Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 24: The Truth about His Mother
L'air de la nuit sentait encore la fumée, une odeur qui s'accrochait aux vêtements comme un mauvais souvenir. Tom s'était arrêté sous un chêne tordu, à quelques lieues de la ville, et il relisait la lettre pour la troisième fois, à la lueur d'un bout de bougie volé dans une étable abandonnée.
Sa mère. Éléonore.
Pas Mère Redcap, la vieille marchande de beurre qui l'avait élevé avec des mains calleuses et des remontrances sévères. Pas une femme du peuple accablée par la misère du siècle. Une dame de compagnie de la Reine. Une descendante des Plantagenêts.
Le papier tremblait entre ses doigts. Il dut le poser sur ses genoux pour qu'il reste immobile.
*Vous étiez mon secret le plus précieux, Thomas. Votre naissance fut ma chute et ma gloire. Je vous ai caché dans la fumée et les cendres de Londres pour que Percy ne trouve jamais vos yeux, car ils ressemblent à ceux de votre grand-père, et Percy l'a tué pour les faire taire.*
Il avait passé sa vie à voler dans les caniveaux, à dormir sous les ponts, à se nourrir de miettes et d'audace. Et pendant tout ce temps, sa mère avait porté le sang des rois. Quelque part dans sa poitrine, une colère sourde grondait, non contre elle, mais contre le monde qui l'avait forcée à se cacher dans une échoppe de beurre et de fromage.
« Vous auriez dû me le dire, murmura-t-il à la lettre. Vous auriez dû me laisser la chance de laver votre nom. »
Mais la lettre ne répondait pas. Les mots restaient là, figés dans l'encre, comme autant de petites pierres tombales.
Il la replia soigneusement et la glissa contre sa poitrine, sous sa chemise, là où son cœur battait contre le papier.
Un bruit. Un craquement de brindille, à une vingtaine de pas.
Tom se figea. Sa main chercha instinctivement le couteau à sa ceinture. La flamme de sa bougie vacilla, projetant des ombres dansantes sur le tronc du chêne.
Cette silhouette. Il l'avait déjà vue — celle du prêtre, là-haut dans la tour incendiée, arborant cette soutane noire qui semblait toujours marquée de cendres. L'homme tenait le coffret. Et il le suivait depuis Londres, comme on suit l'odeur du sang versé.
Tom souffla la bougie d'un geste brusque et s'enfonça dans l'obscurité du bosquet. Ses pieds nus — il avait perdu ses chaussures dans la fuite à travers les toits brûlants — connaissaient la terre mieux que n'importe quel chemin pavé. Il marcha jusqu'à ce que les étoiles tournent et que ses jambes cèdent.
Il trouva refuge dans un cimetière abandonné, au flanc d'une colline rase, où les croix de pierre penchaient comme des ivrognes. Une crypte avait été fissurée par le temps, et la grille de fer céda sous sa poussée. L'intérieur sentait l'humide et la terre froide, mais c'était un abri. Un tombeau pour un vivant.
Il s'assit sur un sarcophage de pierre, le dos contre un ange sculpté dont les ailes étaient rongées par la mousse. L'obscurité l'enveloppa, épaisse et muette.
Le coffret. Il ne l'avait pas avec lui. Le prêtre le portait. Et pourtant, la lettre de sa mère lui avait révélé ce qu'il cherchait désespérément : la clé n'était pas dans le coffret.
Elle était dans ce que sa mère avait caché dans sa boutique.
Trop loin. Trop dangereux. Londres brûle encore, et Percy y fouillera chaque pierre.
« Il faut ouvrir cette boîte avant que tout ne parte en fumée », dit-il tout haut, sa voix résonnant dans la pierre.
Les noms. Les listes. Les preuves de la trahison de Percy, soixante ans de mensonges et de meurtres étouffés sous des nappes de cendres. Le nom de sa mère, peut-être, gravé dans une confession. Ou dans une accusation.
Son père. Le géniteur inconnu. La lettre n'en disait rien, seulement que Tom portait le sang de sa lignée maternelle, celui des Plantagenêts volés et maudits.
Il tira de sa poche le médaillon de phénix, celui que sa mère lui avait laissé, celui qu'il portait au cou comme une relique d'un autre monde. Il le fit tourner entre ses doigts dans l'obscurité. Les gravures étaient fines, précises, presque vivantes.
Sa mère n'était pas une conspiratrice. Elle avait été piégée. Percy avait tué son père pour garder son rôle de financier secret, et il avait accusé Éléonore du meurtre pour la faire taire.
