, et cette chaleur le serrait, lui rappelait ses mains d’enfant tendues vers un poêle de fonte. Vers un père qui ne rentrerait jamais.

Il se hissa hors de la fosse, dégoulinant de matières brunes, et s’accroupit un instant contre le mur de la cour. Ses vêtements étaient fichus, mais il vivait. C’était plus que ce que le garçon de cuisine brûlé dans le manoir pouvait dire. Ce servant agonisant lui avait confié le coffre et la clé. Il était mort avec le nom de quelqu’un sur les lèvres — un nom de femme, murmuré entre deux hoquets de sang.

Tom sortit délicatement la clé de sa poche — un morceau de ferronnerie ouvragé, presque dérisoire à côté d’un coffre de cette taille. Mais comme il posait la main sur le couvercle pour réajuster sa prise, son doigt s’accrocha à un bord libre.

La serrure était intacte. Mais l’autre côté du coffre, là où le métal s’était faussé dans l’incendie, avait cédé. Une fissure découpait le flanc de la boîte, révélant sous une mince plaque de fer un second relief gravé : un phénix, les ailes déployées, le bec ouvert dans un cri muet.

Tom fronça les sourcils. Un décor de plus ? Il n’avait rien vu de tel de l’extérieur. Cette gravure avait été dissimulée par une couche de blindage, mais le feu avait fait sauter une partie du revêtement, comme une mue de serpent.

Mais ce qui le frappa davantage, ce fut la finesse du travail. Ce n’était pas l’ouvrage d’un artisan ordinaire ; les plumes étaient tracées au burin, chacune sertie d’une infime ligne d’or que les flammes faisaient luire, même dans l’obscurité.

Un sceau. Une signature.

Le phénix renaissait de ses cendres. Et il tenait dans ses serres un objet minuscule — Tom plissa les yeux dans la fumée — une quenouille ? Une épée ?

Il secoua la tête et remit le coffre sous son bras. Ce n’est pas le moment de se poser des questions. Il devait franchir la rivière. Sur la rive sud, le feu n’avait pas encore planté sa mâchoire ; les cours d’eau et les terrains vagues offriraient un refuge, le temps de décider quoi faire de ce boulet de fer.

Mais alors qu’il se relevait pour rejoindre la grand-rue, un éclat de voix le cloua sur place. Un homme criait, si près qu’il en semblait à l’autre coin de la rue :

— … le phénix ! Cherchez le phénix ! On dit que la lettre est à l’intérieur !

Une lettre. Dans un coffre sans serrure visible, fermé par une clé minuscule qu’on lui avait remise en mourant.

Tom sentit une pointe de fièvre lui serrer la gorge. Le servant n’était pas mort pour une simple boîte métallique. Il était mort pour une lettre. Et si cette lettre pouvait ruiner son maître, alors elle pouvait valoir des dizaines de livres au marché noir. Ou peut-être bien la vie de Tom, si les mauvaises personnes mettaient la main dessus.

Il porta deux doigts à ses lèvres et siffla doucement vers une lucarne à l’étage, où une silhouette familière se découpait — Zeb, un gamin de la rue qu’il connaissait depuis l’enfance, perché sur le toit d’une boulangerie effondrée.

— Zeb ! siffla-t-il. La rive sud. Quai des Poissonniers. Fais passer le mot à Rosie et aux autres.

— Ils te cherchent, Tom. Trois types en noir. Ils ont payé les filles pour ton signalement.

— Alors dis-leur que j’ai changé de plan. Dis-leur que je ne traverse pas la Tamise.

Tom fit trois pas vers l’est, puis s’arrêta, se retourna.

— Et Zeb. Si t’entends parler d’une lettre… un document que tout le monde convoite depuis la maison du duc…

Le gamin hocha la tête, les yeux déjà perdus dans la brume rouge de l’incendie.

Tom repartit en courant, le coffre serré contre lui. Mais cette fois, il avait un but. Il ne fuyait plus seulement. Il chassait désormais une information : qui brûlait pour une lettre qu’aucun vivant ne devait lire ?

Et pourquoi ce phénix — gravé sous le blindage, comme une vérité qu’on voulait garder secrète même du propriétaire du coffre — lui semblait-il si terriblement familier ?