Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 21: The Broken Clasp's Origin
La fumée piquait encore les yeux de Tom lorsqu’il poussa la porte de l’atelier. Une clochette de cuivre tinta, triste et grêle, dans l’obscurité poussiéreuse. Des épées accrochées aux murs, des boucliers ternis, des outils suspendus à des clous rouillés. L’air sentait le charbon refroidi et le métal brûlé.
Au fond, penché sur un établi, un vieillard aux doigts tachés de suie polissait une lame. Il ne leva pas les yeux.
— C’est fermé, dit-il d’une voix de pierre qui roule.
— Je ne demande pas de réparation, fit Tom en s’approchant. Je cherche un homme qui connaît les vieux ouvrages.
Le vieillard s’arrêta. Il releva la tête — un visage labouré par la couperose et les copeaux, des yeux d’un bleu délavé, perçants comme des éclats de verre.
— Les vieux ouvrages sont pour les vieux fous et les jeunes nigauds. Lequel es-tu ?
Tom sortit de sous sa veste le fermoir qu’il avait arraché au box. Le métal sombre, chaud encore des braises traversées, portait un fin réseau d’entrelacs, presque des veines d’oiseau.
— Ça, dit Tom en le posant sur l’établi entre deux râpes. D’où ça vient ?
Le vieux ne prit pas l’objet. Il n’en eut pas besoin — son regard s’y accrocha, et sa main qui tenait encore la polissoire se raidit.
Un long silence. La clochette n’avait pas sonné deux fois.
— Où as-tu trouvé ce bout de fer ? demanda-t-il d’une voix qui n’était plus la même.
— Dans un coffret. Un coffret de malheur. On me l’a volé — enfin, disons qu’on me l’a pris avant que je puisse le rendre quelque chose d’utile.
— Un coffret. De quelle taille ?
— Comme l’avant-bras d’un homme. Une serrure sans trou de clé. Et un gravé dedans, un arc, comme un demi-soleil.
Le vieillard se leva lentement. Ses genoux craquèrent deux fois. Il alla fermer la porte de l’atelier, tira un loquet de bois, revint.
— Le fermoir est italien. Travaillé à la main, mais pas par un ouvrier ordinaire. Regarde, là, le triple entrelacs — ça, c’est la signature de Botticelli di Serrata. Ferraro officiel du Vatican, reliquaires pour trois papes. Un artiste qui ne travaillait que le fer et le feu, et qui y laissa sa main droite en 1603.
Tom suivait, trop vite brûlant.
— Un artisan du Pape ? Et son œuvre finit dans le coffret d’un Lord ?
— Ce fermoir-là, non. Le fermoir a été volé à son atelier en juillet 1605. Un mois avant la découverte du complot des poudres.
Les mots tombèrent comme une enclume dans l’eau. Tom sentit le froid courir sous sa peau, malgré les flammes qui léchaient encore la ville tout autour.
— Le complot des poudres, répéta-t-il, pour se donner une seconde.
— Laisse-moi te dire une chose, mon garçon. Un artisan du Vatican ne fait pas un coffret ordinaire. Quand il fait un reliquaire, il fait un écrin pour une chose sacrée — ou pour une chose si laide qu’il faut la garder hors des yeux des hommes. Un seul coffret de Botticelli di Serrata a disparu de ses registres. Un seul. Et ce coffret-là, on dit qu’il fut commandé par une famille anglaise, quelque part entre les Midlands et l’enfer, pour y sceller une preuve — une lettre, une liste, un aveu — que les hommes du complot n’osaient pas tenir dans leurs propres maisons, de peur que les fouilles de Salisbury ne la trouvent cachée sous leurs planchers.
— Un aveu des conjurés ?
— C’est ce qu’on dit. Les hommes qui voulaient faire sauter le Parlement et tuer le roi, nous et toute la représentation de la chrétienté — mais aussi, au dernier moment, ceux qui se sont trouvés des amis des deux camps et qui voulaient une police d’assurance. Une confession écrite, des noms griffonnés de la main même de qui vous savez — à charge contre les autres s’ils les dénonçaient, à charge contre eux-mêmes s’ils se sauvaient. Le coffret était leur mise. Quelqu’un de leur troupe devait le garder.
— Et son contenu ? demanda Tom, la voix sèche.
— On dit deux choses. La première — une confession complète, les noms, les dates, les lieux. Une lettre qui aurait fait pendre la moitié de la Chambre des Lords. Une lettre que le roi Jacques aurait payée de son poids en or pour tenir, et que Thomas Percy aurait payée de ton poids en mort pour faire disparaître.
Tom resta au bord de l’étincelle.
— Et la deuxième ?
Le vieillard reprit le fermoir et le retourna. Sur l’un des entrelacs, à la lumière de la lanterne orangée qui s’infiltrait par les vitres sales, Tom vit une ligne gravée si fine qu’elle semblait une fissure de la matière.
— La deuxième version est que le coffret ne contient pas une confession — mais la chose qui aurait dû tout faire exploser vingt fois plus fort que la poudre qu’ils ont entassée. Un mémorandum. La liste des prêteurs, des financiers de la conspiration. Des noms de banques, des noms de la cour, des noms de familles qui survécurent, prospérèrent, et qui ont passé les soixante dernières années à faire disparaître quiconque s’approchait de leurs livres de compte.
— Ou de leur coffret, murmura Tom.
Le vieux posa le fermoir sur l’établi, comme s’il était trop chaud à tenir.
— Ces noms-là n’ont jamais été écrits nulle part ailleurs. Que dans le coffret. C’est pour cela que le coffret existe. Ni un écrin à reliques, ni une boîte à poudre — une prison pour des vérités qui n’ont pas le droit de mourir, et des familles qui voudraient les tuer pour toujours.
Tom laissa courir ses doigts sur la pièce phénix dans sa poche. Il pensa à son père mort dans l’incendie, à sa mère morte en couches — ou pas, à sa sœur marquée d’une cicatrice en forme d’oiseau, à la lettre qui disait que l’enfant était plus important qu’il ne croyait.
Il ne cherchait plus un coffret. Il cherchait les vérités qu’on avait mises en prison dedans, et la clé de la prison — c’était lui.
— Le fermoir, dit-il. Il a un nom, non ? Toute machine a un nom.
Le vieillard leva les yeux vers lui, et pour la première fois, quelque chose comme de la pitié traversa son regard.
— Le fermoir ne porte pas de nom. Mais il porte une marque que les oreilles fines reconnaissent. Regarde l’intérieur, garçon. Là où le métal a été limé pour entrer en tension.
Tom prit le fermoir entre ses mains. Ses pouces trouvèrent une arête plus lisse — presque une empreinte gravée, une séquence de trois pas, tellement usée par les touches qu’elle était devenue invisible pour un œil non averti.
— Trois flammes. Ou trois plumes — on ne sait pas.
Tom regarda le symbole, et son souffle se coinça dans sa gorge.
Ce n’était ni des flammes ni des plumes.
C’était l’empreinte d’un phénix.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.