« Je laverai votre nom, promit-il dans le silence de la crypte. Je le laverai avec le feu, si nécessaire. »
Mais comment ? Le coffret était aux mains du prêtre. Le prêtre, qui semblait autant poursuivre Tom que le protéger. Il songea à la façon dont le prêtre avait observé son geste de défi avec la pièce de phénix. Il n'avait pas attaqué. Il avait simplement regardé, et suivi.
Peut-être était-il un allié malgré lui. Ou un ennemi qui cherchait à comprendre.
Tom se leva et arpenta la crypte. Ses pensées se heurtaient comme des rats dans une cage. La lettre, le coffret, Percy, le prêtre, Jack le Rouge, Annie avec sa cicatrice de phénix. Tout se mêlait dans un enchevêtrement de fil et de nœuds.
Il fallait de l'ordre. Il fallait une stratégie.
Sa mère était morte innocente aux yeux de la loi, condamnée par ouï-dire, effacée par Percy. Il n'existait qu'un seul moyen de laver son nom : exposer Percy devant la cour, avec des preuves.
Le coffret contenait des preuves. Et le coffret pouvait être ouvert.
Il avait bien essayé de le forcer, deux fois, sans succès. Le mécanisme était subtil, forgé par un artisan italien, avec une serrure à l'intérieur qui exigeait une solution que les crochets seuls ne pouvaient apporter. Il lui manquait un outil, un savoir, ou…
Sa mère avait laissé une autre chose derrière elle. Une clé. Un sésame.
Il porta la main à son cou et toucha le médaillon. Il était frotté par les années, mais le phénix était lisse, comme poli par des doigts innombrables. Pas une seule fois, en grandissant, il n'avait osé l'ouvrir. Une simple pièce, pensait-il. Un bronze trouvé dans une rue brûlée.
Mais sa mère n'était pas une femme simple. Et ce n'était pas une pièce ordinaire.
Il la porta à ses dents et mordit le bord. Le métal céda à peine, mais il sentit une légère déformation. Il pressa avec son pouce sur le centre du phénix, là où l'oiseau dressait ses ailes de flammes. Avec un clic à peine audible, le médaillon s'ouvrit en deux moitiés.
Un minuscule compartiment apparut, à peine plus large qu'un ongle. À l'intérieur reposait un objet fin, enroulé sur lui-même, mince comme une aiguille.
Une clé.
Elle était en argent, longue de la largeur d'un doigt, et son extrémité était ciselée en une fleur de phénix miniature, si fine que Tom crut qu'elle allait se briser d'un geste trop brusque. Il la tint à la lueur de rien, rien que l'obscurité de la crypte, et il comprit.
Sa mère n'avait pas mis son espoir dans le hasard. Elle avait laissé la clé dans le médaillon, avec une lettre, et elle avait attendu. Attendue que le feu consume Londres, que Percy révèle ses cartes, que Tom trouve les réponses.
Il referma le médaillon et le remit à son cou, sa main tremblant légèrement. La clé, il la glissa dans une poche intérieure de son manteau, cousue elle-même par sa mère, la même qu'il utilisait pour les objets les plus précieux.
Il se rassit contre le sarcophage, épuisé, les os en feu. Le silence de la crypte lui sembla soudain moins hostile. Plus proche d'une confession murmurée.
Près de lui, sur la pierre du tombeau, une inscription était gravée dans la laideur de l'écriture londonienne :
*Ici repose Edmund Barrow, qui mourut sans confession et sans héritier.*
Sans confession. Sans héritier.
Tom passa une main sur la pierre. « Nous verrons, murmura-t-il. Nous verrons bien qui mourra sans confesser ses crimes. »
Il ferma les yeux, la fatigue le terrassant comme une vague. Le prêtre n'était sans doute pas loin. Percy finirait par le trouver, ce n'était qu'une question de temps. Oxford était encore à plusieurs jours de marche. Annie et Jack le Rouge étaient là-bas, peut-être déjà en danger.
La nuit s'étendait devant lui, vaste et inconnue.
Mais Tom le détenait ce que Londres ne pouvait pas lui voler : un nom à réparer, une vérité à extraire, et une petite clé d'argent qui brillait contre sa poitrine, attendant de révéler le secret d'un coffret d'acier.
Il s'autorisa un dernier regard vers la grille de la crypte, là où une lueur dansante filtrait à travers les barreaux. Le prêtre avait allumé un feu, dehors, à quelque distance. Il attendait.
Tom se tourna contre la pierre et laissa le sommeil l'emporter, une promesse entre ses dents : demain, il ira à Oxford. Et il ouvrira cette boîte.
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