Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 28: The City Gates
Les portes de la cité se dressaient devant lui, noires de suie et de peur. L'aube naissante peignait le ciel de Londres d'une teinte sale, comme si même le jour avait honte de ce qu'il éclairait. Tom le Flea marchait d'un pas qu'il voulait nonchalant, le poids du coffre de fer lui sciant l'épaule, ses poumons encore pleins des cendres de Saint-Paul. Il avait la gorge en papier de verre et le crâne bourdonnant de cris qu'il n'avait pas encore entendus.
Le garde de la porte de Cripplegate, un colosse au visage taillé dans la pierre et à la barbe grise, le regarda approcher avec un mépris de vieux soldat. Ses yeux tombèrent sur le coffre, s'attardèrent sur la veste brûlée de Tom, remontèrent jusqu'à son visage couvert de suie.
— Où tu vas, poussin, avec cette malle de roi ?
Tom força un sourire. Dans sa tête, les mots de sa mère – d'Éléonore, maintenant – tournaient en boucle. Descendante des Plantagenêts. Marquée du phénix. Et lui, avec son dos douloureux et son souffle court, devait incarner cette noblesse qu'il n'avait jamais connue.
— Aux terres de mon oncle, près d'Oxford, dit-il d'une voix qu'il voulut ferme. Le feu n'a rien laissé à Londres. Ma sœur est malade, il me faut sortir.
Le garde cracha par terre.
— Tout le monde a un oncle à Oxford, ce matin. T'as le droit de sortie ?
Tom fouilla sa poche et en sortit une pièce de cuivre. Le garde la regarda sans broncher, puis il vit quelque chose dans les yeux du voleur. Un éclat, peut-être, ou une tension à la mâchoire. Il fit un pas de côté, dévoilant le passage voûté.
— Va, lépreux. Mais que je ne te revoie pas traîner dans mes jambes.
Tom passa la porte. Le pied sur le pont-levis, il sentit le vent du nord lui mordre les joues, chassant l'odeur de mort de la ville. Derrière lui, Londres brûlait, crachait, râlait. Devant lui, la campagne anglaise s'étendait, verte et indifférente — des champs, des bois lointains, une route qui serpentait vers l'oubli.
Il marcha. Le coffre lui sciait la clavicule. Ses jambes le portaient encore, portées elles-mêmes par la fureur de la révélation maternelle. Il était l'arrière-arrière-petit-fils de gens qui avaient porté des couronnes. Et il portait un coffre de fer qui ne s'ouvrait qu'avec deux sangs. Le sien — le phénix — et celui d'un serpent. Percy était un serpent. Il allait lui falloir le serpent pendant que le serpent le cherchait, lui. Une mathématique mortelle.
Au bout d'un quart de lieue, il jeta un regard derrière lui. Deux silhouettes en noir, montées sur des chevaux bais, franchissaient lentement la porte de Cripplegate. L'un d'eux parlait au garde. Tom vit le garde désigner la route, et son cœur cessa de battre l'espace d'un instant.
Il accéléra. Le coffre tangua contre ses reins. Il coupa à travers un champ de blé encore debout, espérant que les épis le dissimuleraient. La terre grasse collait à ses bottes trouées. Les chevaux hennirent derrière lui.
Il savait ces hommes. Ils étaient de la confrérie de Percy — des mercenaires qui avaient le don de flairer la peur comme les chiens flairent le sang. L'un deux avait la cicatrice d'une corde autour du cou, souvenir d'une pendaison ratée. Tom l'avait croisé une fois, dans une taverne des bas quartiers, et son regard n'avait jamais vraiment quitté ses épaules.
— Allez, souffla-t-il à ses jambes. Allez, phénix.
Il courut. Le coffre lui meurtrissait la hanche à chaque foulée. Une file de chariots chargés de fuyards de Londres bloquait la route principale, et il s'y glissa, se coulant entre les roues et les flancs des bœufs, priant pour que la fatigue et la fumée le rendent invisible.
Les cavaliers s'arrêtèrent à l'orée du champ. L'homme à la corde rouge se dressa sur ses étriers et balaya la campagne du regard. Tom se plaqua contre un chariot chargé de tonneaux, le coffre serré contre sa poitrine comme un enfant.
— Il est là, dit l'homme d'une voix rauque et portée par une mauvaise glotte. Je le sens. Il ne peut pas être loin.
Tom ferma les yeux. La femme du chariot, une énorme commère aux cheveux sous un fichu gris, le regarda bizarrement.
— Tu fais quoi, caché derrière mon cidre, fripouille ?
— Taisez-vous, murmura Tom entre ses dents. Il y a des gens qui veulent me faire la peau, et ils paient bien.
La commère plissa les yeux, puis regarda les cavaliers. Elle haussa une épaule énorme.
— Ils ont des chevaux. T'as deux jambes et un coffre. C'est pas une course, mon gars.
— J'ai pas que deux jambes, dit Tom. J'ai une promesse.
Il sortit une pièce d'argent — une vraie, qu'il avait gardée au fond de sa bourse pour les jours de famine — et la laissa tomber dans le panier de la commère. Celle-ci la fit disparaître d'un geste d'une rapidité sidérale.
— Un coffre de roi pour une pièce ? fit-elle, les sourcils en accent.
