Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 22: The Gunpowder Plot
La lame du forgeron tremblait encore entre ses doigts quand Tom comprit. Il ne tenait pas un simple morceau de métal ouvragé, mais la preuve d'un mensonge vieux de soixante ans. Le vieil homme avait parlé de Robert Catesby, de Guy Fawkes, de la poudre noire entassée sous Westminster. Mais surtout, il avait parlé des noms.
— Des noms, murmura Tom dans l'air enfumé de l'aube. Le coffre contient des noms.
Il se releva, le cerveau bouillonnant. Les pièces du puzzle s'assemblaient avec une violence qui lui coupa le souffle. Sa mère, avec son signe de phénix et ses lettres cachées. Bessie, sa petite sœur morte, marquée de la même brûlure mystérieuse. Ce prêtre qui n'était pas un prêtre, ce Percy qui portait un nom de conspirateur. Tout convergeait vers un seul point : le coffre n'était pas un trésor. C'était une confession.
Une liste.
Les noms de ceux qui avaient voulu faire sauter le Parlement en 1605. Et parmi eux, peut-être, un ancêtre. Un Percy. Un homme dont le descendant portait encore la honte comme un manteau de plomb.
Tom marcha le long de la Tamise, les mains enfoncées dans ses poches, le visage noirci par la suie et la fatigue. La ville brûlait encore par endroits, des langues de feu léchant les charpentes effondrées. Mais il ne voyait rien. Son esprit était ailleurs, soixante ans en arrière, dans une cave voûtée où des hommes avaient juré de faire tomber le roi.
— Ils ont raté, dit-il à voix basse. Mais ils ont laissé une trace.
Le coffre. Fabriqué par un artisan italien, volé en 1605. Quelqu'un avait voulu préserver la vérité. Quelqu'un qui savait que les conjurés seraient arrêtés, torturés, exécutés. Quelqu'un qui avait inscrit leurs noms dans le métal, comme une malédiction gravée pour l'éternité.
Tom s'arrêta net. Un marchand de poissons le bouscula, jura, disparut dans la fumée. Il ne le vit même pas.
Et sa mère ? Pourquoi avait-elle ce symbole ? Pourquoi le phénix sur sa pièce, sur le fermoir du coffre, sur la peau de sa sœur ?
À moins que...
— Elle n'était pas une simple servante, souffla-t-il.
Sa mère avait toujours refusé de parler de son passé. Elle avait élevé ses enfants dans une masure près des docks, vivant de misère et de silence. Mais elle savait lire. Elle écrivait des lettres. Elle possédait une pièce d'or gravée d'un symbole rare.
Et si elle était la descendante de l'un des conjurés ? De celui qui avait commandé le coffre ? De celui qui avait voulu préserver la liste pour se protéger, ou pour se venger ?
Tom serra les poings. Percy ne cherchait pas à détruire le coffre. Il cherchait à le cacher. À l'enterrer. Parce que son contenu le condamnait. Non pas pour un crime commis en 1605, mais pour un héritage de honte qu'il ne pouvait effacer qu'en faisant disparaître la preuve.
— Et le prêtre ? marmonna-t-il.
Le prêtre avait fabriqué le coffre. Ou du moins, il le connaissait. Il avait dit que le coffre était une protection. Une arme. Il savait ce qu'il contenait. Et il le voulait aussi.
Tom marcha plus vite. Le vent tournait, chassant la fumée vers l'est. Il pouvait voir les mâts des navires au loin. Oxford. Annie. Jack le Rouge. La fille avec la cicatrice de phénix.
Pourquoi le prêtre la pourchassait-il ? Pourquoi Percy la cherchait-il ?
La réponse lui vint comme un coup de poing dans le ventre.
Parce qu'elle était comme lui. Comme Bessie. Comme sa mère. Une descendante. Une gardienne possible du secret. Peut-être même la dernière détentrice de la véritable clé du coffre.
Tom s'arrêta devant une fontaine à sec, le visage tordu par la réflexion. Il plongea la main dans sa poche et en sortit la pièce de phénix. Le métal était chaud, comme s'il venait de la sortir d'un feu. Le symbole semblait danser dans la lumière grise de l'aube.
— Si je les expose, murmura-t-il, Percy tombera. Le prêtre tombera. Mais je tomberai aussi.
Il savait ce que cela signifiait. La liste contenait des noms de familles puissantes. Des maisons nobles. Des financiers. Des hommes qui avaient bâti leur fortune sur le sang de la conspiration manquée. Les exposer, c'était se faire des ennemis pour la vie. C'était condamner sa propre lignée, sa propre mère, sa propre sœur, à l'infamie.
Mais c'était aussi la vérité.
La vérité qui avait tué sa mère. La vérité qui avait poussé Bessie sous les roues d'une charrette — ou peut-être sous les coups de ceux qui voulaient faire taire le secret. La vérité que Percy et le prêtre se battaient pour étouffer.
Tom releva la tête. Ses yeux brillaient d'une détermination nouvelle.
— Le coffre ne vaut rien, dit-il à voix haute. Mon sang ne vaut rien. La seule chose qui compte, c'est ce que ces noms révèlent. Et je vais le révéler. Même si je dois brûler avec eux.
Un mouvement attira son regard. Sur le toit d'une maison éventrée, à deux rues de là, une silhouette sombre le regardait. Le prêtre. Il tenait le coffre sous son bras, comme un enfant volé. Il ne bougeait pas. Il attendait.
Tom le fixa un long moment. Puis, lentement, il leva la pièce de phénix au-dessus de sa tête, la laissant capturer la première lueur du soleil. Un défi silencieux.
Le prêtre inclina la tête. Puis il disparut dans l'ombre des ruines.
Tom inspira profondément. L'air sentait la cendre, le fer, le sang. La ville entière était un tombeau. Mais quelque part, à Oxford, une fille avec une marque de phénix tenait peut-être encore une partie de la réponse. Et Jack le Rouge, un marin qui avait connu sa mère, pouvait peut-être lui dire pourquoi le phénix était gravé dans sa chair avant même sa naissance.
Il tourna le dos à la Tamise et se mit en marche vers le nord, vers la route d'Oxford.
Il n'était plus un voleur. Il n'était plus un fuyard.
Il était un nom. Un nom qu'il allait enfin découvrir. Et quand il le ferait, il le crierait si fort que Percy et son prêtre ne pourraient plus jamais l'enterrer.
La pièce de phénix brûlait dans sa paume. Il la serra contre son cœur, comme une prière, comme un serment. Le feu de Londres n'était rien. Le véritable incendie commençait maintenant.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.