Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 26: The Traitor's List
Les pas résonnèrent sur les dalles de pierre, et la porte du crypte vola en éclats sous le choc des crosses. Tom n'eut pas le temps de bouger. Deux hommes en manteaux sombres le saisirent par les bras, le plaquant contre la paroi humide. La poussière de la porte brisée retomba en volutes grises dans la lueur vacillante des torches.
Percy entra comme un seigneur entrerait dans son domaine. Il était vêtu de noir, sa fraise impeccable malgré la suie qui maculait ses manchettes. Ses yeux parcoururent la crypte, s'arrêtèrent sur Tom, puis sur le coffre de fer posé contre le mur opposé.
« Le petit voleur de Londres, dit-il d'une voix doucereuse. Tu as causé bien des désagréments à ma famille. »
Tom cracha du sang sur le sol. « Ta famille ? Percy, je connais ton secret. Tout le secret. »
Percy sourit, un sourire froid comme les pierres du tombeau environnant. « Bien sûr que tu le connais. C'est précisément pour cela que tu es ici. » Il fit un signe de tête. Un des hommes sortit un coutelas de sa ceinture, en fit miroiter la lame devant les yeux de Tom.
La peur fit battre le cœur de Tom plus fort qu'il ne voulait l'admettre. Sa mère, la lettre, le médaillon — tout cela mourrait ici si son plan échouait. Il regarda la porte brisée derrière Percy. Par l'entrebâillement, il aperçut des silhouettes boueuses : la foule des misérables qui erraient dans les ruines fumantes, cherchant leurs morts parmi les cendres du Grand Incendie.
Son instinct de gamin de Fleet Street prit le relais.
« Écoutez-moi ! » hurla-t-il de toutes ses forces, la voix qui portait loin, l'accent des taudis roulant les syllabes comme un cri de marché. « Écoutez-moi, braves gens ! J'ai un nom pour vous ! Le nom de celui qui a payé pour faire sauter le Parlement en 1605 ! Le nom du renard qui se terre encore dans cette ville ! »
Les silhouettes s'arrêtèrent. Des visages se tournèrent, sales, hagards, mais vivants. La curiosité était plus forte que la misère.
Percy blêmit. Il le vit bien : un mouvement de recoin, une tension dans la mâchoire. « Tais-toi, vermine », siffla-t-il, avançant d'un pas. « Le nom de celui qui, à cette heure, est assis dans une maison de Londres en se frottant les mains pendant que vos maisons à vous brûlent ! » continua Tom, chaque phrase un coup porté au destin d'un homme. Il vit les yeux des hommes de Percy vaciller — ils n'étaient pas armés pour combattre l'opinion publique, mais pour terrifier un voleur.
Percy hésita. Le temps d'un souffle. Suffisamment.
Tom se jeta en avant, cognant son crâne dans le nez de son gardien de droite. L'homme lâcha prise en poussant un cri étouffé. Tom glissa vers le coffre, attrapa les anses de fer, et lança littéralement le coffre à travers la porte brisée, dans les bras de la foule stupéfaite.
« Le voilà, votre trésor ! » cria-t-il en se précipitant à la suite du coffre. « L'argent de Percy ! Prenez-le, partagez-le entre vous ! »
La foule se rua sur le coffre comme un seul corps. Percy hurla un ordre que la clameur noya. Les hommes de Percy se frayèrent un passage à coups de poing, pendant que Tom se faufilait entre les jambes, les coudes, les mains tendues, courant pour sa vie dans le dédale des ruines.
De l'autre côté, une trouée : l'ancienne église Saint-Paul, ou ce qu'il en restait.
L'édifice se dressait comme une carcasse noircie. Le toit s'était effondré depuis des heures, laissant pénétrer un jour orange porté par les flammes qui léchaient encore les arcs-boutants. Des colonnes calcinées soutenaient des pans de mur qui menaçaient de céder à chaque instant. L'intérieur n'était plus qu'un brasier de braises grondant, un tumulus de poutres fumantes parmi des statues de saints effondrées.
Tom n'hésita pas. Il traversa la grande nef en courant, tenant le coffre serré contre sa poitrine comme une ancre de salut. La chaleur lui brûlait les poumons. Des fragments de pierre tombaient des voûtes, et un craquement colossal répondit au fracas d'une abside qui céda derrière lui.
Percy le suivait. Il le savait, il l'entendait crier, ordonner à ses hommes de l'encercler. Le tumulte des gravats étouffait sa voix, mais la haine, elle, restait nette.
À l'angle de la nef, à demi cachés par un mur de tapisserie carbonisée, Tom vit une rangée de confessionnaux. Trois alcôves de bois incrusté, dont l'ornement avait déjà viré au noir. Il s'y jeta, s'accroupit derrière le panneau ouvragé, et colla le coffre contre son torse pour étouffer le son de sa respiration.
Le bois craquait tout autour. Au-dessus de sa tête, la chapelle principale vomissait des flammes qui embrasaient les boiseries dans un crépitement féroce. À travers les fentes du panneau, il vit la silhouette de Percy passer, hésiter, tourner. Ses bottes crissaient sur les cendres.
« Fouillez ! » rugit Percy dans un élan de désespoir. « Il est ici. Le damné est ici ! »
Tom pressa son visage contre le velours râpé de la grille intérieure du confessionnal. L'odeur de moisi de vieille cire et de prière remplaça presque, l'espace d'un souvenir, celle de la fumée. Il serra le coffre contre lui. Le métal était brûlant. Le médaillon pesait contre la peau de sa poitrine.
Les pas s'arrêtèrent. Percy se tenait à deux pas du confessionnal, immobile. Tom retint son souffle. Le bois, sous la chaleur, émit un gémissement aigu.
Puis, comme si le destin en avait décidé autrement, une partie du toit s'effondra ailleurs, dans un fracas de pierre et de fer. Percy jura, tourna les talons et disparut du champ de vision de Tom, courant vers le bruit pour couper la retraite imaginaire de sa proie.
Tom resta là, la sueur collant ses boucles à son front, le cœur battant à rompre ses côtes. Il regarda le coffre. La serrure était vierge, close, obstinément silencieuse. Il ferma les yeux, écouta le feu, et dans le grondement du brasier qui l'enveloppait de toutes parts, il fit une promesse silencieuse à la lettre de sa mère.
Il ouvrirait ce coffre. Dussent les flammes de Londres entières se consumer sur son passage.
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