— Ce coffre vaut plus que la vie de ces cavaliers, dit Tom. Et je dois le porter vers Oxford.
La commère le regarda, puis elle fouilla sous son siège et en sortit une vieille cape de berger, usée mais épaisse, grise comme la laine des moutons de septembre.
— Mets ça. Roule-toi dans la paille à l'arrière. Ces types-là cherchent un voleur, pas un pauvre bougre qui transporte du foin.
Tom enfila la cape et se coula dans la paille du chariot, le coffre calé entre les tonneaux. L'odeur du cidre et de la sueur de bœuf l'enveloppa, presque réconfortante après l'âcreté des ruines.
Il sentit le chariot grincer et repartir dans un cahotement. Les sabots des chevaux de Percy passèrent à moins de six pieds, frappant la terre meuble du bas-côté. L'homme à la corde rouge tourna la tête, et Tom put voir, à travers une fente de la toile, la flétrissure de son cou, les yeux jaunes qui cherchaient, fouillaient, n'importe quoi qui trahirait un fuyard.
Le regard s'arrêta sur le chariot. Sur la commère, qui chantonnait un air bucolique en poussant ses bœufs.
Puis, il passa.
Tom retint son souffle jusqu'à ce que le bruit des sabots s'éteigne au détour d'un bosquet. Il resta là, dans la paille, le cœur cognant contre le fer du coffre, comptant les secondes jusqu'à ce qu'il n'entende plus que le ronron des bœufs et le chuintement du vent dans les arbres.
Il sortit de la paille et rendit la cape à la commère sans un mot.
— Va vers le nord, fit-elle, sans le regarder. La route de Croix du Milieu à une lieue d'ici. Y a une ferme abandonnée, les toits sont encore debout. Tu peux y dormir un jour ou deux. Mais cette malle, elle te fait signe de loin, mon gars. Prends une brouette, une charrette, n'importe quoi, mais ne la porte plus sur tes épaules. On la voit, cette sacrée boîte. On la sent.
Tom hocha la tête, déjà en mouvement. Il quitta le sillon du chariot et prit un sentier herbeux qui s'enfonçait entre deux haies d'aubépine. Le coffre lui battait les côtes. Il marcha, un pas, deux pas, cent pas, jusqu'à ce que ses jambes se mettent à trembler de fatigue et que le monde devienne un halo de brume verte.
Il trouva la ferme. C'était une masure de torchis au toit affaissé, un râtelier vide qui grinçait sous le vent, une porte béante sur un intérieur de poussière et de vieux foin. Tom s'y effondra, le coffre lâché contre le mur, et il resta là, allongé sur le dos, à regarder les poutres sans toit.
Son souffle ralentit. Le silence de la campagne l'écrasa comme un étau.
Rien ne se passait comme prévu. Il avait la lettre de sa mère. Il avait la clé. Mais le coffre était lourd comme un péché et il l'attirerait des ennuis tant qu'il ne l'ouvrirait pas — et pour l'ouvrir, il fallait le serpent.
Percy. Percy savait. Percy avait dû entendre les cris dans la cathédrale. Percy avait des espions partout, des yeux partout, des chiens partout.
Et Tom était un homme seul, avec une boîte de fer et le nom d'un assassin royal, coincé dans une grange à deux jours d'Oxford.
Il roula sur lui-même, posa la main sur le coffre. Le métal était froid malgré la chaleur de ses paumes. Il sortit le médaillon de sa chemise, fit tourner la pierre de phénix jusqu'à ce qu'elle révèle la serrure minuscule. Il savait que ça ne servirait à rien — le coffre avait besoin des deux sangs, et le sien seul ne l'ouvrirait plus sans le serpent pour le confirmer. Pourtant, poussé par une impulsion qu'il ne put nommer, il inséra la clé.
Il y eut un déclic. Un léger jeu dans la serrure. Le couvercle ne céda pas, mais il bougea de l'épaisseur d'un cheveu.
Tom jura. Il tira. Il força. Rien. Une porte à demi entrebâillée qui refusait de s'ouvrir, un secret qui le narguait à travers la fente, entre les deux battants de fer.
Il retira la clé. La sueur lui collait la chemise au dos.
À travers la porte béante de la grange, il vit un cavalier ombreux passer au loin, le long de la route de Croix du Milieu. Il ne s'arrêta pas. Mais il passa.
Le message était clair.
Ils fouillaient.
Tom ferma les yeux. Sa main serra le médaillon du phénix — la seule preuve tangible qu'il était plus qu'un voleur, plus qu'un fichu jardinier puisqu'il volait une malle au lieu de la planter là. Il n'avait pas de cheval, pas d'or monnayable, pas d'allié certain hormis Mortimer qui avait exigé une dette non spécifiée, et une mémoire de sa mère qui l'appelait à Oxford.
Il n'avait que ce coffre, une clé qui ne suffisait plus, et la certitude que Percy le chercherait jusqu'au bout de la Terre.
La poussière de la ferme lui entra dans les narines. Il éternua.
Un rire sans joie lui échappa. Il était un Plantagenêt, marqué du phénix, fugitif de Londres, porteur d'un secret que brûlaient les flammes et les hommes. Il était tout cela à la fois.
Et il était seul.
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