Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 23: The Return to the Shop
Les ruines de la boutique de Mère Redcap fumaient encore quand Tom arriva. Il avait marché toute la nuit, les semelles en sang, le phénix d'airain brûlant contre sa poitrine comme un reproche. L'enseigne – une sorcière à cheval sur un balai – gisait dans la rue, le visage carbonisé tourné vers le ciel gris.
Plus rien ne restait. Les murs s'étaient effondrés vers l'intérieur, un tas de poutres noircies et de tuiles brisées. Une odeur de laine brûlée et de graisse rance flottait encore dans l'air matinal.
Tom ne s'arrêta pas. Il tomba à genoux dans les cendres, les mains nues dans les décombres, creusant comme un chien fouillant une carcasse. La pierre était encore chaude sous ses doigts. Il arracha une poutre effondrée, se coupa la paume sur un clou rouillé, ne sentit rien.
Les voisins l'observaient des fenêtres fêlées – des visages pâles, marqués par le feu de la semaine passée. Personne ne vint l'aider. Personne ne l'en empêcha.
Il connaissait cette boutique mieux que sa propre poche. Mère Redcap planquait son gin sous une latte du plancher, près du comptoir. Mais il n'y avait plus de plancher. Plus de comptoir. Tom creusa là où le sol aurait dû être, écartant des fragments d'assiettes et un crucifix fondu qui se brisa entre ses doigts.
Tom hoqueta, presque un rire amer. Le crochet de fer qu'il avait donné à sa mère quand il avait huit ans. Il l'avait volé à un forgeron ivre pour elle, et elle l'avait gardé enfermé dans son coffre à couture, comme un talisman. Il creusa plus profond.
Ses doigts heurtèrent du bois lisse sous les gravats. Il écarta la terre, le sable, les cendres. Une planche grossière, taillée à la hâte, large comme deux mains. Elle n'était pas noircie – elle était enfouie sous une couche de pierre qui avait protégé le dessous de la boutique du feu.
Tom la souleva d'un coup sec.
Un compartiment creusé dans la terre battue, tapissé de toile cirée, soigneusement plié. Ce n'était pas un coffre à secrets grossier. C'était un geste de mère – précis, patient, désespéré.
Il sortit la toile et l'ouvrit. À l'intérieur, sous une liasse de vieux rubans et d'un dé en cuivre, une lettre. Du papier épais, filigrané d'un lys. L'encre avait pâli mais restait lisible – une écriture fine, penchée, entraînée.
*À mon fils Thomas,*
*Si tu lis ces mots, c'est que la maison est tombée et que Mère Redcap n'est plus. Ne pleure pas pour elle. Elle savait ce qu'elle faisait en te cachant parmi les cheminées et les poulies. Elle savait qui tu étais, et elle t'a aimé quand même.*
Tom serra le papier, les lettres tremblant devant ses yeux. La mère qu'il connaissait – laveuse de vaisselle, serveuse de taverne, morte d'une fièvre quand il avait onze ans – n'écrivait pas comme cela. Ni sur ce papier.
*Ne crains pas le feu qui t'a pris ta sœur. Il était venu pour nous depuis longtemps, et il est venu pour moi avant que je ne te fuie.*
*Je te dois la vérité, car tu es assez grand pour la porter. Je n'étais pas lavandière. J'étais dame de compagnie de la reine Henriette, à Whitehall. Ton père – pas celui que tu crois – était un homme de foi dont je tairai le nom pour ta sécurité.*
Son père n'était pas ce marin qui l'avait abandonnée. Tom relut la ligne, le cœur battant si fort qu'il entendait son propre sang. Sa mère avait été servante à la cour. Une femme qui connaissait les rois et les reines.
Et qui portait le phénix.
*Lord Percy m'a accusée du meurtre de mon propre père – un vieil homme malade, mort dans son lit, que Percy avait empoisonné pour s'emparer de ses créances. J'ai fui la potence en emportant ce que je savais. Je lui ai pris ce qu'il cherchait. Cette boîte de fer contient la preuve de son parricide, mais aussi le nom de ceux qui ont financé le Complot des Poudres. Percy n'était pas complice – il était trésorier secret. Il se croyait roi d'Angleterre en payant les conspirateurs pour souffler le Parlement.*
Tom s'arrêta de respirer. Le mot tournait dans sa tête comme une roue de moulin. Trésorier. Percy, le noble au visage impassible qui l'avait traqué à travers la ville en flammes, n'était pas un héritier honteux – il était l'argent caché derrière le plus grand complot d'assassinat contre le roi et les Communes.
*La marque du phénix n'est pas une malédiction, mon fils. C'est un blason ancien, celui d'une lignée qui remonte à la maison Plantagenêt. Nous sommes la branche pauvre et oubliée – toi et moi et Bessie – les dernières d'une lignée bâtarde qui aurait dû mourir dans l'oubli. Percy le sait. Il tremble que la vérité éclate, car si l'on découvre qu'une descendante des anciens rois vit encore, tout son pouvoir s'effondre comme un château de cartes. Il m'a fait accuser, il te fera tuer, il brûlera Londres pour que le secret soit enseveli sous les cendres.*
Tom relut le passage, les larmes lui brûlant les joues sans qu'il les sente. Plantagenêt. Ce mot appartenait aux livres d'histoire, aux bardes et aux chroniqueurs – pas à un voleur affamé qui dormait dans les cheminées.
*Je ne te demande pas de pardon. Je te demande de faire ce que je n'ai pas pu faire : ouvrir cette boîte, montrer au monde la vérité, et laver le nom de ton grand-père et le mien.*
*Tu es le dernier phénix, mon fils. Tu renaîtras des cendres. Mais d'abord, il faut que tu brûles.*
La lettre était signée d'un seul mot, tracé d'une écriture plus ferme :
*Éléonore.*
Tom resta là, agenouillé dans les décombres, la lettre serrée contre sa poitrine comme un enfant. Sa mère ne s'appelait pas Anna. Elle s'appelait Éléonore. Elle avait servi la reine. Elle portait le sang des anciens rois, tout comme lui. Et Percy – le noble qui marchait dans la fumée avec ses hommes comme un spectre vêtu d'argent – avait tué son grand-père, volé sa mère, et laissé un orphelin qui volait des pains pour survivre.
Il replia la lettre lentement, la glissa sous sa chemise, contre le phénix d'airain. Les deux chauds contre sa peau.
La boîte. Elle était entre les mains du prêtre. Et Percy brûlerait toute la ville pour la récupérer.
Tom se releva, épousseta ses genoux, et cracha dans les cendres de la boutique de Mère Redcap. La vieille femme avait caché un secret – et il venait de comprendre pourquoi elle l'avait gardé, pourquoi elle l'avait traité comme un fils autant qu'un pickpocket.
Elle avait promis à sa mère de le protéger.
Il tourna le regard vers l'ouest, là où la route de terre filait vers la campagne et Oxford. Le prêtre le suivait. Le box était dans ses mains. Et l'homme qui avait tué son grand-père, volé sa mère, et causé la mort de sa sœur marchait quelque part dans les ruines de Londres, convaincu d'avoir gagné.
Tom ferma le poing sur la lettre et se mit en marche. Il n'avait plus besoin de comprendre. Il avait besoin de vengeance – et de vérité. Les deux réunies dans une seule boîte de fer.
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